POLITIQUE-SOUDAN: Tout est prêt pour la victoire de Bashir

JUBA, Sud-Soudan, 9 avr (IPS) – Il existe un désir croissant pour le changement au Soudan, surtout au sein de la population urbaine plus jeune dans le nord.

En revanche, on ne sent pas une ambiance de campagne très animée et on ne voit pas non plus de partisans s’attroupant autour des candidats dans le sud, alors que la campagne pour les élections générales s’achève.

L'absence d'enthousiasme et de fièvre électorale s'explique en partie par le fait que bon nombre d’électeurs ont contesté ici le choix de Yasir Arman pour représenter le parti du Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), dominant dans le sud, comme candidat à la présidentielle du scrutin du 11 au 13 avril.

Arman était l'un des quelques Arabes ayant rejoint la rébellion dès les premières années de l'insurrection, mais les gens du parti bien informés affirment que ce partisan d'un Soudan uni – certains restent au sein du SPLM – était inquiet de jouer un rôle qui pourrait bien voir la désintégration du plus grand pays d'Afrique.

Il aurait évidemment garanti les voix du bloc SPLM dans le sud, tout en attirant d’importantes voix d’une minorité de musulmans libéraux urbains dans le nord; mais Arman est largement méprisé et considéré comme un traître dans le nord pour avoir trahi la cause des musulmans arabes au Soudan.

La pression sur Arman s’est avérée écrasante, et il s’est retiré de la course le 1er avril, invoquant des irrégularités électorales et la poursuite du conflit au Darfour.

“[Arman] a plaidé pour son retrait. Nous avions essayé de le convaincre pendant des semaines de ne pas le faire, mais il a insisté qu'il voulait que ce soit fait de cette manière”, a déclaré Riek Machar, vice-président du gouvernement du Sud-Soudan du SPLM, aux journalistes à Juba, la capitale du Sud-Soudan.

Le Parti du congrès national (NCP) du président soudanais Omar al-Bashir, qui prétend protéger les intérêts des musulmans arabes au Soudan, a un point de vue différent. “[Arman] n'a aucune chance. Il a été mal informé de ses chances de remporter les élections. Bashir gagnera”, a déclaré à la British Broadcasting Corporation (BBC), le 3 avril, Ibrahim Ahmed Omer, un responsable supérieur du NCP.

Les partis politiques de l'opposition avancent que Bashir est capable de tout pour s'accrocher au pouvoir en légitimant son mandat par le biais des élections surveillées au plan international et donc pour échapper à la Cour pénale internationale (CPI).

“Les élections ont été planifiées pour un seul homme, pas pour la transformation démocratique”, a déclaré Arman au cours d'une conférence de presse à Khartoum après l'annonce de son retrait. Il a déclaré que le NCP organise ces élections seulement pour “détourner” la pression de la CPI sur son leader.

La CPI, dont le siège est dans la ville néerlandaise de La Haye, a inculpé Bashir en 2008 pour violations présumées des droits de l'Homme et pour crimes contre l'humanité dans la région ouest du Darfour en proie à des troubles. Le conflit au Darfour a éclaté en 2003 après que les rebelles y ont pris les armes pour lutter contre la marginalisation. Depuis ce temps, plus de 300.000 personnes ont été tuées et plus d'un million de personnes déplacées par le conflit.

Bashir a nié les allégations de la CPI Avec le retrait du candidat du SPLM, la gravité de la situation devient de plus en plus perceptible: Bashir gagnera l'élection présidentielle.

Non pas parce que le président soudanais est populaire, mais parce qu'il contrôle les instruments clés du pouvoir – l'armée et les organes de sécurité en civil dans le nord – qu’il manipule depuis qu'il s'est emparé du pouvoir dans un coup d'Etat militaire en 1989.

Les partis de l'opposition ont commencé à prendre au sérieux les allégations de truquage après qu’il est apparu le 1er avril que les bulletins présidentiels du Soudan avaient été imprimés à Khartoum, la capitale – dans une entreprise contrôlée par le NCP, le parti au pouvoir – plutôt qu'en Afrique du Sud comme il a été convenu au début.

Bashir contrôle aussi les médias d'Etat – la radio et la télévision – et utilise les fonds publics et d'autres ressources telles que les hélicoptères et les véhicules pour sa campagne. La majorité de plus de 80 partis politiques d'opposition du Soudan n'ont pas accès à de tels avantages.

Personne ne parle plus de la possibilité d'un second tour avec le retrait du candidat du SPLM.

L’un des autres rivaux de Bashir, l'ancien Premier ministre Sadiq al-Mahdi, chef du Parti Oumma, cherche à reporter les élections jusqu'à la résolution du conflit au Darfour – une démarche rejetée par le NCP et le SPLM, ainsi que par le département d'Etat américain. Sans les voix du bastion traditionnel du parti Oumma dans cette région déchirée par la guerre, les chances que Mahdi dirige le Soudan semblent minimes.

Les sudistes ont plusieurs raisons de s'opposer au report des élections. Premièrement, ils se rappellent la façon dont Mahdi et Mohamed Osman Mirghani, le leader d'un autre parti du nord, le Parti unioniste démocrate (DUP), ont rejeté les appels à la suspension des élections de 1986 jusqu'à la résolution du conflit dans le sud.

Deuxièmement, les sudistes craignent que les appels lancés par les nordistes pour reporter les élections visent à retarder et, finalement à annuler, le référendum sur l'indépendance du Sud-Soudan le 9 janvier 2011. Salva Kiir, le président du gouvernement du Sud-Soudan, qui court pour conserver son poste, a annoncé que le référendum doit se tenir à temps.

Même avant que le vote ne commence le 11 avril, un Bashir confiant a déjà annoncé son action prochaine. Il commencera à faire campagne pour l'unité du pays immédiatement après les élections.

“Il n'y aura pas de séparation. Nos populations dans le sud voteront de plein gré pour l'unité”, a dit Bashir lors d'une campagne le 1er avril à Sinjah, une ville dans l'est du Soudan.

La consolidation imminente du pouvoir par Bashir inquiète les partis d'opposition du nord. Avec le sud qui a perdu son intérêt pour les élections et qui se focalise sur le référendum, ils se sentent déçus par le processus électoral.