RD CONGO: Mbankana croule sous le poids de la pauvreté

MBANKANA, RD Congo, 10 avr (IPS) – Avec ses 15.200 habitants, la ville rurale de Mbankana se trouve à 150 kilomètres à l’est de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC). Elle compte huit écoles, 17 lieux de culte et un marché indigène.

Mbankana est un carrefour commercial qui accueille des véhicules de transport en provenance des provinces situées à l’ouest de la capitale. On y trouve une centaine de prostituées, dont seulement 15 sont enregistrées par les services de la police. Le laisser-aller dans l’écosystème ainsi que le manque d’électricité et d’eau potable seraient à la base de la débauche dans cette localité reculée de Kinshasa. A cette misère physique, il faut ajouter les conséquences du mariage précoce et l’analphabétisme qui y sont monnaie courante.

Bien qu’étant dans le secteur éducatif, chaque enseignant cultive son champ afin de joindre les deux bouts en fin de mois et combler le manque à gagner sur un salaire qui avoisine 20 dollars US. Les jeunes, de leur côté, s’adonnent aux travaux de sarclage et de bouturage pour avoir de quoi subvenir à leurs besoins, à l’exemple de Bob, 17 ans, qui déclare avoir manqué l’année scolaire 2009, faute d’avoir trouvé un client pour proposer ses services. «Je ne sais pas comment faire pour poursuivre mes études car je manque d’argent. En 2007, j’ai eu la chance de pouvoir sarcler quatre champs et cela m’a rapporté 80.000 francs congolais, l’équivalent de 88 dollars US, mais les années se suivent et ne se ressemblent hélas pas», déplore Bob.

Si pour les jeunes garçons, la tâche est un peu allégée, il n’en est pas de même pour les jeunes filles. Aux activités lucratives, elles sont obligées d’ajouter les travaux ménagers. Ceci conduit à l’abandon scolaire constaté notamment chez les filles, dont certaines préfèrent se marier parce que, disent-elles, l’école exige beaucoup trop de moyens financiers. Mais ce phénomène est également encouragé par des parents qui jugent souvent inopportune la scolarisation de la jeune fille.

L’eau, une corvée de plus pour les femmes Trouver de l’eau dans la cité rurale de Mbankana relève d’un parcours de combattant. Le plus lourd tribut est payé par les femmes qui, en plus des travaux de champs, sont obligées de parcourir de longues distances à pied pour satisfaire les besoins en eau potable de la famille. Le travail est très fatiguant, mais elles persévèrent. Un bassin plein de pâte de manioc sur la tête, un bidon d’eau vide à la main, Hélène, mariée et mère de quatre enfants, remonte péniblement l’étroit sentier tracé sur une pente raide de la colline qui mène vers un ruisseau non aménagé. Toute la souffrance de l’effort se lit sur son visage, dans chacun de ses gestes et mouvements. «Nous n’avons pas le choix», dit-elle en sueur. «La ville n’a ni robinet, ni source et encore moins un cours d’eau approprié. C’est pour cela que nous sommes contraintes de tout faire à la rivière».

L’absence de routes ne favorise pas non plus le développement agricole. L’agglomération de Mbankana est à vocation agro-pastorale car les travaux champêtres et l’élevage de bétail constituent les principales activités de la population. Mais il y a cependant un problème d’acheminement des produits récoltés des champs jusqu’en ville.

Les véhicules ne peuvent atteindre les champs en raison de l’absence de routes carrossables. Les commerçants y accèdent tout de même et ce sont eux qui fixent les prix des marchandises. Pour y remédier, la population de Mbandaka a parfois recours à la traction animale. Les rues de cette ville sont envahies par les mauvaises herbes et ne sont plus que des sentiers, ce qui n’empêche toutefois pas les habitants de se rendre au travail. Les véhicules qui roulent, des 4×4 pour la plupart, n’empruntent que les rares chemins qui mènent aux bureaux de certaines organisations non gouvernementales actives dans cette contrée de la RDC. Au niveau des infrastructures, le centre de santé de référence Mbankana est le seul institut médical de la ville. L’hôpital général est situé à Kinkole, à plus de 100 km de Mbankana. Le centre de santé de Mbankana prend en charge les malades de tous les villages avoisinants, dont certains se trouvent à plus de 150 km. Le centre emploie 16 personnes, dont deux médecins, huit infirmiers et deux laborantins. Il offre des services de pédiatrie, de gynécologie et de chirurgie, ainsi que des analyses en laboratoire. Ce centre prend également en charge les malades du VIH/SIDA. Le gouvernement de la RDC a cautionné plusieurs textes au niveau national et international ayant trait à l’éradication de la pauvreté, dont les Objectifs du millénaire pour le développement des Nations Unies. Il y a également le Document de la stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté, élaboré par le gouvernement avec l’appui de la Banque mondiale.

Tout cela traduit une volonté de réduire la pauvreté. Mais, aussi longtemps que tous ces textes ne seront pas appliqués par les décideurs congolais, ils resteront un chapelet de bonnes intentions; et plusieurs villages et villes de la RDC, dont celle de Mbankana, continueront à croupir sous le poids de la misère. Mbankana attend, avec toutes ses potentialités, d’être placé en orbite en vue de jouer son rôle pour le développement de la ville et le bien-être de ses habitants. *(Blandine Nzovo est journaliste en RD Congo et a écrit cet article pour 'Gender Links', une organisation non gouvernementale d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).