ILE MAURICE: L’hyperactivité sexuelle des jeunes inquiète

PORT-LOUIS, 24 juin (IPS) – L’examen médical d’une jeune collégienne de 12 ans, violée récemment à Flacq, un village situé dans l’est de l’Ile Maurice, a révélé que l’adolescente était déjà sexuellement active. Ce qui a provoqué une onde de choc dans le pays, mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg de la jeunesse moderne.

L’hyperactivité sexuelle des jeunes Mauriciens est connue de tous, même si la plupart des parents, des enseignants et des responsables politiques du pays préfèrent se voiler la face à ce sujet. En tout 55 cas de viols sur des mineurs ont été rapportés à la police en 2009, sans compter de nombreux cas de relations sexuelles avec des mineures consentantes.

Durant la dernière semaine de mai 2010, une adolescente de 13 ans a rapporté à la police avoir eu des relations sexuelles à maintes reprises avec son amoureux, dont elle dit ignorer l’âge. Une autre fille de 12 ans a fait pire. Son copain de 18 ans, de même que deux autres habitants de son village, âgés respectivement de 23 ans et 21 ans, auraient eu, eux aussi, des relations sexuelles avec elle sur une plage. Une adolescente de 14 ans, qui était portée disparue, a été retrouvée chez son amoureux de 20 ans, avec qui elle a eu des relations sexuelles au Champ de Mars, le 20 mai dernier. Selon la psychologue Emilie Duval, les activités sexuelles, la consommation d’alcool et de drogue sont les réalités de beaucoup de jeunes d’aujourd’hui. Si le développement physique est précoce chez les adolescents, tel n’est pas le cas pour leur développement psychologique. Ils ne sont pas préparés aux conséquences de leurs actes.

Le syndicat des enseignants du primaire, la 'Governement Teachers Union' (GTU), a décidé de prendre les choses en main, étant donné que l’adolescente violée de Flacq avait fait l’école buissonnière le jour de son agression sexuelle. En collaboration avec la 'Mauritius Family Planning and Welfare Association' (MFPWA), une association chargée du planning familial à Maurice, la direction du GTU s’est lancée dans une session de formation de trois jours à l’intention de tous les enseignants du primaire. L’objectif principal était de faire de la prévention contre le VIH/SIDA. Selon Vinod Seegum, le président de la GTU, «avec la propagation du VIH/SIDA, il incombe au syndicat de former les enseignants pour qu’à leur tour, ils sensibilisent leurs élèves à cet effet, d’autant plus qu’il n’existe pas encore une politique d’éducation sexuelle dans le cursus scolaire».

Pour sa part, Vidya Charan, la directrice de la MFPWA, estime qu’il faut attaquer le mal à sa racine. «Ces enfants se laissent guider par leurs pulsions. On les juge et les condamne sans toutefois comprendre leur situation. Ils ne disposent pas d’informations et d’encadrement adéquats pour leur permettre de faire des choix responsables», souligne-t-elle.

Rita Venkatasamy, directrice du Centre d’éducation et de développement des enfants mauriciens (CEDEM), remet aussi sur le tapis la question d’éducation sexuelle dans le cursus scolaire. «C’est le grand problème. Tant au niveau de l’éducation primaire que secondaire, il y a une grosse lacune concernant l’éducation sexuelle. Il faut un débat assez ouvert et sans tabou sur la sexualité. Les jeunes ne réalisent pas quels dangers et pièges les attendent lorsqu’ils ont une sexualité précoce», explique-t-elle. Plusieurs organismes veulent intervenir sur ce dossier à condition qu’il n’y ait pas de tabou ou d’interdits. A titre d’exemple, en 2009, le ministère de la Santé a pris sur lui de faire interdire trois questions touchant à la sexualité, l’abus d’alcool dans le monde estudiantin et le VIH/SIDA, dans le cadre d’un sondage de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mené auprès de jeunes de 13 à 15 ans sur l’île. Cette intervention avait irritée le Premier ministre, Navin Ramgoolam, d’autant que d’autres pays plus conservateurs que Maurice, comme l’Indonésie par exemple, avaient permis à tous les étudiants de la tranche d’âge ciblée de répondre à toutes les questions du sondage de l’OMS, y compris celles portant sur leur sexualité et leur utilisation des méthodes contraceptives, dont le préservatif.

De plus, la distribution des pamphlets par l’organisation non gouvernementale 'Prévention, information et lutte contre le SIDA' (PILS), qui milite contre la propagation du VIH/SIDA, avait été interdite lors d’une foire éducationnelle. Une interdiction qui avait été très critiquée par Rajni Lallah, secrétaire du 'Muvman Liberasyon Fam'(MLF). «L’affaire des questions amputées du sondage de l’OMS et l’interdiction de distribution des pamphlets de PILS démontrent qu’il y a une répression sexuelle de l’Etat dans ce pays», a-t-elle affirmé. La prise de risques est une des caractéristiques de l’adolescence. Toutefois, il est important de pouvoir aider les jeunes à évaluer les prises de risques et leurs conséquences, et de pouvoir mettre en place des balises et des garde-fous qui soient clairs, estime le MLF. C’est comme un pont menant de l’adolescence au monde adulte. Sans rambardes, l’adolescent peut glisser, chuter et se faire très mal. Il appartient aux parents, au ministère de l’Education et à l’Etat de placer ces rambardes.

*(Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).