AFRIQUE: Une volonté plus forte est nécessaire pour sauver les enfants les plus pauvres

NAIROBI, 14 sep (IPS) – “C’est dur de garder des chèvres avec la soif, le soleil, l’isolement et la faim chaque jour. Et cela peut durer toute une éternité. Vous gardez le troupeau comme fille, puis comme femme, comme femme enceinte, comme mère et même comme grand-mère”, déclare Rukia Ibrahim dont la jeune sœur de 13 ans s’est mariée à un berger.

Ibrahim vient d’une pauvre famille nomade de la province du nord-est du Kenya. C’est une région qui manque beaucoup de professionnels qualifiés, où seules deux filles ont participé à des programmes diplômants dans les universités publiques, entre 1991 et 2005. C’est également une province où il y a un niveau élevé d’indifférence à l’éducation des filles de la part des parents et des filles de l’école primaire à la fois.

Mais garder les chèvres n’est pas la vie que veut Ibrahim. Et pour obtenir un meilleur avenir pour elle et pour les autres enfants défavorisés du monde, les gouvernements et les organisations d’aide doivent investir d'abord dans les enfants les plus pauvres et les plus défavorisés et dans leurs communautés.

Cela est conforme à deux rapports mondiaux sur l’état des enfants, publiés par l’Agence des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) le 7 septembre. Le rapport indique que les pays peuvent atteindre plus rapidement de cette façon les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) relatifs aux enfants.

Les rapports de l’UNICEF, intitulés “Réduire les écarts pour atteindre les objectifs” et “Progrès pour les enfants: atteindre les OMD avec équité”, ont fait ressortir les disparités manifestes au sein des enfants nés dans les familles pauvres comparés à ceux des familles plus riches en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.

Les rapports indiquent que ces disparités croissantes feront dérailler la réalisation des OMD et que les gouvernements devront orienter à nouveau leurs priorités d’investissement pour se focaliser sur ceux qui en ont le plus besoin, en vue de changer le sort des enfants les plus défavorisés du monde.

Ibrahim fait partie de ces enfants pouvant bénéficier d’un tel investissement qui l’arrachera du cycle de la pauvreté. Elle est bénéficiaire d’un programme de bourse d’études destiné aux filles brillantes et nécessiteuses.

Le programme, démarré en 2006 par l’UNICEF et le ministère de l’éducation, vise à répondre à la faible performance des filles dans les écoles de la province du nord-est. Depuis son commencement, le programme de bourse d’études a admis 300 filles, augmentant ainsi le taux de passage des filles du primaire vers le secondaire.

Alors que, entre 1991 et 2005, seules deux filles de la province du nord-est se sont inscrites aux programmes diplômants des universités publiques, 59 pour cent de celles qui ont passé les examens de fin d’année de 2009, ont reçu une note moyenne entre 10 et 13 sur 20 et plus – ce qui est la condition pour l’inscription dans une université publique.

Pour Ibrahim, l’occasion de recevoir une éducation a fait une différence profonde. Elle déclare que voir sa sœur se marier à un si jeune âge lui a donné une image claire de ce que serait son destin si elle n’avait pas une éducation.

“L’éducation finit par mener à de meilleurs moyens d’existence, alors j’ai décidé de donner vraiment le meilleur de moi-même à l’étude pour changer mon avenir”, déclare l’élève de la classe de seconde.

Mais un engagement plus fort des gouvernements est nécessaire pour effectuer le changement. Hellen Tombo, conseillère panafricaine de plaidoyer pour Plan International – une organisation pour l’enfant travaillant avec des communautés dans 48 pays en développement pour alléger la pauvreté des enfants – déclare que le manque de volonté politique et la mauvaise gouvernance en Afrique subsaharienne sont en train d’entraver la réalisation des OMD visant les enfants.

“Profondément enracinées, dominées par les préjugés, les attitudes traditionnelles concernant l’âge et le sexe sont en train de retarder l’émancipation des enfants et des femmes, et nos gouvernements ne répondent pas bien”, déclare Tombo.

Edward Ouma, président directeur général de 'Children's Legal Action Network' (Réseau d’assistance judiciaire pour les droits des enfants) – une organisation non gouvernementale travaillant pour la promotion de services d’assistance juridique de haute qualité qui améliorent la vie des enfants, est d’accord. Il déclare que les gouvernements en Afrique subsaharienne se sont focalisés sur de mauvaises priorités telles les lourdes dépenses sur l’armée au détriment du secteur de la santé, l’éducation et les infrastructures telles que les routes et les hôpitaux.

“Les pays de l’Afrique subsaharienne doivent investir massivement dans le secteur de l’éducation. C’est pour accroître l’accès pour tous les enfants, en particulier les pauvres. Ils doivent également investir dans la réduction de la pauvreté et proposer des initiatives telles que les transferts directs en espèces aux familles vulnérables”, déclare Ouma.

Tombo déclare que les budgets nationaux, les projets et les politiques doivent satisfaire aux OMD qui sont encore à la traîne, comme la santé maternelle.

“Nous avons besoin des écoles qui accueillent les filles, avec des environnements d’apprentissage sécurisés et des programmes d’études sensibles à l’égalité des sexes. Des pays comme le Rwanda et le Ghana ont été très stratégiques et ils ont priorisé l’autonomie des femmes et l’égalité des sexes […] ils ont banni les mariages entre enfants et mis en vigueur la fréquentation scolaire obligatoire”, déclare-t-elle.

Par exemple, déclare Tombo, des repas supplémentaires ont été fournis dans des écoles au Rwanda et au Ghana. Les coûts comme les frais d’examens et des uniformes ont été supprimés. Des écoles spéciales ont été créées pour les enfants venant des communautés marginalisées comme les écoles mobiles pour les communautés de bergers au nord du Kenya et de l’Ouganda.

L’Ethiopie s’est aussi focalisée sur son secteur de santé en augmentant à 30.000 le nombre des agents communautaires de santé, déclare Michael Klaus, le chef régional de communications de l’UNICEF au Kenya.