ETHIOPIE: Restaurer le couvert forestier

ADDIS-ABEBA, 23 sep (IPS) – Mesfin Mengistu plante des arbres sur sa ferme de deux hectares à Menagesha Woreda depuis des années.

“Je comprends que la plantation d'arbres aide à maintenir l'équilibre écologique, mais je le fais pour gagner un revenu supplémentaire afin de couvrir le coût croissant des engrais”, a déclaré Mesfin. Le blé et le maïs sont ses principales sources de revenu sur son terrain situé à 45 kilomètres à l'ouest d’Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie.

Dans la dernière année, il a gagné 10.000 birrs (plus de 730 dollars) à partir de ses arbres uniquement, un revenu que la plupart des familles en Ethiopie seraient heureuses d’avoir pour vivre avec.

Mesfin coupe les arbres seulement après l'approbation de l'administration locale qui s'assure que de nouveaux plants remplacent les arbres qui sont perdus. Cette année, il a planté 600 jeunes plants.

Un effort de reboisement durable Un tel soin pour préserver la couverture forestière est devenu courant en Ethiopie. La déforestation a considérablement réduit le couvert forestier du pays, d'environ 35 pour cent de son 1,1 million de kilomètres carrés de surface il y a un siècle, à seulement trois pour cent en 2000.

Le ministère de l'Agriculture du pays a annoncé en juillet que le couvert forestier a augmenté de neuf pour cent à la suite des campagnes de reboisement à grande échelle. L’Ethiopie plante entre un et deux milliards de jeunes plants par an.

Les écologistes et le gouvernement sont d’accord que cette population de 80 millions de bras valides a connu un changement d'attitude spectaculaire au cours d'une campagne de reboisement d’une décennie. Mais des observateurs sont sceptiques quant à la déclaration du gouvernement selon laquelle le couvert forestier du pays a triplé au cours des dix dernières années.

Le taux actuel de perte de forêt a été difficile à estimer faute de données appropriées. Selon l'Evaluation de la biodiversité de l’Ethiopie et des forêts tropicales en 2008, réalisée par l'Agence américaine de développement international (USAID), 146.000 hectares sont perdus chaque année.

Cela est mis en balance contre les estimations du ministère de l'Agriculture qu’environ 650.000 hectares sont plantés avec de jeunes plants annuellement – mais ces plants ne sont pas encore devenus des forêts.

Selon Garuma Geleta, directeur du département de l'eau et la préservation des sols au Bureau de l'agriculture du district de Menagesha, une plus grande attention du gouvernement aux questions environnementales et une sensibilisation croissante du public ont entraîné une augmentation des zones boisées dans sa localité.

Menagesha Suba, une forêt près du village de Mesfin protégée depuis 500 ans, fournit de jeunes plants à un prix abordable. Le Woreda, ou district, a planté cette année environ 18,5 millions de jeunes plants grâce aux efforts des agriculteurs, des coopératives d'agriculteurs, de la société civile et des organisations gouvernementales.

Mais ce ne sont pas tous les Ethiopiens qui ont cette attitude. “Malgré une sensibilisation extensive suscitant des discussions, il y a encore des gens qui abattent les arbres âgés, les grands arbres pour le combustible, le charbon de bois et à d’autres fins”, a expliqué Garuma à IPS.

Il est clair que beaucoup de zones dégradées en Ethiopie se sont améliorées au cours des deux dernières décennies. Les meilleurs exemples se trouvent dans la région de Tigray, suivie d’Amhara: deux régions dans le nord où les forêts ont été décimées par des siècles d'agriculture continue et des décennies de guerre civile.

Million Belay, directeur d'un groupe de la société civile qui travaille sur la récupération des terres communautaires et la biodiversité, est d’accord que le changement d'attitude spectaculaire ces dernières années a conduit à un niveau sans précédent de l'intérêt pour la conservation et l'expansion des forêts, mais il demeure pessimiste.

“La tendance en Ethiopie est toujours vers la déforestation”, affirme-t-il.

Ce qui fonde ses doutes peut être vu dans les parties centrales, australes et occidentales du pays, où se trouvent la majorité des forêts restantes. Dans la région d'Oromia, par exemple, le couvert forestier mature continue de baisser sous les pressions d'une population croissante, des techniques agricoles non durables, et la rivalité pour les terres.

“L'état des ressources forestières doit être considéré comme étant en danger”, indique l'évaluation de l'USAID.

Malgré les avertissements des écologistes, ces questions ont bénéficié de peu d'attention de la part du gouvernement. L'évaluation de l'USAID estime que l'exploitation forestière pour fournir du carburant et les demandes en bois du pays l'emportent largement sur les efforts de reboisement. Les lois promulguées pour contrôler ces activités ne sont pas correctement appliquées.

Ces régions abritent également la grande partie du bétail du pays, et les parcs nationaux et les zones de conservation ne sont pas correctement protégés.