AFRIQUE DU SUD: Partager le fleuve Inkomati

MBABANE, Swaziland, 6 mai (IPS) – Au village d’Ekuvinjelweni, dans la province de Mpumalanga, en Afrique du Sud, le fleuve de Komati coule bien et vite à travers les montagnes.

Le long de ses rives dans cette zone existent des fermes commerciales avec des travaux d'irrigation intensifs, fréquentées par des agriculteurs de subsistance qui dépendent de la pluie pour leurs champs et leur bétail – une proposition délicate dans une région qui a connu de graves sécheresses dans le passé.

L'eau dans le bassin du fleuve Inkomati, qui traverse l'Afrique du Sud, le Swaziland et le Mozambique, est entièrement prise en compte. Il y a environ deux millions d’habitants dans le bassin, mais l’usage domestique représente seulement une faible proportion de la consommation d'eau.

L’agriculture et la foresterie sont les deux plus grands consommateurs, suivis par des transferts d'eau hors du bassin, certains pour arroser les plantations de canne à sucre dans d'autres zones de captage, mais d’autres surtout pour refroidir les centrales électriques au charbon dans le bassin du Limpopo voisin.

L’Accord de 1992 entre le Swaziland et l'Afrique du Sud sur Komati a précisément quantifié les distributions d'eau à chaque partie, réservant également une part pour le Mozambique plus en aval. Bien que l'Afrique du Sud sous l’apartheid ait soutenu les rebelles de la Résistance nationale du Mozambique (RENAMO) contre le gouvernement post-libération du Mozambique, tous les trois pays s’étaient consultés sur la gestion de l'eau du bassin au début des années 1980, lorsque le Comité technique permanent tripartite a été formé.

Le Mozambique a finalement adhéré à l’accord en 2002.

La sécheresse qui a frappé la région entre 1989 et 1994 a entraîné des niveaux d'eau très bas dans le fleuve au moment où elle a atteint le Mozambique, provoquant, de la part de ceux qui sont le plus en aval, des plaintes amères selon lesquelles leurs besoins n’étaient pas respectés par les fermiers en amont. Même au moment de stress dû aux basses eaux, les agriculteurs se plaignent régulièrement de leurs allocations.

“Historiquement, nous avions des conflits avec nos voisins (l’Afrique du Sud) concernant l'utilisation de l'eau le long du bassin de Komati parce que c'est là que nous avons beaucoup d'agriculteurs”, a déclaré Sakhiwe Nkomo, ingénieur supérieur en eau au ministère des Ressources naturelles et de l'Energie du Swaziland.

L'Accord de 1992 sur le développement et l'utilisation du bassin du fleuve Komati a autorisé la construction du barrage de Maguga au Swaziland et du barrage de Driekoppies en Afrique du Sud.

“L'idée était d'améliorer la fiabilité de l'utilisation de l'eau parmi les agriculteurs existants et nouveaux”, a expliqué Nkomo. Et elle semble marcher.

Selon Anne Kruger, la directrice de district pour le District de l’eau de Emandla Ekuphila, les usagers de l'eau étaient précédemment obligés d’utiliser leurs allocations pendant que l'eau coulait, qu’ils en eurent besoin à ce moment précis ou non.

“La répartition au volume par unité de temps allouait l'eau à un taux fixe sans tenir compte des besoins des cultures saisonnières et de l'allocation pour les services bancaires pendant la saison pluvieuse ou de la panne de l’équipement”, a souligné Kruger, qui représente les producteurs de canne à sucre.

L’Autorité du bassin de Komati (KOBWA) utilise maintenant un Système de répartition fractionnée de l'eau et de partage de la capacité du réservoir (FWRCS). Les deux barrages, a déclaré Kruger, permettent aux agriculteurs de stocker l'eau qui leur a été allouée et de ne l'utiliser que lorsque le besoin se fait sentir.

Chaque semaine, ils passent une commande, et – dans les limites de leurs allocations et du plan de gestion du bassin – une quantité d’eau correspondante est déversée dans le fleuve.

“Avec le système actuel (le FWRCS), qui est une répartition basée sur le volume, les utilisateurs de l'eau contrôlent la quantité d’eau à laquelle ils ont droit puisqu’elle leur permet de décider de quand et de quelle quantité du volume qui leur est alloué ils veulent utiliser”, a expliqué Kruger.

Les agriculteurs utilisent l'eau qu'ils économisent pendant la saison sèche lorsque le niveau du fleuve est autrement bas. Nkomo a indiqué que pendant les saisons sèches, la KOBWA rationne l'eau qui avait également l’habitude de provoquer des conflits entre les agriculteurs.

“Quand il y a pénurie d'eau, les fermiers posent plus de questions que d'habitude mais maintenant nous connaissons à peine ce problème”, a déclaré Nkomo.

Il y a quelques agriculteurs qui ne sont pas satisfaits des systèmes d'attribution d'eau. Sabatha Mathonsi, un producteur de canne à sucre, a fait savoir que l'eau continue d’être perdue parce qu’il n'existe pas de réservoirs en aval pour stocker l'eau que les agriculteurs commandent tous les mardis.

“Même avec le système actuel, une fois que vous effectuez votre commande hebdomadaire, vous ne pouvez pas l’annuler”, a indiqué Mathonsi. “Parfois, il pleut ou l'équipement tombe en panne et cela signifie que vous ne pouvez pas irriguer. C’est triste de voir couler l'eau vers le Mozambique.

Mathonsi a déclaré que le gouvernement devrait aider les agriculteurs à construire de petits barrages où ils peuvent stocker leur eau après qu'elle a été libérée du réservoir principal.

Les agriculteurs ont également du mal à accepter qu'il y ait assez d'eau qui coule dans le fleuve pour protéger les écosystèmes alors que certains d'entre eux n'en ont pas assez pour l'irrigation.

“Certaines personnes ont le sentiment que l'environnement est en train de rivaliser avec eux concernant la demande en eau, alors que la réalité est que l'environnement utilise également l'eau”, a déclaré Nkomo.

Dhlamini de la KOBWA est au courant de tels malentendus, mais les acteurs ont à plusieurs reprises discuté de la question et se rendent maintenant compte de la nécessité de protéger les écosystèmes fluviaux. Il a indiqué que la KOBWA a demandé une étude en 2008 afin de déterminer les besoins écologiques en eau, et l'impact que la satisfaction de ces derniers aura sur le rendement du système.

Aucune solution de gestion des ressources en eau en Afrique australe ne peut être permanente, pas avec la croissance démographique, les besoins de développement pressants et les changements climatiques. Mais la coopération dans le bassin du fleuve Inkomati, qui a survécu et s’est même renforcée à travers les conflits provoqués par la sécheresse et la politique, repose sur une base solide.

“Nous devons renforcer nos systèmes de surveillance de conformité chez les utilisateurs afin de nous assurer que nous ne manquons pas d'eau à l'avenir”, a confié Nkomo.

Pour le moment, l’eau coule librement le long du fleuve Komati.

*Alma Balopi à Gaborone a contribué à ce reportage.