CONGO: Les agriculteurs testent avec succès des semences améliorées

BOUANSA, sud du Congo, 10 déc (IPS) – Albert Mabelet est un agriculteur connu à Bouansa, une localité située à environ 200 kilomètres au sud-ouest de Brazzaville, la capitale congolaise. La houe sur l’épaule, il regarde avec satisfaction son champ de maïs, arrivé à terme et réalisé avec des semences améliorées.

«C’est un succès! Jamais dans ma vie de cultivateur, je n’ai vu une plante de maïs porter autant d’épis, et de gros épis en plus», se réjouit Mabelet à IPS, indiquant que son premier essai.

De son côté, Julienne Mpambou a, comme Mabelet, planté ces semences améliorées de maïs jaune et blanc. «Comme vous voyez le feuillage vert et les gros épis, il n’y a pas de doute, c’est ce genre de culture qu’il nous faut désormais», s’exclame-t-elle.

«Vous voyez tout ça, c’est du maïs amélioré. Comme je ne prends pas pour argent comptant tout ce qui vient d’ailleurs, j’avais semé, à côté, notre maïs habituel. Le décalage est indescriptible, le vrai maïs est celui qu’on nous a distribué», indique à IPS, Victor Mbouyou, un paysan de Ndimba, à une dizaine de kilomètres de Bouansa.

Pour la première fois, depuis plus de 20 ans, le gouvernement a distribué des semences améliorées de maïs et de riz aux petits agriculteurs. «Nous avons distribué, entre juillet et septembre 2009, 25 tonnes de semences de maïs et 20 tonnes de riz. Ces semences ont été sélectionnées et travaillées par des chercheurs burkinabé», affirme à IPS, Jean Fulgence Mouangou, directeur de cabinet du ministre congolais de l’Agriculture et de l’Elevage.

Les chercheurs, qui sont déjà repartis, avaient réussi leur test de maïs dans le jardin du ministère. D’après ces chercheurs cités par Mouangou, le rendement de ces semences améliorées est d’une tonne à l’hectare. «Avant, nos cultivateurs ne récoltaient que 500 à 600 kilogrammes par hectare. Avec les nouvelles semences, des cultivateurs nous rapportent déjà la pleine satisfaction», ajoute-t-il, annonçant que le gouvernement distribuera également les semences de haricot et de soja.

Ces semences sont distribuées gratuitement aux coopératives agricoles et aux cultivateurs individuels qui travaillent dans les grands bassins de riz et de maïs.

Par ailleurs, d’autres agriculteurs ont reçu des boutures améliorées de manioc, aliment de base de ce pays d’Afrique centrale. Ces nouvelles boutures résistent à la mosaïque, une maladie qui a ravagé des champs entiers de manioc dans le pays.

D'après Paul Bizibandoki, responsable d’un projet du Fonds international de développement agricole (FIDA), à Dolisie, dans le sud, un Congolais consomme entre 300 et 350 kg de manioc par an. Selon la responsable du Projet manioc à la Croix-Rouge congolaise, Alphonsine Ayeka, ces nouvelles boutures produisent abondamment. «Nous avons récolté pour un plant 11,6 kg de carottes de manioc», explique-t-elle à IPS, parlant de l’expérience d’Owando, une ville du nord du pays. «Depuis lors, nous constatons que des paysans parcourent des dizaines de kilomètres pour acquérir les nouvelles boutures dans nos parcs».

La Croix-Rouge, qui avait commencé cette expérience en 2004 dans la région du Pool dévastée par les guerres civiles de la fin des années 1990, a partagé en 2007 la culture des boutures améliorées de manioc avec d’autres départements du pays.

«Je suis de Bouansa, je reviens de Loudima pour chercher les boutures améliorées offertes gratuitement. On appelle ça chez nous 'six mois', parce que sa culture dure six mois avant la récolte», témoigne à IPS, Alida Moupiha, après un long voyage. Les boutures habituelles sont récoltées après 18 mois. La Croix-Rouge, qui avait envoyé 3.500 boutures dans chaque département, dispose de 12 parcs à boutures dans le pays. Elle demande aux coopératives de créer des parcs à boutures pour perpétuer cette espèce. «Nous sommes déjà à quatre parcs de 7.000 boutures par hectare», affirme Marcellin Mikoungui, coordonnateur du projet manioc dans le département de la Bouenza, où se trouve le bassin agricole de Loudima, dans le sud.

Mais, lorsqu'une coopérative veut des boutures auprès d'une autre coopérative qui a déjà un parc à boutures, elle paye un forfait de 80 dollars, selon la Croix-Rouge qui encourage la création des parcs à boutures.

«Un hectare de manioc ordinaire rapporte 2.000 dollars de revenus. Avec les boutures améliorées, des cultivateurs gagnent jusqu’à 10.000 dollars», affirme Ayeka.

L’igname du Bénin vient également d’être introduite avec l’appui du FIDA comme culture améliorée. «Je suis le grand producteur d’igname dans la région de Ngo (près de 200 km au nord de Brazzaville). J’ai testé cette igname améliorée et j’en suis très satisfait, car on peut la récolter deux fois l’année, et non une fois. Ensuite, c’est de grosses ignames», déclare à IPS, Félix Ongouilo, un autre agriculteur.

«Nous avons testé ces ignames avec les cultivateurs eux-mêmes, et dans leurs champs. Six mois après, ils ont récolté et ils ont conclu que c’était bon», explique à IPS, Bizibandoki du FIDA.

L’Etat congolais estime que c’est une solution pour lutter contre la faim, mais, les experts pensent que cela ne suffit pas. «C’est juste un élément de solution, car il faut une politique cohérente. Il ne suffit pas de distribuer des semences, mais aussi les moyens de semer et de récolter, voire de conserver les récoltes, et étudier le marché», explique à IPS, le professeur Hervé Diata, doyen de la Faculté des sciences économiques de l’Université de Brazzaville.

«En général, le pays est favorable à l’introduction des cultures étrangères, le cas, dès le 15éme siècle, de la banane par les Portugais. C’est bon pour régler la dépendance alimentaire, mais il faut faire plus, et avec méthode», ajoute-t-il.

Très peu de Congolais s’adonnent à l’agriculture, car selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à peine trois pour cent des terres arables sont cultivées dans ce pays d’Afrique équatoriale. C’est grâce aux petits producteurs agricoles que 11 pour cent du Produit national brut viennent de l’agriculture, et le Congo importe chaque année pour 260 millions de dollars de nourriture.