LE CAIRE, 31 jan (IPS) – Le président égyptien, Hosni Moubarak, a nommé un vice-président et a accepté de former un nouveau gouvernement, mais les manifestants demandant le départ de Moubarak ont indiqué qu'ils ne se calmeraient pas jusqu'à ce que le “Pharaon” de 83 ans se retire.
“Il n'y a qu'une seule solution acceptable, et c'est que Moubarak s’en aille”, déclare Khaled Mahmoud, un ingénieur au chômage. “C’est trop tard pour des compromis – il a eu 30 années”. La télévision nationale a annoncé samedi soir, 29 janvier, que Moubarak avait nommé un le chef des services de renseignement, Omar Soliman, comme son vice-président. C'est la première fois que Moubarak nomme un vice-président et un probable successeur depuis son arrivée au pouvoir en 1981. Moubarak a également confié au ministre de l'Aviation civile, Ahmed Shafik, la formation d’un nouveau gouvernement en tant que Premier ministre. Shafik remplace Ahmed Nazif qui était le Premier ministre depuis 2004. Ces nouvelles nominations visent à baisser la colère dans les rues égyptiennes. Les manifestations anti-gouvernementales, qui ont commencé le 25 janvier, ont attiré des centaines de milliers de participants dans la rue. Des douzaines d'Egyptiens (environ 125) ont été tués et des centaines blessés, dans des affrontements entre les forces de sécurité et les manifestants. Hassan Nafaa, professeur de sciences politiques à l'Université du Caire, affirme qu’il ressort des changements administratifs actuels que Moubarak est conscient de la détérioration de son pouvoir politique. “Moubarak tente de sortir de la situation et d’éviter une révolution populaire, mais c’est déjà trop tard; la révolution populaire a commencé”, a confié Nafaa à IPS. “Sauf s'il prend la décision de se retirer, toute autre action sera vaine”. Il a été rapporté que le Parti national démocratique (NPD) de Moubarak, le parti au pouvoir, est en dislocation. Bon nombre de dirigeants du parti ont démissionné ou fui le pays. Le siège a été réduit en cendres par des foules en colère. Les manifestants semblent également avoir émoussé la main de fer du président. Les Forces de sécurité centrales de l'Egypte, vitales pour réprimer les soulèvements, pansent leurs blessures dues aux violents affrontements qui les ont opposées aux manifestants. Des policiers ont fui leurs postes après avoir été attaqués. L'armée s’est mobilisée, et contrôle les carrefours stratégiques dans les grandes villes, mais ne montre aucun signe d'interférence avec les manifestants. Son rôle principal a été jusque-là de contenir les pillages. “Le peuple égyptien aime l'armée”, déclare Mahmoud. “L'armée ne tirera pas sur nous; elle est là pour nous protéger et ne répondra pas à Moubarak”. Les manifestants espéraient que le président fixerait une date pour se retirer au cours d'un discours diffusé sur la télévision nationale dans la soirée du vendredi 28 janvier. Il s'est plutôt engagé à former un nouveau gouvernement et a mis en garde “les fauteurs de troubles” contre une exploitation des manifestations à des fins politiques. “Si Moubarak avait seulement dit qu'il ne se présenterait pas à nouveau aux élections présidentielles prochaines (prévues pour septembre), la moitié de la population aurait été satisfaite de cela”, a indiqué Mohamed Ibrahim, un propriétaire de cybercafé. “L'autre moitié veut qu’il démissionne maintenant, mais elle pourrait peut-être être persuadée”. La nomination d'un vice-président ouvre la voie à la succession, mais les Egyptiens ne semblent pas disposés à accepter Soliman – chef de la police secrète tant redoutée – même si c'est seulement un intérimaire de transition. “Le vice-président et le Premier ministre que Moubarak a nommés sont ses amis proches, et cette décision est perçue simplement comme un moyen de protéger sa propre autorité”, déclare Nafaa. “Plus important encore, il n'y avait aucune délégation de pouvoir”. Les manifestations en Egypte ont été inspirées par le soulèvement populaire qui a renversé le président tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, au début de ce mois. Pourtant, l'expérience tunisienne a également montré les problèmes de gouvernance des dictatures renversées. “Le sentiment général est qu'il doit y avoir une transition réussie”, explique Dina Shehata, analyste politique au Centre Al-Ahram pour les études politiques et stratégiques, un groupe de réflexion géré par l’Etat. “L'idée d'un gouvernement d’union comme celle qui a pris le pouvoir en Tunisie ne semble pas possible. Il est plus concevable qu'un gouvernement militaire prenne le relais”. Nafaa convient que l'effondrement brutal du régime créerait une situation très dangereuse, soulignant les pillages généralisés déjà signalés à travers le pays, ainsi que les tensions sectaires montantes. “Si nous n'avons pas une transition en douceur, ce sera le chaos”, dit-il. “Moubarak pourrait prendre des dispositions pour se retirer sans laisser un vide de pouvoir qui pourrait effondrer l'Etat, mais il semble vouloir tenir jusqu'au bout”.

