MANSA, Zambie, 2 fév (IPS) – En tant que directeur général de la Société d’eau de Luapula, en Zambie, Sebastian Chilekwa, est responsable d’un service d’eau qui doit être financièrement autonome, malgré l’héritage d’une infrastructure qui avait été négligée pendant 30 ans et une maigre clientèle.
Les recettes de la société ne peuvent pas couvrir ses frais d’exploitation, encore moins financer le remplacement des infrastructures. Mais sa clientèle ne peut plus payer promptement pour l’eau. Service défectueux “Cette eau peut ressembler à l’urine ou à quelque chose de pareil, mais c’est l’eau que nous utilisons pour faire tout”, a déclaré Monica Mutale avec dégoût, puisant l’eau d’un robinet public sur le site de Mutende, qui dessert le quartier résidentiel de la ville de Mansa, chef-lieu de la province de Luapula. “Parfois, comme lorsque nous avons des visiteurs, nous achetons de l’eau minérale mais c’est très cher. Vous ne pouvez pas vous arranger pour boire de l’eau minérale [tous les jours du mois]”. La majorité des gens dans la province puisent leur eau pour l’usage domestique à partir des puits creusés à la main, peu profonds et souvent non protégés. La province de Luapula, dans le nord de la Zambie, regorge plus d’eaux de surface que toute autre partie du pays. Pourtant, le Bureau central des statistiques du gouvernement considère la province comme ayant la plus faible couverture, de toutes les provinces, en termes de fourniture d’eau potable – 18 pour cent de la population – et l’assainissement adéquat est à 2,3 pour cent. Le dernier recensement, publié en 2000, a placé quatre des sept districts de Luapula dans les 10 derniers sur le classement national des 73 districts de la Zambie pour l’accès à l’eau et à l’assainissement. Dans son bureau logé dans une maison à trois chambres louée à Low Density, l’un des meilleurs quartiers résidentiels de Mansa, Chilekwa reconnaît l’ampleur du défi qui l’attend. “La qualité et la couverture des services de fourniture d’eau et d’assainissement [à Luapula] sont les plus faibles dans le pays. C’est une conséquence directe du manque d’investissement dans le secteur de l’eau depuis les années 1970”, explique-t-il. “Par conséquent, nous ne sommes en mesure de desservir que 12 pour cent de notre zone de couverture. De grandes zones de notre bassin hydrographique ne sont pas alimentées… avec plus de 30 pour cent du quartier résidentiel formel non alimenté et aucun des nombreux quartiers périurbains [où résident les pauvres] n’est couvert”. Insuffisance des recettes La Société d’eau et d’égouts de Luapula (LWSC) a été créée en 2008, commençant un an plus tard des activités d’exploitation minière de manganèse, de cuivre et de la citrine dans la région, ce qui a provoqué une demande croissante en eau dans la région. Luapula était la dernière conversion des services publics municipaux à travers le pays en entités commerciales. Avant, la responsabilité de la LWSC de fournir de l’eau courante incombait à chacun des sept conseils de district de la province. La Société d’eau de Luapula peut à peine répondre à ses obligations financières. Ses frais d’exploitation mensuels sont autour de 61.000 dollars, selon Chilekwa, mais les recouvrements mensuels font à peine le tiers de ce montant. “Cela fait qu’il est difficile de couvrir même les dépenses fondamentales comme les salaires qui s’élèvent à 204 millions de kwacha (41.000 dollars) par mois. Les arriérés de salaires s’élèvent à cinq mois”. La société a aussi hérité des anciens opérateurs du système des factures d’électricité impayées qui s’élèvent maintenant à 250.000 dollars. L’une des raisons de la faiblesse des recettes réside dans les frais dérisoires que la petite clientèle de la LWSC paie pour l’eau. Les frais mensuels fixes de l’eau varient entre cinq dollars pour la classe moyenne et 10 dollars pour les quartiers résidentiels de grand standing. Dans la capitale zambienne, Lusaka, les consommateurs des bidonvilles sans compteurs d’eau paient au service public de Lusaka environ 25 dollars, alors que ceux des quartiers résidentiels de grand standing paient jusqu’à 100 dollars par mois. Mais l’augmentation des tarifs requiert l’approbation du Conseil national de l’eau et d’assainissement (NWASCO), un organe de régulation qui surveille les activités des services publics commerciaux dans le pays. En 2010, la Société d’eau de Luapula a demandé un ajustement de 100 pour cent des tarifs pour pouvoir investir dans le système, mais le Conseil a approuvé une augmentation de seulement la moitié de ce qui a été demandé. “Les tarifs antérieurs étaient extrêmement bas et insuffisants pour soutenir les activités et les coûts d’entretien de la société”, a reconnu le NWASCO dans un communiqué de presse. “Avec le nouveau tarif, les clients sans compteurs d’eau des quartiers à revenu faible, moyen et élevé de Mansa paieront 30.000 kwacha (six dollars) et 75.000 kwacha (15 dollars) par mois… Le NWASCO a pour mandat d’assurer que l’approvisionnement en eau et l’assainissement sont abordables pour tous”. Chilekwa affirme que cela est trop peu, surtout que la hausse en dehors du district de Mansa sera limitée à 30 pour cent. La Société d’eau de Luapula est aussi défavorisée comparativement à ses homologues des services d’eau dans d’autres régions minières, parce que, contrairement à la Copperbelt (la ceinture du cuivre), les exploitations minières en croissance rapide de la province de Luapula ont leur propre système d’approvisionnement en eau. L’avenir Il place ses espoirs immédiats dans la promesse de soutien faite par la DANIDA, l’Agence danoise de développement international, d’élargir la base de clientèle sur trois ans. “Au total, nous avons besoin d’un capital d’investissement d’environ 28 millions de dollars pour pouvoir remplacer notre système, et commencer à réaliser des bénéfices”. Assurer l’investissement pour de nouvelles infrastructures élargies et développer des flux de recettes durables tout en desservant une clientèle pauvre éparpillée sur une vaste région, constituent deux défis auxquels sont confrontés non seulement le directeur du dilemme de la Société d’eau de Luapula, mais aussi les directeurs de l’eau à travers l’Afrique australe.

