BAMAKO, 25 jan (IPS) – Après avoir reconnu que quelques habitants de Bamako, la capitale du Mali, souffrent de la grippe AH1N1, les autorités sanitaires de ce pays d’Afrique de l’ouest se hâtent de contenir la maladie. Sans céder à la panique, les populations redoutent toutefois une expansion rapide de la pandémie.
«A ce jour (23 janvier), au total huit cas de grippe 'influenza' ont été identifiés dans le district de Bamako. Ces données, qui ont été fournies par notre laboratoire de référence, ont été confirmées par des centres de recherche américains comme le CDC Atlanta et le CVD Baltimore», a déclaré à IPS, le professeur Toumani Sidibé du Centre national d’appui à la maladie (CNAM). Ces cas de grippe influenza, qui ont été annoncés le 11 janvier, sont répartis en plusieurs catégories. «Il y a six cas de grippe AH1N1, un cas de type B et un autre cas de grippe A en cours de confirmation», a expliqué Sidibé. Les huit personnes atteintes de cette maladie sont des Maliens. C’est pourquoi les autorités sanitaires ont pris des mesures pour que leurs proches ne soient pas contaminés. «Entre autres mesures de prévention, nous conseillons aux gens de se couvrir le visage au moment d’éternuer, se laver fréquemment les mains à l’eau et au savon après s’être mouché ou avoir éternué», a souligné le professeur Samba Sow, directeur du CNAM. «Mieux, nous diffusons des messages de sensibilisation pour que les gens contactent le centre de santé le plus proche dès les premiers signes de toux, d’écoulement nasal, de fièvre ou d’irritation de la gorge». Dans un appel au calme, le ministre malien de la Santé, Oumar Ibrahim Touré, a déclaré à la télévision nationale que «la direction nationale de la santé, avec l’appui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a pris toutes les dispositions nécessaires pour la prise en charge des cas confirmés, notamment par le traitement au Tamiflu». Depuis l’annonce des premiers cas, les services sanitaires du pays n’ont signalé aucune augmentation du nombre des malades. «Nous rassurons l’ensemble de nos compatriotes que notre laboratoire de référence est capable de détecter des cas éventuels de façon précoce à travers ses sites sentinelles», a indiqué Sow à IPS. «Par ailleurs, la direction nationale de la santé dispose d’un stock important de médicaments», a-t-il ajouté. La pandémie de grippe influenza est une éclosion de grippe qui se transmet facilement d’une personne à une autre. Le 11 juin 2009, l’influenza A H1N1 (grippe porcine humaine) a été déclarée comme une pandémie de grippe par l’OMS. Ce qui signifie que cette nouvelle souche de la grippe se propage facilement sur plus d’un continent, selon l’OMS. Même si les personnes infectées sont des Maliens, les regards se tournent vers l’extérieur du pays quand pour situer les origines de la maladie. Bamoussa Konaté, un voyagiste malien interrogé par IPS affirme que ce n’est pas étonnant que le Mali soit frappé par la pandémie de grippe influenza. «Beaucoup de nos compatriotes voyagent fréquemment entre les pays qui ont été touchés par la pandémie, sans se préoccuper de leur état de santé, et reviennent au bercail», a-t-il déploré. La détection des cas reconnus procède des mesures prises par les autorités maliennes pour surveiller la pandémie. Ainsi, le Centre national influenza surveille le pays depuis novembre 2009 à la recherche de cas de grippe. Dans cette traque contre l’influenza, l’aéroport de Bamako-Senou, qui accueille la plupart des vols, est devenu l’un des lieux les plus surveillés du Mali. Au début de décembre dernier, deux caméras infrarouges de détection de chaleur ont été placées dans la salle de débarquement pour débusquer les passagers ayant un accès de fièvre. Le passager, informé de la mesure, se place devant les caméras reliées à des moniteurs qui affichent la température de son corps. L’alarme des caméras de détection se déclenche lorsque la température du passager dépasse 40 degrés. «Dès lors, il est mis en observation pendant dix minutes environ. Nous le soumettons à nouveau au contrôle qui comprend un interrogatoire permettant de déterminer la nature de sa fièvre. Ensuite, il sera transféré à l’Hôpital Gabriel Touré pour la confirmation du diagnostic», a expliqué à IPS, Amidou Ouédraogo, un agent du poste de santé de l’aéroport. Des passagers venant de différents horizons ont déjà été soumis à ce contrôle qui n’est cependant pas du goût de tout le monde. Mais ce sont des passagers d’origine malienne qui se plaignent le plus souvent. «Je n’approuve pas ces contrôles intempestifs parce que je ne souffre de rien. On nous embête dans notre propre pays! J’ai embarqué sans problème en venant ici», s’est insurgé Mamadou Sidibé, passager d’un vol en provenance du Maroc, interrogé par IPS. Dans les rues de Bamako, les gens ne cèdent pas à la panique, même s’ils se montrent parfois inquiets. «Je crains une expansion rapide de cette maladie chez nous, étant donné que l’hygiène n’est pas le fort des Maliens en général. Et puis, il sera difficile de changer certaines habitudes comme ne pas serrer la main des gens à tout moment», a souligné à IPS, Djenebou Tangara, vendeuse au centre commercial de la capitale. Certains Maliens trouvent que le gouvernement, qui n’a pas encore envisagé une vaccination de la population, est assez timide. «Ils ont dit à la radio qu’il y a un stock important de médicaments, mais cela ne me rassure pas. Ils n’ont même pas pu distribuer de simples masques de protection aux gens ou même mené une bonne campagne de sensibilisation à la hauteur de la menace», a commenté à IPS, Lamine Diarra, pompiste dans une station d’essence à Bamako.

