ILE MAURICE: Vieillir dans le respect et la dignité

PORT LOUIS, 4 sep (IPS) – La situation des personnes âgées préoccupe beaucoup le gouvernement mauricien, même si elles lui coûtent cher. L’Etat leur consacre un budget annuel de 10 milliards de roupies (environ 313 millions de dollars US).

Dans le contexte actuel, la ministre de la Sécurité sociale, Leela Devi Dookhun-Luchoomun a annoncé la création d’un observatoire du vieillissement. Un expert canadien est actuellement à Maurice pour la mise sur pied de cette instance qui aura pour but d’évaluer l’impact du vieillissement de la population sur la société. «Il y a actuellement 148.000 personnes âgées à Maurice. Ce chiffre augmente de 8.000 personnes chaque année. Nous devons nous préparer à évaluer leur impact sur notre société», a soutenu Dookhun-Luchoomun. A Maurice, le gouvernement offre une pension mensuelle à tous ceux qui sont âgées de 60 ans et plus. Aujourd’hui, près de 148.000 Mauriciens touchent cette pension, ce qui coûte près de six milliards de roupies (environ 188 millions de dollars) à l’Etat annuellement. Le gouvernement n’a toutefois aucune intention de supprimer la pension universelle, plus connue comme la pension de vieillesse. C’est la garantie donnée par la ministre de la Sécurité sociale lors d’un atelier de travail sur la pension de vieillesse qui fête cette année ses 60 ans d’existence. Introduite par le gouvernement colonial britannique en 1950, la pension de vieillesse a depuis fait l’objet de nombreux débats. «Le gouvernement veut apporter son soutien à toute la population. Il n’a aucune intention de supprimer cette pension», rassure-t-elle.

Pourtant, selon le Bureau central des statistiques, le poids de la pension de vieillesse deviendra de plus en plus lourd à supporter sur le budget de l’Etat. Selon les projections à venir, le nombre de retraités triplera en 40 ans pour atteindre les 364.000 personnes. Le paiement de la pension de base, si elle n’augmente pas au cours des 40 prochaines années, coûtera à l’Etat 9,4 milliards de roupies (environ 294 millions de dollars). Selon les prévisions, un Mauricien sur cinq aura plus de 60 ans en 2027 et l’on atteindra le chiffre de un sur quatre en 2047.

Le Premier ministre, Dr Navin Ramgoolam, a récemment annoncé le recrutement de 500 pourvoyeurs de soins. C’était lors du 100ème anniversaire de Marie Alexandrine Awator, une habitante de Pointe-aux-Piments. Elle est devenue la 86ème des personnes centenaires de Maurice, dont 74 femmes et 12 hommes. Ces pourvoyeurs de soins seront formés pour être au service des personnes âgées. Le chef du gouvernement a aussi annoncé pour bientôt la construction d’un hôpital spécialisé pour les personnes du troisième âge. Deux autres centres de loisirs pour les personnes âgées seront construits dans le nord et le sud de l’île, ce qui fait quatre centres au total. Dr Ramgoolam a souligné qu’il comptait également revoir le tarif que paient les personnes âgées fréquentant les centres de loisirs existants. Le tarif pratiqué dans l’un d’entre eux serait élevé. “J’ai décidé que le gouvernement révisera à la baisse le tarif dans un de nos centres de loisirs. A moins que nous n’autorisions son accès gratuit. Je vais y réfléchir”, a-t-il dit.

Le chef du gouvernement s’est dit préoccupé en outre par la sécurité routière des personnes âgées. Vingt-neuf d’entre elles ont été tuées dans des accidents de la route en 2009 et déjà 19 sont mortes pareillement depuis le début de l’année. Ce lourd bilan trouble la ministre de la Sécurité sociale. En effet, Dookhun-Luchoomun insiste sur un comportement plus responsable sur les routes de la part des automobilistes et des piétons. Dans ce contexte, une distribution de gilets à bandes fluorescentes et de brassards pour les personnes âgées a eu lieu dans une région périphérique de la capitale mauricienne, Port-Louis. Cette action se poursuivra ailleurs dans le pays, selon le gouvernement qui veut montrer sa détermination à faire en sorte que les personnes âgées vieillissent dans la dignité. *(Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).