MADAGASCAR: Que cache l’ultimatum des militaires pour une sortie de crise?

ANTANANARIVO, 19 avr (IPS) – Les Forces armées malgaches ont donné jusqu’à la fin de ce mois aux autorités de transition pour trouver une issue à la crise politique qui paralyse Madagascar depuis plus d’un an.

Les militaires n’ont pas dit ce qui se passerait lorsque le délai aura expiré. Mais, certains observateurs craignent que l’armée prenne le pouvoir à la fin de l’ultimatum au cas où aucune feuille de route valable n’est adoptée. Déjà, une rencontre entre le président de la Haute autorité de la transition (HAT), Andry Rajoelina, et l’ancien président Marc Ravalomanana, est annoncée pour le 25 avril en Afrique du Sud. «J’ai déjà donné mon accord pour cette réunion, et j’ai appris que l’ancien président a aussi donné le sien», a déclaré Rajoelina, au cours d’une émission télévisée le 14 avril. Lors de cette intervention, Rajoelina a indiqué que «les résolutions issues de la rencontre en Afrique du Sud seront présentées aux forces armées à la fin du mois d’avril». Deux jours plus tôt, un communiqué lu par le général André Ndriarijaona, chef d’état-major de l’armée, annonçait que les autorités militaires ont demandé aux dirigeants de la transition «de publier une feuille de route précise et vérifiable». Elles ont également demandé aux hommes politiques de l’opposition de «collaborer avec les autorités en place dans le cadre du délai soumis à ces dernières». Le général Ndriarijaona explique la démarche des militaires et des gendarmes par leur volonté de «ne pas rester insensibles aux souffrances du peuple». C’est pourquoi «nous avons mis en place un cadre en vue de trouver une solution pour sortir le pays de la crise profonde dans laquelle il se trouve», poursuit-il. Si le général Bruno Razafindrakoto, commandant de la gendarmerie nationale, nie que les forces armées aient donné un ultimatum, Rajoelina a toutefois reconnu l’idée d’un délai : «Les militaires m’ont donné 48 heures pour présenter une feuille de route, mais je leur ai dit que le pouvoir ne restait pas sans rien faire, et que je leur soumettrai un plan de sortie de crise d’ici à la fin du mois». Malgré ce qui s’apparente à un ultimatum, le président de la HAT se veut confiant. «Les militaires malgaches ont une sagesse… Le pays n’en est pas encore au stade où il n’y a plus rien à faire et où les forces armées doivent prendre le pouvoir», affirme-t-il. Il reconnaît néanmoins que «des velléités de prise de pouvoir par la force existent chez une poignée de militaires». Emeline Rasoarimanana, institutrice à la retraite, se réjouit pourtant déjà de la prise de position officielle des militaires. «Il est temps que les forces armées prennent leur responsabilité», dit-elle à IPS. «Avec cette crise qui piétine, un directoire ou un gouvernement militaire est la seule solution». Serge Zafimahova, président du cercle de réflexion Club de développement et éthique, affirme de son côté à IPS que «si aucune solution n’est trouvée, le pays s’achemine vers une prise de pouvoir par les militaires». Interrogé par IPS, le général en retraite, Guy Ratrimoarivony, directeur de séminaire au Centre d’études diplomatiques et stratégiques, estime plutôt que «pour l’instant, les forces armées n’ont pas l’intention de prendre le pouvoir». Il voit derrière cet ultimatum «une forme de pression sur le pouvoir». «Une pression qui incitera toutes les mouvances politiques à jouer le jeu», soutient Lydie Boka, une analyste à StrategiCo, une entreprise spécialisée dans l’analyse et la prévision financière, économique et politique dans les pays émergents et en développement. Même si elle «se demande comment l’armée pourra contraindre les autres mouvances à travailler avec la HAT», Boka est sûre que «l’armée a les moyens de forcer la HAT à travailler avec les autres parties». Pour Fetison Andrianirina, chef de délégation de la mouvance Ravalomanana, c’est justement au retour du dialogue que les forces armées doivent s’employer. «Les militaires doivent ramener les quatre mouvances politiques à la table des négociations, de manière à les amener à discuter de la façon de travailler ensemble», explique-t-il à IPS. Selon Andrianirina, il est normal que les forces armées prennent leur responsabilité, car «ayant contribué à l’avènement de ce pouvoir, ils ont une dette envers le peuple». Il rappelle que c’est après le basculement des forces armées que Rajoelina a pu accéder au pouvoir en mars 2009. C’est également en raison de sa contribution à la mise en place du régime de transition que le général Noël Rakotonandrasana, ancien ministre des Forces armées, appelle les forces civiles, militaires et religieuses du pays à le rejoindre au sein d’un Conseil supérieur mixte de médiation et éthique. Le général Rakotonandrasana, dont les hommes avaient aidé Rajoelina à prendre le pouvoir, a été limogé le 7 avril pour «organisation de réunions à l’insu du Premier ministre et du chef suprême des armées», selon le président de la HAT. Mais, il n’a accepté de passer le service à son remplaçant que le 14 avril. «Le régime de transition a dévié du droit chemin, nous devons l’y ramener», a-t-il déclaré aux journalistes après la passation de service, affirmant vouloir aussi “contribuer à sortir Madagascar de la crise”.