WINDHOEK, 25 jan (IPS) – Pendant que l'Afrique du Sud déclare une catastrophe nationale causée par des inondations, d'autres pays dans la région retiennent leur souffle alors que les niveaux d'eau continuent de monter.
Avec des dizaines de morts et des dégâts évalués à plus de 50 millions de dollars à travers huit de ses neuf provinces, l'Afrique du Sud connaît ses plus fortes inondations depuis des années. Le fleuve Orange, qui fait 2.300 kilomètres de long, de l'est du Lesotho à l'océan Atlantique à la frontière entre l'Afrique du Sud et la Namibie, a atteint son niveau le plus élevé depuis des décennies. “Les inondations sont plus précoces par rapport aux années précédentes”, déclare Maria Amakali, directrice de la 'Water Resource Management' (Gestion des ressources en eau) de la Namibie qui siège à la Commission du fleuve Orange- Senqu. “Les systèmes d'irrigation à la frontière sont inondés, les loges sont sous l'eau et certaines petites communautés sont inondées au point qu'elles n'ont pas d'eau potable, parce que les usines de traitement des eaux sont submergées”. Le Zambèze “Les eaux dans le Zambèze sont beaucoup plus élevées que la normale pendant ce moment de l'année”, a confié Guido van Langenhove à IPS. “Ce matin, nous avons mesuré trois mètres à Katima Mulilo, normalement cela devrait être la moitié”. Le Zambèze est considéré comme étant en crue lorsque le niveau d'eau atteint la barre des six mètres. Van Langenhove, directeur de l'hydrologie au ministère de l'Agriculture de la Namibie, prévient que les eaux de crue provenant des pluies torrentielles de décembre en Angola, en amont, évoluent progressivement vers le plus grand fleuve d'Afrique australe, traversant six pays. “Le Zambèze atteint généralement son point culminant autour de mars ou avril, mais il y a des signes que les inondations se produiront plus tôt, en fonction des pluies dans les prochains mois”. Les crues du grand Zambèze ont par le passé fait des ravages dans le bassin, notamment en 2000, 2001 et 2007. Les autorités de l'eau dans la région ont renforcé les systèmes d'alerte précoce pour parer aux catastrophes qui laissent indigents des peuples comme les Hamaundu. “Nous recevons des informations de six stations dans le Zambèze et ses affluents, qui nous permettent de prédire les niveaux d'eau deux semaines à l'avance”, indique Van Langenhove au sujet de cette région où quatre pays partagent une frontière commune le long du Zambèze. “En outre, nous obtenons des images satellites de la NASA qui nous permettent de surveiller la situation des précipitations et des inondations”. Il garde un œil attentif sur une autre partie de la Namibie, le bassin de Cuvelai, dans le centre-nord, qui a connu de graves inondations en 2008 et 2009. Une zone habitée par un million de personnes – soit la moitié de la population du pays – a été inondée. Les cultures et le bétail ont été fortement endommagés, tandis que beaucoup de personnes se sont noyées. “Depuis ce temps, nous avons mis en place 18 stations de mesure dans les (plaines d’inondation) d’Oshanas qui nous envoient des messages automatiques par rapport aux niveaux des eaux”, explique Van Langenhove. Cette année, les redoutées 'Efundja' (inondations) provenant de l'Angola n’ont pas encore commencé. “Nous surveillons la situation par satellite, mais jusqu'à présent, les pluies dans cette partie de l'Angola n'ont pas évolué comme d'habitude”. Toutefois, l'absence des inondations annuelles est loin d'être une bénédiction pour cette zone aride, a indiqué l'hydrologue. “Elles apportent du poisson et les gens en dépendent pour remplir leurs barrages pour la saison sèche”. Le Limpopo Au Mozambique, où le fleuve Limpopo s’étend à l'océan Indien, les responsables se préparent pour la saison des crues. “Nous avons des inondations dans certaines zones”, déclare Sergio Sitoe de la 'Limpopo Water Course Commission' (Commission des cours d’eau du Limpopo). “Nous ne sommes vraiment pas confrontés aux inondations en tant que telles, mais si les pluies continuent à tomber dru, nous aurons des inondations”. Selon Sitoe, les 16 et 17 janvier seules, des stations ont enregistré 100 mm de pluie. Certaines personnes vivant dans le bassin ont commencé à se déplacer sur des terrains plus sûrs après des avertissements que 7.000 personnes pourraient être touchées si le fleuve atteint les deux mètres au-dessus des niveaux d'alerte prévus. “L'impact des inondations est toujours négatif”, dit Sitoe. “Particulièrement pour les communautés vivant le long du fleuve et utilisant les rives et les zones les plus basses pour l'agriculture. Des cultures sont perdues et la faim s’accentue. Les communautés dépendent de l'aide alimentaire offerte par des organisations humanitaires”. Des cultures ont été déjà submergées dans certaines parties du bassin du Limpopo. Sitoe ajoute que des équipes de l’Institut national de gestion des catastrophes du Mozambique sont déjà sur le terrain pour aider et prévenir les communautés. Un groupe de travail spécial de la Commission du Limpopo se réunit avant et pendant la saison des pluies pour discuter de l'échange d'informations hydrologiques, tandis que les Etats membres mettent également en place, individuellement, des plans d'urgence. Mais les premiers systèmes ne fonctionnent pas toujours comme il se devrait. “Les systèmes ne sont pas toujours fiables. Certaines HYCOS (Stations d’observation du cycle hydrologique) fonctionnent encore, mais la plupart du temps, il est difficile d'obtenir les informations quand on en a besoin”, déclare Sitoe, expliquant que le problème est aggravé par de mauvaises connexions Internet. *Brian Moonga à Lusaka et Johannes Myburgh à Maputo ont contribué à ce reportage.

