COMMERCE: Le marché cacaoyer teste le concept de durabilité

GENEVE, 20 juin (IPS) – Des négociations, en vue de renouveler le cadre régissant la filière cacao, s’ouvrent du 21 au 25 juin à Genève. L’accord vise à favoriser une économie cacaoyère durable, tant sur le plan social qu’environnemental, et une meilleure transparence du marché.

Si la production globale de cacao plafonne à 3,596 millions de tonnes en raison d’une récolte médiocre, la demande – concassage – connaît en revanche une hausse de 4 pour cent, tirée par l’augmentation de la consommation européenne. L’Organisation internationale du cacao (ICCO) estime qu’il manquera 69.000 tonnes pour répondre à la demande en 2010, alors que la production était en surplus de 67.000 tonnes en 2008-2009. Des marges promises qui attisent les convoitises.

C’est dans ce contexte tendu que s’ouvre la Conférence des Nations Unies sur le cacao, en juin à Genève. Le but : négocier un accord international qui permettra non pas de réguler les prix du marché, mais de définir un cadre pour la coopération et l’échange Nord-Sud en matière de commerce, de développement des marchés et de promotion de la consommation du cacao. «Il s’agit de favoriser l’obtention de prix justes pour une croissance équilibrée de la filière cacaoyère», souligne Alexeï Mojarov, économiste au sein de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Cet accord remplacera celui de 2001, en vigueur jusqu’en 2012. Septième du genre depuis 1973, date de la création de l’ICCO, il justifie son existence. Durabilité, notion discutée Prévue le 19 avril dernier, cette conférence a tourné court en raison des cendres du volcan islandais et l’impossibilité pour la plupart des délégations de participer aux débats. C’était notamment le cas de la venue des Africains, alors que 70 pour cent de la production mondiale de cacao est produite au sud du Sahara. Mais la conférence avait permis d’élire l’ambassadeur de Côte d’Ivoire aux des Nations Unies, Guy-Alain Gauze, comme président. Une charge qui ne sera pas facile: tous les conférenciers reconnaissent que de nombreux points cruciaux feront l’objet d’âpres discussions. A commencer par la définition de la «durabilité», un concept nouveau dans l’accord. Selon des sources participant aux pré-négociations, les pays producteurs – Côte d’Ivoire, Ghana et Indonésie en tête – craindraient que l’introduction d’une notion de «développement durable», telle que voulue par les pays consommateurs -dont Etats-Unis, Pays-Bas et Allemagne -, soit une manière déguisée de faire du protectionnisme. Ils redouteraient que les importateurs leur opposent le non-respect de règles drastiques, par exemple sur les conditions de travail, pour justifier leur éventuel refus d’acheter. Et de perdre ainsi leur accès au marché mondial, américain en particulier. «Dans une certaine mesure, la prudence des pays exportateurs se comprend», estime Gauze. «Mais, les textes fondateurs sur l’environnement et le développement, à savoir ceux de Rio en 1992 et de Johannesburg en 2002, ont bien été adoptés par tous les pays participant à cette conférence. Et ils définissent clairement les trois piliers de tout processus de développement: social, économique et environnemental. Il s’agit d’un concept planétaire, et non pas l’apanage de l’Occident».

Transfert de technologies Autre point sensible, l’exigence d’une plus grande transparence économique, qui vise implicitement les pays consommateurs, en particulier la mise à disposition des statistiques et chiffres-clés du commerce cacaoyer. Selon les cacaoculteurs, certains importateurs asiatiques et sud-américains veulent transformer eux-mêmes le produit en poudre, et les cantonner à un simple rôle de cultivateurs, limitant par-là même leur développement. Cet accord tente de répondre à cette préoccupation en instituant la création de fonds communs pour favoriser, entre autres, le transfert de technologies. Selon leurs activités, des organisations non gouvernementales pourront être invitées aux conférences internationales sur le cacao. Max Havelaar a été consultée par le secrétariat d’Etat à l’Economie lors de la préparation de la position de la Suisse sur l’accord. Pour Didier Deriaz, son attaché de presse, le texte n’a pas abouti. «Il manque la définition de prix équitable, qui pourrait contribuer à améliorer la situation économique des familles de producteurs». Aujourd’hui, seuls 10 à 12 pour cent du prix de vente d’une tablette de chocolat en supermarché revient au producteur, selon la CNUCED.

*(Sandra Titi-Fontaine est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).