AGRICULTURE-COTE D’IVOIRE: De nouvelles plantations pour doper la production du caoutchouc

ABIDJAN, 15 sep (IPS) – Dans la localité d’Adaou, au sud de la Côte d’Ivoire, les pépinières d’hévéa, d’environ un mètre et demi, s’étendent à perte de vue. Martin Blé, 53 ans, a réalisé sur une superficie de 10 hectares la mise en terre de huit cents plants d’hévéa en juin et juillet 2009.

“Chaque mois qui passe, depuis plus d’un an, mes jeunes plants prennent progressivement de la hauteur”, indique-t-il à IPS, le visage radieux. Puis, il arpente les premières colonnes de plants dressées en bordure de route en compagnie de ses trois fidèles manœuvres.

“Je dispose de deux parcelles, dont la première de trois hectares est exploitée depuis cinq années. La nouvelle (les 10 hectares de pépinière), le sera dans une dizaine d’années”, explique Blé.

Mais avant, ce producteur d’hévéa souhaite surtout disposer à temps des produits phytosanitaires afin d’assurer un entretien efficace des nouveaux plants. “Lors des différentes séances de formation à l’hévéaculture, nous avons souhaité que les produits soient aussi subventionnés, car ils coûtent excessivement chers”, soutient Blé.

Pour l’entretien d’un hectare de nouveaux plants d’hévéa, Martin Blé doit débourser annuellement près de 300.000 francs CFA (environ 600 dollars).

A Adjamé-Bingervile, environ 15 kilomètres à l’est d’Abidjan, le décor est quasiment le même pour Nazaire Adou, 38 ans. Après avoir mis un terme à ses études de médecine, il y a deux ans, il se consacre à la gestion de 11 hectares d’hévéa, dont six sont composés de jeunes plants.

“J’ai fait acte de candidature pour bénéficier du projet (programme) gouvernemental. A la suite de l’étude de mes dossiers, j’ai été retenu. C’est un projet à long terme et la saignée devrait intervenir après plusieurs années. Mais je suis confiant parce qu’être un producteur d’hévéa est mieux qu’un fonctionnaire salarié”, assure Adou, à IPS.

En fait, Blé et Adou font partie d’un programme d’urgence initié il y a un an par l’Etat ivoirien. Premier producteur africain de caoutchouc avec 205.000 tonnes produites en 2009 et 218.000 tonnes attendues cette année, selon les statistiques du ministère ivoirien de l’Agriculture, la Côte d’Ivoire espère à travers ce programme tripler sa production dans les 15 années à venir pour atteindre 600.000 tonnes à l’horizon 2020-2025.

Le programme d’urgence repose sur un soutien matériel et financier aux producteurs. D’un montant de 1,4 milliard FCFA (environ 2,8 millions de dollars), il permettra de porter les superficies d’hévéa plantées de 140.000 hectares à 440.000 hectares.

“Ce sont 300.000 nouveaux hectares qui doivent être créés jusqu’à la fin du projet. Cette année, 8.000 hectares sont en cours de création”, annonce à IPS, Onest Wadja, président de l’Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (APROMAC), basée à Abidjan, la capitale économique.

Déjà, selon l’APROMAC, une centaine de producteurs ont été retenus à la suite d’un appel à candidature. Chacun d’eux a bénéficié l’année dernière de 3.000 plants d'hévéa sélectionnés. Subventionné, chaque plant a coûté 100 FCFA (0,2 dollar) au producteur et 150 FCFA (0,3 dollar) au fonds mis en place par l’Etat dans le cadre du projet. La culture de l’hévéa fait vivre plus d’un million d’Ivoiriens.

L’économiste ivoirien basé à Abidjan, Martinien Gadou, déclare à IPS que “la culture de l’hévéa est en passe de s’imposer devant le binôme café-cacao”. Il explique cette situation par le fait que “la récolte du caoutchouc est mensuellement régulière et attractive avec des prix intéressants sur le marché international”.

Selon lui, la tonne de caoutchouc sur le marché international coûtait 3.000 dollars entre août et début septembre. “Le défi qui reste au pays est désormais la mise en place d’infrastructures industrielles pour une grande transformation locale”, souligne Gadou.

A ce jour, la Côte d’Ivoire dispose de 11 unités de transformation du latex qui ne transforment que cinq pour cent de la production nationale, selon l’association des producteurs. Plus de 90 pour cent de la production du pays est exportée en Europe et en Chine où la demande est forte.

“Nous n’avons aucun problème dans la mesure où nous vendons tout se que nous produisons”, se réjouit Wadja. “Chaque année, la production va croître avec l’arrivée en production de plusieurs milliers d’hectares de jeunes hévéas”, annonce-t-il. Quant à Blé, il est impatient d’obtenir un nouvel espace pour utiliser des pépinières qu’il lui reste encore.