GABORONE, 28 août (IPS) – Bon nombre de Botswanais ne tardent pas à reculer lorsqu’on leur demande simplement de boire l’eau usée traitée.
“Dès que j'apprends que c’est de l’eau usée traitée, mon esprit est inondé par les images des eaux usées avant qu’elles ne soient traitées et je n'en boirai jamais”, déclare Chandida Matebu, 25 ans, sa physionomie confirmant ses propos. “Je boirais l’eau si je ne savais pas qu'elle a été traitée. Mais même si elle vient dans des bouteilles et envoyée directement de l'Amérique, je ne boirai pas. Cette eau ne passerait pas dans ma gorge, pas question”. Obert Gakeope est une rare exception. “La plupart des gens l’ont bue sans le savoir. C'est l'idée d’en être conscient qui dissuade les gens. J'ai bu cette eau quand j'étais à Windhoek et en Amérique et je sais que ce n'est pas dangereux pour ma santé”. Gakeope a dit qu'il n’aurait pas peur de boire l'eau tant qu'il connaît le processus qui a été utilisé pour la traiter. Son ouverture aux eaux recyclées – et le rejet beaucoup plus fréquent de Matebu – seront mis à l'épreuve dans un avenir proche. Selon Matida Mmipi, la directrice des relations publiques de la 'Water Utilities Corporation' (WUC), la société des eaux du pays, un projet novateur visant à recycler les eaux usées provenant de l’effluent traité à l'Usine de traitement des eaux usées de Glen Valley à Gaborone, est au stade de l’appel d'offres. Elle a expliqué que ce projet, qui a débuté après la sécheresse débilitante de 2006/2007, a franchi les phases de préfaisabilité et de faisabilité, avec les consultants embauchés indiquant que le recyclage des eaux usées est à la fois techniquement et économiquement réalisable pour Gaborone, la capitale du Botswana. Dans deux ans, les habitants du grand Gaborone pourraient être en train de boire de l'eau potable recyclée, comme le font leurs homologues à Harare, Windhoek et à Londres depuis des décennies. Le ministre de l’Energie, des Mines et des Ressources en Eau, Ponatshego Kedikilwe, a affirmé que le projet des eaux usées évolue. “L'objectif est de traiter davantage pour augmenter la fourniture d'eau potable au grand Gaborone d’ici à 2013, année où un déficit de l'approvisionnement en eau est prévu”. Les études de faisabilité comprenaient un exercice de participation publique d'envergure entrepris dans le cadre du Processus d'évaluation de l'impact environnemental (EIA). Les consultants de la WUC lancent leur vaste réseau; alertent sur le fait que bon nombre de Botswanais avaient déjà exprimé leur dégoût pour la consommation de l'eau recyclée. Toutefois, les consultants ont indiqué que “le processus d'EIA n'a pas identifié cela comme étant une préoccupation majeure dans toutes les régions qui seront touchées, notamment les régions actuellement alimentées par la WUC, de Lobatse à Mochudi, y compris Gaborone”. Méfiez-vous des perceptions actuelles, indique Kedikilwe qui n'a pas tardé à dissiper les inquiétudes du public. “Chacun d'entre nous a voyagé à l'extérieur du pays à un moment ou un à autre. Si vous avez été en Afrique du Sud, vous avez bu de l'eau traitée ou si vous êtes allés en Israël ou à Londres. Alors, buvez-la dans votre propre pays”, a déclaré Kedikilwe. “Cette eau doit être traitée et utilisée pour l'irrigation ou les cultures; le traitement pour des plantes comme la betterave sera différent pour le maïs. Mais il doit y avoir un stade où l'eau est traitée et revient dans le système avant que nous ne nous la buvions”, a ajouté Kedikilwe. Il est prévu que l'usine de recyclage utilisera six processus de haute technologie de filtration, de désinfection et de stabilisation. Cela pourrait toutefois être une maigre consolation pour certains consommateurs, qui se demandent s’il existe des alternatives au recyclage des eaux usées et si le produit final serait sans danger pour la consommation humaine. Ce projet de recyclage des eaux usées fait partie des interventions pour la fourniture d'eau de la WUC, qui anticipent sur une pénurie d'eau à Gaborone d’ici à 2030.

