FREETOWN, 3 déc (IPS) – Heureusement pour Osman Conteh que l'une de ses tantes se soit opposée à la famille qui pensait qu'il était habité par un mauvais esprit. Elle a insisté pour que cet enfant convulsif, au discours incohérent, soit emmené à l'hôpital plutôt que chez un sorcier.
Et c'est ainsi qu'il a été transporté d’urgence à l'hôpital public de Bonthe, où Dr Manso Dumbuya a découvert qu’il souffrait du paludisme cérébral. Une journée de traitement et il a été stabilisé; trois jours plus tard, il a été sorti de l'hôpital.
“Je suis heureux d’avoir sauvé le garçon des griffes du paludisme”, a déclaré Dumbuya.
C'était en octobre, et le médecin a noté que Conteh était le 93ème cas de paludisme enregistré dans l'hôpital du district de Bonthe, seulement dans ce mois-là.
Le paludisme est responsable d'un quart de tous les décès en Sierra Leone, selon le ministère de la Santé. Le ministère affirme que le paludisme représente 40 pour cent des dépenses de santé publique, 30 à 50 pour cent des hospitalisations et jusqu'à 50 pour cent des consultations externes.
Pour réduire ce lourd fardeau sur le système de santé – et améliorer la santé publique – le gouvernement et ses nombreux partenaires distribuent des moustiquaires aux communautés dans tout le pays comme un moyen pour prévenir la maladie.
La Croix-Rouge a distribué 875.000 moustiquaires aux enfants de moins de cinq ans en 2006. En 2008 et 2009, le gouvernement, en collaboration avec le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, a donné des moustiquaires imprégnées à toutes les femmes enceintes et aux parents qui ont des enfants de moins de cinq ans.
La Croix-Rouge s'attendait à ce que sa campagne sauve la vie de 5.300 enfants dans sa première année seulement; le gouvernement croyait que la dernière campagne réduirait de moitié le paludisme.
“Malheureusement, nous sommes encore incapables de lutter contre le paludisme”, a indiqué Dr Alhaji S. Turay, le seul médecin à l'Hôpital du district de Koinadugu. Son hôpital a enregistré 115 cas de paludisme en octobre – et 28 décès.
“Nous avons constaté que les bénéficiaires de ces moustiquaires imprégnées ne les utilisent pas comme prévu”, a-t-il dit.
“Ces bénéficiaires ont découvert des utilisations alternatives très particulières des moustiquaires dans mon district”, explique Turay.
“Le district de Koinadugu est un district agricole. Nous avons constaté que bon nombre de parents à qui nous avons fourni des moustiquaires imprégnées les utilisent pour couvrir leurs pépinières. Au lieu de protéger leurs enfants et eux-mêmes, ils protègent maintenant leurs cultures contre les insectes”.
Depuis l'île de pêche de Bonthe, Dr Dumbuya, a déclaré que son personnel avait remarqué que la plupart des personnes qui ont reçu des moustiquaires les utilisent pour pêcher.
Moisia Ngobu, un habitant de l’île de Bonthe, n'est pas désolé. “Nous devions choisir entre mettre de la nourriture sur la table et lutter contre les moustiques”, dit-il.
“Cela n'a jamais été un choix facile pour nous, mais nous devons survivre, même les enfants doivent manger; et il est même difficile de trouver un filet de pêche à acheter. Quand vous trouvez un à acheter, il est très coûteux, alors nous sommes obligés d’utiliser les moustiquaires offertes gratuitement que nous avons pour nourrir nos familles”.
Marian Kargbo, une infirmière à la Maternité Princess Christian, à Freetown, affirme: “A 'Western Area' et dans d'autres parties du pays, les bénéficiaires de ces moustiquaires les vendent à d'autres personnes. Nous avons rencontré certaines personnes qui utilisent les moustiquaires imprégnées pour tuer les punaises de lit: elles couvrent leurs matelas avec ces moustiquaires qui tuent les punaises, mais les exposent aux moustiques.
D’autres n’arrivent à rien trouver à faire avec ces moustiquaires, et elles les gardent seulement en expliquant qu'elles ne peuvent pas tout simplement dormir sous les moustiquaires parce qu'il fait trop chaud”.
Toutefois, une autre campagne de distribution de moustiquaires imprégnées est actuellement en cours. Le ministre britannique du Développement international, Stephen O'Brien, qui était venu en Sierra Leone en juillet 2010, a fait don d'un million de moustiquaires pour appuyer l’objectif du gouvernement de la Sierra Leone de fournir à tous les ménages dans le pays des moustiquaires d’ici à décembre 2010.
Cette campagne, qui se déroule du 25 novembre au 2 décembre, vise à mettre au moins trois moustiquaires dans chaque ménage en Sierra Leone.
Abass Kamara, chargé des relations publiques au ministère de la Santé, a déclaré que le gouvernement est bien conscient que beaucoup de gens n'utilisent pas les moustiquaires comme prévu. Pour atténuer cette situation, le ministère a convoqué tous les chefs locaux, les chefs suprêmes, et les gouverneurs de toutes les régions du pays afin de les amener à discuter de la question, à élaborer des arrêtés municipaux contre la mauvaise utilisation des moustiquaires et à discuter également des stratégies pour appliquer ces lois.
“Nous faisons aussi des sensibilisations massives dans tout le pays pour encourager tout le monde à comprendre que l'utilisation des moustiquaires permet d’éviter le paludisme”, a confié Kamara.
Utilisées correctement, les moustiquaires constituent une intervention de base par laquelle, affirme Kamara, son ministère compte réduire d’un tiers les décès dus au paludisme pour tous les âges.
En plus du fait qu'elles sauvent la vie, “les moustiquaires pourraient radicalement réduire le fardeau sur les services de santé, parce que moins de malades auront besoin d’un traitement pour le paludisme à l’hôpital”.

