AFRIQUE DE L’OUEST: Manœuvres militaires sous-régionales contre le terrorisme

OUAGADOUGOU, 5 mai (IPS) – Les Etats-Unis et leurs alliés européens impliquent davantage les pays ouest-africains voisins du Sahara dans la lutte anti-terroriste à travers un Partenariat transsaharien contre le terrorisme.

Nombre de pays de la sous-région et d’autres sont associés aux manœuvres militaires 'Flintlock 2010' qui se déroulent du 3 au 22 mai dans la région.

Les Etats sahéliens ont été, depuis ces dernières années, le théâtre d’actions attribuées à des groupes armés qui se réclament du réseau Al-Qaïda au Maghreb islamique. Dans cette zone, sont également présents des groupes criminels qui y pratiquent un trafic et une contrebande de toutes sortes.

«Le but de l’exercice est d’améliorer la coopération et l’interopérabilité des forces ouest-africaines, des Etats-Unis et des forces européennes, permettre la communication et la coordination entre plusieurs forces d’une dizaine de pays», a déclaré, Anthony Holmes, commandant adjoint des activités civilo-militaires du Commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM). Les manœuvres sont planifiées à partir du Centre de coordination multinationale (MCC) de Ouagadougou, la capitale burkinabé, et sont synchronisées avec des opérations militaires dans d’autres pays. Les manœuvres qui sont supervisées par des officiers américains, impliquent des forces du Burkina Faso, du Mali, du Niger, d’Algérie, du Maroc, de Mauritanie, du Nigeria, du Sénégal, du Tchad et de Tunisie. Des contingents venus de pays européens comme la France, la Belgique, l’Espagne, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, prennent également part aux manœuvres.

Quelque 1.200 militaires, dont 600 membres des forces spéciales américaines, 400 Africains et 150 Européens, participent à l’opération. «Il s’agit d’établir une confiance, de créer des relations avec les forces militaires d’autres pays», a confié Holmes à IPS.

L’opération 'Flintlock' a pour objectif d’arrêter les effets négatifs du terrorisme qui nuisent aux pays, mais aussi aux citoyens», a expliqué Max Blumenfeld, chargé des communications du groupement tactique interarmées pour les opérations spéciales dans la région transsaharienne. «La tâche qui est la nôtre est d’autant plus grande que la prolifération des armes et les crises régionales ouvrent des brèches dans lesquelles les organisations terroristes s’engouffrent volontiers pour perpétrer leurs actes meurtriers», a déclaré aux journalistes, le ministre burkinabé de la Défense, Yéro Boly, à l’occasion du lancement des manœuvres, le 3 mai à Ouagadougou. Les forces spéciales américaines participent à la lutte contre Al-Qaïda depuis plusieurs années aux côtés de l’armée algérienne dans le Sahel. Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) est constituée de groupes mobiles qui se déplacent dans une région aride très vaste et impossible à contrôler, selon des observateurs.

Washington forme périodiquement des soldats maliens à la lutte contre le terrorisme dans le cadre d’un programme lancé au début des années 2000 et englobant plusieurs pays sahéliens.

«C’est aussi une grande chance pour nous de tirer le maximum d’expériences et d’être davantage aguerris pour faire face aux défis nouveaux que nous connaissons de plus en plus dans ce monde», se réjouit Boly. AQMI est accusé d’avoir lancé, ces dernières années, plusieurs attaques en Mauritanie, et détient actuellement deux otages espagnols. Ce groupe est en outre suspecté d’être l’auteur de l’enlèvement, en avril dernier, d’un ressortissant français au Niger.

Toutefois, souligne Holmes, les manœuvres militaires actuelles ne chercheront pas à libérer des otages. «Il ne s’agit pas de résoudre le problème des otages. C’est une responsabilité des pays où la prise d’otages a eu lieu», a expliqué le commandant adjoint des activités civilo-militaires d’AFRICOM. En avril, l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger ont installé un centre de commandement militaire dans le sud de l’Algérie pour coordonner leurs efforts contre le terrorisme. «L’éradication du défi terroriste et ses corollaires sont pour la communauté internationale une nécessité impérieuse. Il s’agit d’une exigence morale autant que d’un besoin essentiel de sécurité humaine», a affirmé Boly.

Le ministre burkinabé de la Défense estime, par ailleurs, que le succès dans la lutte contre le terrorisme dépend également de l’éradication des fléaux dont se nourrit le terrorisme tels que les crises régionales et la grande pauvreté.

Récemment, des députés présents dans la région de Kidal, dans le nord du Mali, ont mis en garde les autorités contre le recrutement des habitants des tribus arabes et touareg par Al Qaida.

En exposant la situation sécuritaire dans le nord du mali, notamment l’activité des groupes terroristes, les parlementaires ont déclaré préférer l’option de développement de cette région à la solution militaire. Ils soutiennent que le développement empêcherait l’organisation d’Al-Qaida d’influencer matériellement les jeunes Maliens.

«La solution contre le terrorisme ne peut pas être que militaire uniquement étant entendu que le terrorisme n’est pas un ennemi indentifiable; il y a aussi les moyens économiques, car il faut lutter contre certaines causes profondes du terrorisme qui se trouvent dans la pauvreté et les inégalités dans le partage des ressources au niveau des Etats», explique Boly.

Pour sa part, Pagomziri Alexandre Ouédraogo, chargé de la bonne gouvernance et des droits de l’Homme au Centre d’études stratégiques pour l’Afrique (CESA), une organisation non gouvernementale, déclare à IPS : «La lutte (contre le terrorisme) est très importante, mais la manière dont elle procède peut décourager les pays africains qui voient cette lutte comme celle des grandes puissances qui ne se retrouvent pas dans la gestion du monde». Les pays africains, ajoute-t-il, sont préoccupés par la pauvreté et la misère. «Il faut davantage dans la lutte contre le terrorisme, intégrer la réduction de la pauvreté et l’amélioration des conditions de vie des pays africains».

Mais, l’opération 'Flintlock' a déjà intégré dans ses manœuvres quelques activités civilo-militaires comme les soins en faveur des populations et du bétail dans les zones concernées, selon les organisateurs.