POLITIQUE-NIGERIA: Trois Partis Sont En Lice Pour Les Prochains Scrutins

LAGOS, 17 déc. (IPS) – La Commission Electorale Nationale
Indépendante du
Nigeria (INEC) est intervenue dans un domaine politique miné,
lorsqu'elle a
annoncé les noms des trois partis autorisés à prendre part aux
élections de
1999.

L'un des partis autorisés par l'INEC n'a pas rempli les
conditions
d'inscription, à la suite des élections locales organisées au
début de ce
mois. Cela suscite encore des allégations selon lesquelles le
gouvernement
militaire a un "programme secret", à un moment où le pays est
en
transition vers un régime civil.
Ephraim Akpata, le président de l'INEC, a annoncé lundi en fin
de soirée que
le Parti Démocratique du Peuple (PDP), le Parti de Tous les
Peuples (APP) et
l'Alliance pour la Démocratie (AD), ont été autorisés à prendre
part aux
prochaines échéances électorales.
Cependant, l'AD n'a pas pu remplir le critère selon lequel tout
groupe
voulant bénéficier du statut de parti politique doit avoir
obtenu au moins
cinq pour cent des votes dans 24 Etats à l'issue du scrutin
local du 5
décembre dernier. L'AD a seulement obtenu cinq pour cent des
votes dans 13
Etats.
Akpata a justifié l'autorisation de l'AD en expliquant que les
règles
d'inscription des partis politiques stipulent que "au cas où
seuls deux
partis provisoirement inscrits rempliraient les conditions
requises . . .. la
Commission inscrira le troisième parti politique provisoire qui
a obtenu
plus que les autres partis cinq pour cent du total des suffrages
exprimés
dans le plus grand nombre d'Etats, y compris le Territoire de la
Capitale
fédérale".
"C'est en vertu de cette disposition que l'AD a été inscrite,
comme ce fut
le cas, comme un parti à part entière. En effet, seuls trois
partis – l'APP,
le PDP et l'AD – ont rempli toutes les conditions
d'inscription", explique
le président de l'INEC.
Toutefois, les partis exclus de la course ont critiqué l'action
de l'INEC.
Même Abraham Adesanya, le président de l'AD, a soutenu ceux qui
croient
qu'il faudrait autoriser plus de trois partis à prendre part aux
élections
de 1999.
"Je ne suis pas du tout enthousiaste", déclare Adesanya après
l'annonce de
l'inscription de son parti. "Notre position est que l'INEC ne
devrait pas
limiter le nombre de partis à inscrire".
"Je ne crois pas que la procédure de l'INEC soit assez
démocratique",
ajoute Adesanya. "L'INEC a un programme secret. Si la
Commission a pu
autoriser les neuf partis provisoires à prendre part aux
élections locales,
pourquoi ne les autoriserait-elle pas à participer à toutes les
élections" ?
Il a exhorté les partis non inscrits, qui ont des politiques
identiques à
celles de l'AD, à se rallier à son parti.
Le président du Parti du Salut du Peuple (PRP) estime que
l'organe électoral
"est complice des pratiques électorales frauduleuses qui ont
caractérisé
les élections locales du 5 décembre".
Balarabe Musa, président du PRP, pense que "les agents de
l'INEC avaient
olitiques et à
certains
candidats avant la tenue de l'élection. Ces bulletins de vote
avaient été
empreints dans des maisons privées avant de servir à bourrer les
urnes le
jour de l'élection".
Tunji Braithwaite, le chef du Mouvement du Progrès Démocratique
(DAM), qui
est un parti non inscrit, soutient qu'en inscrivant seulement
trois partis,
l'INEC a montré clairement que la "corruption qui a
pratiquement détruit le
pays devrait continuer".
Certains Nigérians considèrent que l'inscription de l'AD est une
mesure
destinée à apaiser les populations du Sud du pays. L'AD a été
majoritaire au
Sud-ouest à l'issue des élections locales.
"On s'attendait à ce qui s'est passé, mais les gens avaient
peur de l'AD
car c'est désormais clair que c'est un parti régional. Compte
tenu des
spéculations selon lesquelles la non-inscription de l'AD
entraînerait
l'échec du processus de transition, il est devenu évident que
l'INEC et le
gouvernement faisaient l'objet d'un chantage", révèle Dada
Ibiyinka, un
étudiant diplômé.
"L'inscription de l'AD est un mauvais présage pour le contexte
politique
nigérian, parce qu'elle créera un autre revers tribal dans notre
politique", lâche un autre Nigérian au cours d'une émission à
ligne ouverte
animée par une radio privée mardi dernier.
Toutefois, les supporters de l'AD qui ont accordé une interview
à IPS, ont
dit que l'inscription du parti est un bon présage pour le pays
qui a
traversé une crise politique depuis l'annulation de l'élection
présidentielle de 1993 qui, selon la plupart des gens, a été
gagnée par un
citoyen du Sud-ouest, feu Moshood Abiola.
Abiola a été arrêté en 1994 par le défunt chef d'Etat militaire
nigérian,
Sani Abacha, pour s'être proclamé vainqueur du scrutin
présidentiel.
"C'est un bon présage pour le pays. Je ne crois pas qu'un parti
soit tenu
d'avoir une représentativité nationale avant d'être inscrit.
Dans les pays
développés, les partis commencent tout petits avant de devenir
progressivement de grands partis nationaux. L'AD se concentrera
désormais
sur son extension si elle veut contrôler un plus grand nombre
d'Etats, et
éventuellement la présidence", indique Karimu Adetoun, un
membre de l'AD.
"Si l'AD n'avait pas été inscrite, je ne voterais pas au cours
des
prochaines élections. Je soutiens l'idéologie de l'AD et je suis
content que
l'INEC ait inscrit notre parti", avoue-t-il à IPS.