ACCRA, 6 sep (IPS) – Le développement de l’agriculture en Afrique a fait l’objet de deux réunions importantes organisées successivement en Namibie et au Ghana ces deux dernières semaines.
“Le secteur agricole de l'Afrique a le potentiel non seulement de nourrir ses propres populations, mais aussi de devenir le grenier du monde”, a déclaré Dr Lindiwe Majele Sibanda à Windhoek.
“L'Afrique dispose également des 60 pour cent des terres arables non cultivées dans le monde, et le potentiel existe pour un accroissement en valeur des rendements africains de plus de trois fois d’ici à 2030, soit de 280 milliards de dollars aujourd'hui à 880 milliards de dollars”.
Sibanda est le directeur général du Réseau d’analyse des politiques alimentaires, agricoles et des ressources naturelles, qui a tenu son Assemblée annuelle de haut niveau sur les politiques à Windhoek, la capitale de la Namibie, du 30 août au 3 septembre.
Plus de 200 décideurs, chercheurs, partenaires au développement et agriculteurs, se sont réunis pour discuter de l'amélioration des infrastructures et de l'accès aux marchés, de l’assurance de la sécurité alimentaire, et de la protection des agriculteurs contre les effets des changements climatiques.
A Accra, situé à 3.500 kilomètres de Windhoek, le quatrième Forum sur la révolution verte en Afrique (AGRA) a débuté avec un optimisme similaire. Ici, plus de 800 personnes ont participé à une réunion de trois jours dans la capitale ghanéenne afin de s'entendre sur une stratégie d'investissement dans l'agriculture africaine pour renforcer la sécurité alimentaire et stimuler la croissance économique.
Plusieurs développements positifs indiquent que l'Afrique est sur la route vers une sécurité alimentaire et une croissance économique plus grandes.
Le Malawi est passé d'un bénéficiaire de l'aide alimentaire en 2005 à un grand exportateur de maïs dans les quatre dernières années. Le Rwanda a augmenté sa production alimentaire de 15 pour cent en 2007 et 16 pour cent en 2008.
En Tanzanie, un programme gouvernemental, visant à soutenir les agriculteurs avec des bons pour acheter des semences et des engrais, a permis à 700.000 petits agriculteurs de produire cinq millions de tonnes de maïs.
Un rapport publié en septembre 2010 par la Fondation Bill et Melinda Gates indique que le Ghana est en voie de devenir le premier pays en Afrique à atteindre l'Objectif du millénaire pour le développement visant à réduire de moitié la pauvreté et la faim. Le pays a réduit les niveaux de la faim de 75 pour cent entre 1990 et 2004 et sa production agricole a augmenté en moyenne de cinq pour cent par an sur 10 ans.
Depuis sa fondation en 2006, des chercheurs soutenus par l'AGRA ont développé plus de 130 nouvelles variétés de cultures qui ont été distribuées aux agriculteurs.
L'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) estime que l'Afrique aura besoin de 32 à 39 milliards de dollars d'investissement chaque année pour atteindre le potentiel économique total de son secteur agricole.
Le président de l’AGRA, Kofi Annan, qui a reçu la Médaille de Borlaug du Prix mondial pour l’alimentation pour son leadership mondial et son engagement à la sécurité alimentaire, a dit que l'Afrique avait besoin de cet investissement massif dans l'agriculture en raison d'une densité des infrastructures essentielles plus faible que ne l’avait l'Asie au début de sa Révolution verte dans les années 1960.
En Afrique, 19 pays ont mis en place des plans visant à accélérer leur croissance agricole annuelle de six pour cent, un objectif convenu dans le cadre du Programme détaillé de développement de l'agriculture africaine (PDDAA).
“L'agriculture africaine doit faire un bond en avant”, a déclaré Annan, appelant à des partenariats dans tous les secteurs.
Les défis de la croissance agricole en Afrique sont notamment les sols pauvres et les semences médiocres, le manque de financements et de marchés, et la faiblesse du soutien politique. Ces problèmes ont été aggravés par les changements climatiques et les menaces sur la biodiversité et les ressources naturelles, ce qui a compromis la santé des sols et la disponibilité de l'eau.
Jørgen Ole Haslestad, directeur général de YARA – une société de fabrication des produits chimiques basée en Norvège et l'un des partenaires du forum – avait bon espoir que le forum serait le ciment de l'alliance des partenariats public-privé et renforcerait la marche vers une agriculture durable en Afrique.
Ibrahim Mayaki, directeur général de l'Agence de planification et de coordination du nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NPCA), a exhorté le forum à proposer des actions concrètes sur la manière de transformer rapidement l'agriculture sur le continent.
*Les correspondants de IPS à Windhoek ont contribué à ce reportage.

