WINDHOEK, 7 sep (IPS) – L’agriculteur Obed Dlamini comme la plupart de ses collègues swazis a du mal à trouver des semences de maïs de qualité à chaque saison de plantation. Non seulement les semences sont chères mais elles ne sont pas souvent disponibles.
“Les agriculteurs swazis travaillent dans la conjoncture parce que les fournisseurs introduisent souvent de nouvelles semences dont certaines ne marchent pas forcément pour nous”, a déclaré Dlamini.
Dlamini a l’espoir que cette situation s’améliorera bientôt parce que le Swaziland est l’un des quatre pays de la région de la SADC où le Réseau d'analyse de la politique d'alimentation, d'agriculture et des ressources naturelles (FANRPAN) est en train de piloter le Projet sur l’harmonisation de la sécurité des semences (HaSSP).
Ensemble avec le Malawi, la Zambie et le Zimbabwe, le Swaziland a accepté de travailler à éliminer les barrières règlementaires qui restreignent la circulation des semences entre les quatre pays.
“Au Swaziland, nous ne produisons même pas nos propres semences. Nous les achetons d’ailleurs, cependant l’entrée des semences est limitée, ce qui les rend inaccessibles aux agriculteurs parce que, lorsqu’un nouvel hybride entre, il doit être analysé pendant quatre ans avant d’être accepté”, a déclaré Dlamini.
Dlamini est un ancien du HaSSP – un membre du groupe très expérimenté des anciens agriculteurs servant de conseillers pour le projet. Il est chargé de la coordination du projet au Swaziland et il a pris part au Dialogue annuel de haut niveau sur la politique régionale de sécurité alimentaire à Windhoek du 30 août au 3 septembre.
Selon Dr. Bellah Mpofu, consultante du HaSSP au FANRPAN, les restrictions à la circulation des semences dans la région de la SADC contribuent à l’insécurité alimentaire.
“Le HaSSP vise à domestiquer et à mettre en œuvre le Système d’harmonisation de la semence de la SADC dont l’objectif est de contribuer à l’amélioration de la sécurité alimentaire des petits agriculteurs de la région de la SADC par l’augmentation de la disponibilité et l’accès aux variétés améliorées des semences”, a déclaré Mpofu.
A travers le HaSSP, les quatre pays analyseront différentes semences hybrides sur leur sol et si ces dernières marchent, ils vont les partager. Lorsque le projet pilote finira en 2013, ces quatre pays partageront leurs résultats avec le reste de la SADC.
L’essai et le partage effectifs des semences n’ont pas encore commencé.
“L’idée est que si les semences poussent bien pour deux pays, elles peuvent être alors partagées par tous les pays”, a déclaré Mpofu.
Si un hybride pousse bien en Afrique du Sud, par exemple, il n’est pas nécessaire pour le Swaziland de passer des années à effectuer les mêmes analyses, retardant l’accès à une variété améliorée de semence.
Mpofu a déclaré que le protocole de la SADC ne couvre pas les semences génétiquement modifiées qui sont seulement acceptables en Afrique du Sud.
“Les pays feront toujours leurs tests individuels pour être sûrs de ce qu’ils reçoivent”, a-t-elle déclaré. “Les semences ne seront pas imposées aux pays au moment où tous les pays de la SADC ont commencé à appliquer le protocole”.
“Les quatre pays sont d’accord qu’ils vont appliquer les accords techniques sur les règlements d’harmonisation de la semence dans la région de la SADC mais il est aussi important qu’ils signent le protocole d’accord parce que cela valide un peu leur engagement”, a déclaré Mpofu – à ce jour, seul le Swaziland a accompli cette étape.
La doyenne du HaSSP Thabile Gooday, une agricultrice swazi qui a réussi, prévoit travailler avec le Centre de recherche du ministère de l’Agriculture pour éduquer les agriculteurs, en particulier les femmes, sur l’importance du projet.
“Nous devons amener les agriculteurs à s’y intéresser et à comprendre clairement ce sur quoi porte le HaSSP et la façon dont l’harmonisation des politiques sur les semences dans la région sera bénéfique pour eux”, a déclaré Gooday.
En faisant remarquer que malgré sa petite superficie, le Swaziland comprend plusieurs zones écologiques, elle a déclaré qu’une ouverture pour une plus grande entrée de semence pourrait bénéficier aux agriculteurs.
La conservation des semences fait partie également des priorités de Gooday parce que, a-t-elle déclaré, au moment où la plupart des agriculteurs utilisent actuellement des semences hybrides, il est aussi important qu’ils conservent les semences indigènes.
“Les femmes chez nous se plaignent au sujet de la cherté des intrants agricoles, dont les semences. Si elles avaient des connaissances au sujet des variétés obtenues par pollinisation croisée, elles pourraient réduire les coûts et être capables de produire suffisamment, au moins pour leurs familles”, a déclaré Gooday.
Elle a déclaré que certaines personnes ont continué à utiliser les semences indigènes soit parce qu’elles préfèrent le goût de ces variétés, soit parce qu’elles ne peuvent pas se permettre la hausse sans cesse en flèche des coûts des variétés hybrides.
“Un agriculteur ne peut pas planter la descendance des semences hybrides parce qu’elle ne produit aucun rendement”, a déclaré Gooday.
Mpofu approuve Gooday, ajoutant que le HaSSP va soutenir l’utilisation des semences indigènes à travers des projets communautaires sur des semences; aux endroits où se trouvent les agriculteurs, ils seront encouragés à utiliser les semences indigènes là où ces dernières réussissent.
“Nous apprécions l’utilisation des semences indigènes que préfèrent encore certains agriculteurs à cause des préférences alimentaires et de goût”, a déclaré Mpofu. “Nous n’allons rien jeter”.
Pour l’instant, la conservation de semence n’est pas précisément une priorité entre les pays dans le HaSSP pilote, c’est pourquoi le Centre des ressources phytogénétiques de la SADC (SPGRC) en Zambie est en train de collecter des semences de divers pays membres pour les stocker.
Thandi Lupupa du SPGRC a déclaré qu’en raison de ce que certains pays ne conservent pas leurs semences et qu’ils peuvent constater qu’ils n’en ont plus à l’avenir, ils pourraient se tourner vers le SPGRC pour les obtenir.
“Les semences indigènes sont très importantes parce que vous en avez également besoin pour reproduire les hybrides”, a déclaré Lupupa.

