AFRIQUE: "Aider les petits pêcheurs à pêcher moins et à gagner plus"

GENEVE, 25 juin (IPS) – Les mesures sanitaires et phytosanitaires constituent un casse-tête pour les exportateurs africains de poissons, mais l’aide au commerce peut aider les petits pêcheurs à répondre à ces normes.

Les produits de pêche provenant des pays africains, des Caraïbes et du Pacifique sont de plus en plus confrontés à des normes et exigences liées à la qualité telles que la traçabilité du poisson, selon Yann Yvergniaux de la Coalition des accords de pêche équitables (CAPE).

“La solution est de s’assurer qu’une valeur maximale soit ajoutée. 'Pêcher moins, gagner plus’ est le slogan avec lequel des bénéfices socio-économiques seront obtenus”, a-t-il ajouté. La CAPE est une organisation non gouvernementale basée à Bruxelles qui s’occupe de la réforme politique de l’UE (Union européenne) sur la pêche commune. L’UE possède le plus grand marché de poissons au monde.

Le secrétaire exécutif de l’Organisation des pêches sur le Lac Victoria (LVFO), Dick Nyeko, pense qu’il est possible d’ajouter de la valeur aux produits de pêche en provenance de l’Afrique. La LVFO est une organisation intergouvernementale qui gère les parts des ressources de pêche du Lac Victoria.

Le Lac Victoria, le plus grand lac d’Afrique, est partagé entre le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie. L’industrie de pêche sur le lac fait des recettes de 600 millions de dollars par an, dont 350 millions proviennent des exportations. Les activités de pêche fournissent des moyens de subsistance à deux millions de personnes, et de poissons à 22 millions de consommateurs.

Nyeko soutient que “les petits pêcheurs peuvent participer à la mondialisation s’ils répondent aux exigences du marché telles que l’étiquetage et les mesures sanitaires et phytosanitaires. La plupart des pays en développement combattent encore ces mesures. Mais si vous y arrivez et qu’ensuite vous travaillez dur, vous pourrez satisfaire aux exigences”.

Nyeko dirigeait l’autorité ougandaise chargée de la sécurité de l’exportation des produits de pêche pendant l’interdiction imposée par l’UE sur la perche du Nil à la fin des années 1990. Il a parlé de son expérience à Genève le 16 juin, en tant qu’invité du Centre international pour le commerce et le développement durable, une Organisation non gouvernementale (ONG) travaillant, entre autres, sur la pêche et l’aide au commerce.

L’Ouganda a beaucoup souffert sous deux interdictions de l’UE: la première, en 1997, a suivi une prétendue découverte de salmonelle dans les produits à base de poisson du Lac Victoria et la déclaration du choléra en Afrique de l’est.

Cette interdiction, qui a été levée en 1998, n’était pas fondée sur une preuve scientifique, mais plutôt sur ce que l’UE appelle “des mesures insuffisantes appliquées par l’autorité compétente pour contrôler la déclaration du choléra”.

La seconde et plus longue interdiction a été imposée en avril 1999 après que l’Ouganda a notifié à l’UE qu’il ne pouvait pas garantir que les poissons ne posaient pas un problème de sécurité.

Cette interdiction a été officiellement levée en août 2000 lorsque l’UE a reconnu que l’Ouganda a mis en place les garanties exigées pour la sécurité de ses exportations et qu’il avait rempli les conditions requises pour exporter des poissons vers l’UE.

Les barrières d’interdiction du commerce sont considérées comme l’un des principaux obstacles aux exportations des pays africains. Parmi celles-ci, les exigences sanitaires font partie des plus difficiles à surmonter. L’accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) permet aux pays de mettre en place des normes pour assurer la sécurité et la santé de leurs citoyens, de leurs animaux et de leurs plantes.

Les membres de l’OMC doivent appliquer des mesures sanitaires et phytosanitaires “seulement dans les limites nécessaires pour protéger la vie et la santé des personnes, des animaux et des plantes”. Les mesures doivent “reposer sur des principes scientifiques” et ne doivent pas servir comme une restriction déguisée sur le commerce international.

L’accord sur les SPS prévoit des dispositions spéciales et différentielles pour aider les pays en développement à s’adapter à la réglementation.

Nyeko soutient que l’on a fait un mauvais usage de l’accord sur les SPS. Lorsque l’interdiction sur la perche du Nil a été établie en 1999, elle était censée être temporaire mais qui devait supporter la charge des éléments de preuve? Les Etats d’Afrique de l’est”.

Cependant, avec l’aide des bailleurs de fonds et un travail acharné, l’Ouganda était arrivé à renverser la situation. Même si le matériel peut être différent de celui utilisé dans les pays riches, cela ne signifie pas que les pays pauvres ne peuvent pas s’y conformer. Nyeko explique: “Nous avons des pirogues – pas de même taille que les grands navires, mais ayant les mêmes normes d’hygiène.

“Ces pirogues sont faciles à nettoyer et elles peuvent retenir la glace. Je ne suis pas d’accord lorsque certains pays en développement prétendent qu’ils ne peuvent pas se conformer aux normes internationales. L’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie ont développé des laboratoires publics et privés; ils peuvent répondre aux exigences en matière de certification et exporter au plan international”.

En dehors de l’Ouganda et du Kenya, l’Ile Maurice fait également partie des membres du Marché commun pour l’Afrique orientale et australe (COMESA) qui ont harmonisé leurs règles pour exporter au niveau international.

“Que vous soyez petits ou grands, vous avez besoin de monter la chaîne de valeur”, déclare Tanya Prayag-Gujadhur, deuxième secrétaire à la mission permanente de l’Ile Maurice à Genève. L’Ile Maurice a fait pression pour l’aide au commerce non seulement pour les infrastructures mais aussi pour satisfaire aux grandes normes imposées au secteur de la pêche.

“Nous sommes un petit pays. Si nous voulons nous diversifier, nous pouvons investir seulement dans la transformation et la réfrigération. Et c’est là que l’aide au commerce intervient”.