BULAWAYO, 6 mai (IPS) – Quatorze mois après la formation du gouvernement d'union nationale au Zimbabwe, le harcèlement, les arrestations arbitraires et l'intimidation généralisée des journalistes demeurent fréquents.
Dans un communiqué publié le 3 mai, Journée mondiale de la liberté de la presse, la branche au Zimbabwe de l’organisation de défense de la liberté de la presse, l’Institut des médias d'Afrique du Sud (MISA), a déploré des lois répressives contraignantes pour les journalistes.
Il s'agit notamment de la Loi sur l'accès à l'information et la protection de la vie privée, qui empêche les organes de presse d'embaucher des journalistes non accrédités; de la Loi sur l'ordre public et la sécurité qui a été largement utilisée pour poursuivre les critiques du président, de son gouvernement et de ses politiques; et la Loi sur les services de la radiodiffusion, qui établit des exigences si complexes pour l'accréditation des médias audiovisuels que la 'Zimbabwe Broadcasting Corporation' (Office de radio et télévision du Zimbabwe), sous le contrôle du gouvernement, demeure la seule station sur les ondes.
“Ces lois sont inutiles et injustifiées dans une société démocratique et devraient par conséquent être abrogées conformément aux principes de la Charte africaine des droits de l'Homme, de la Déclaration de Banjul sur les principes de la liberté d'expression en Afrique, [et du] Protocole de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) sur l'information, les sports et la culture ainsi que de la Charte africaine sur la radiodiffusion”, indique la déclaration.
“Les modifications apportées à l'espace restreint des médias ont été symboliques, le moins qu’on puisse dire”, a déclaré à IPS, Loughty Dube, président du MISA-Zimbabwe. “Les journalistes sont toujours confrontés au harcèlement et à l'intimidation qui étaient fréquents avant le gouvernement d’union nationale”.
En janvier de cette année, le journaliste indépendant et reporteur de IPS, Stanley Kwenda, s’est exilé après qu’un agent de police l’aurait menacé de mort au sujet d’un article.
Mashundu Netsianda, un correspondant du journal d’Etat 'Chronicle' travaillant dans la ville frontalière de Beitbridge, a été arrêté pour avoir écrit que des agents de police ont fui des coups de feu. En mars, un journaliste mexicain a été arrêté à Masvingo pendant qu’il collectait des séquences en vue d’un documentaire pour la Coupe du monde.
Anderson Manyere, un photojournaliste, est devenu un invité régulier dans les cellules de la police et a été arrêté, depuis le début de l'année, au moins trois fois pour avoir exercé son métier.
Cinq journalistes du journal 'Standard' ont été convoqués à comparaître devant les tribunaux pour un article sur un scandale foncier impliquant l’influent homme d'affaires, Phillip Chiyangwa, et le ministre du gouvernement local, Ignatius Chombo.
Le journaliste de radio et réalisateur de documentaires, Zenzele Ndebele, a été aussi menacé pour son documentaire sur les atrocités de “Gukurahundi” commises par les services de sécurité du Zimbabwe dans le Matabeleland au début des années 1980.
“La liberté de la presse au Zimbabwe est garantie par quiconque est au pouvoir et cela est clair dans la manière dont les journalistes doivent constamment surveiller leurs arrières chaque fois qu'ils écrivent un article ou animent une émission”, a indiqué Ndebele.
“Radio Dialogue attend depuis 10 ans une licence de radio communautaire et nous ne pouvons pas opérer pleinement en tant que station de radio”, a-t-il dit.
L'annonce par le Conseil des médias du Zimbabwe, à la fin du mois d'avril, de la réduction des frais d'accréditation des médias et demandant aux organes de presse et aux journalistes de renouveler leur accréditation d’ici le 4 juin, a été accueillie par les journalistes comme un petit signe de changement.
“Une presse libre et sans entrave joue un rôle crucial dans la promotion du droit universel des citoyens à l'accès aux informations détenues par les organismes publics et privés”, a déclaré le MISA-Zimbabwe dans son communiqué, “et constitue une panacée pour le développement socio-économique, la gouvernance responsable et la stabilité politique”.
'Human Rights Watch', une organisation de défense des droits de l’Homme, qui a publié en avril un rapport critique sur le refus du gouvernement zimbabwéen de protéger la liberté de la presse, prévient que les élections crédibles – qui selon le président Robert Mugabe auront lieu en 2011 – ne peuvent pas être organisées en l'absence d’une presse libre.

