CHANGEMENT CLIMATIQUE: Probable accord sur les forêts, mais…

WINDHOEK, 9 déc (IPS) – Pendant que le débat monte avant l’élaboration d’un accord sur le changement climatique, une étude néerlandaise indique que les émissions résultant de la déforestation et de la dégradation des terres sont beaucoup plus faibles qu’on l’a supposé. Cela aura-t-il un impact sur un accord visant à protéger les forêts en Afrique?

Les émissions résultant de la déforestation et de la dégradation des forêts avaient été estimées par des parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) à environ 20 pour cent de la production mondiale de dioxyde de carbone (CO2). Une équipe de chercheurs néerlandais de Vrije Universiteit (Université de Vrije) calcule que le total réel est plus proche de 12 pour cent.

“Un nouveau calcul de cette fraction en utilisant les mêmes méthodes, mais des estimations actualisées sur les émissions de carbone provenant de la déforestation et de la combustion de combustibles fossiles, suggère qu'en 2008, la contribution relative des émissions de CO2 issues de la déforestation et de la dégradation des forêts, était beaucoup plus petite, environ 12 pour cent”, écrivent les chercheurs.

“En conséquence, les économies de carbone maximums à partir des réductions des forêts sont susceptibles d'être plus faibles que prévu”, concluent-ils.

Les émissions de gaz à effet de serre provenant des arbres sont causées par l'exploitation du bois et la conversion des forêts en des terres agricoles, libérant le carbone stocké. Après la combustion des combustibles fossiles, c'est la plus importante source d'émissions causées par des humains. Et la plus facile à réduire.

“Même avec des émissions plus faibles, éviter la déforestation demeure le moyen le moins coûteux et le plus rapide pour réaliser de grandes réductions”, explique Herbert Christ du Partenariat pour les forêts du bassin du Congo (PFBC), une plateforme de dix pays du bassin du Congo.

La Réduction des émissions provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts (REDD), qui verrait des fonds affluer vers les pays en développement en échange de la protection des forêts, a été mise sur la table de négociation pendant un moment et est largement pressentie pour être formalisée sous une forme ou une autre à Copenhague.

Les pays africains, selon l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), abritent 16 pour cent (635 millions d'hectares) des forêts dans le monde. En Zambie, la dégradation des forêts est la plus grande source d'émissions de CO2 et la REDD tient la promesse de dizaines de milliards de dollars d'atténuation chaque année.

Dans sa forme restreinte, la REDD profiterait essentiellement au bassin du Congo, qui est le plus grand puits de carbone après l'Amazone. Mais les scientifiques et les négociateurs font pression pour un accord étendu, baptisé REDD+, qui idéalement inclurait la gestion des forêts, le reboisement et la séquestration du carbone dans d'autres paysages.

Avec 70 pour cent des Africains dépendant de l'agriculture et 80 pour cent tirant leur énergie domestique à partir de la biomasse, le continent est un grand acteur de la déforestation.

Mais les chiffres les plus récents auront-ils un impact négatif sur les négociations pour la REDD? Les scientifiques et les organisations de la société civile semblent avoir bon espoir.

“Au départ, cela peut refroidir l'enthousiasme de certains pour la REDD, mais sur une réflexion plus approfondie, 12 pour cent constituent toujours une grande quantité pour un seul secteur”, déclare le chercheur Rodel Lasco du Centre mondial d'agroforesterie à Nairobi. “Cela ne faiblira pas vraiment notre position de négociation. En effet, il souligne la nécessité d'un accord plus large sur la REDD+”.

“C'est toujours une très grande quantité, comparable aux émissions totales de l'UE (Union européenne), et plus grande que le transport global dans le monde”, ajoute Doug Boucher, directeur de l'Initiative sur les forêts tropicales et le changement climatique à l'Union des scientifiques préoccupés.

“Alors, je pense que l'urgence pour… la REDD+ demeure très grande. Je ne pense pas que la position de négociation des pays forestiers changera beaucoup de chose à cause des nouveaux chiffres”.

L'étude de l’Université de Vrije indique que les émissions précédemment non calculées à partir de terres de tourbe représentent jusqu’à trois pour cent des émissions à travers le monde, plus que le trafic aérien international. Inclure ces émissions dans un accord sur la REDD+ pourrait ramener le total des économies à 15 pour cent.

L'inconvénient est que les terres de tourbe en Afrique sont relativement rares, constituant au mieux 14 pour cent de la répartition mondiale et répandues à travers le continent.

“Il est vrai que les terres de tourbe sont beaucoup plus larges dans des pays comme l'Indonésie”, explique le professeur Godwin Kowero, directeur du Forum des forêts d'Afrique (AFF).

Mais, ce qui est important, souligne-t-il, est que la question des tourbes met en lumière la nécessité d'un accord plus inclusif sur la REDD et une meilleure définition de la 'forêt', puisque actuellement, la plus grande partie de la voûte de l'Afrique serait exclue, parce qu'elle est une 'forêt sèche'.

“Le débat devrait, avec le temps, inclure, de plus en plus, tous les secteurs basés sur la terre”, estime Kowero. “Il ne s'agit pas seulement de réduire les émissions, mais également d’accroître la capacité de séquestrer le carbone. Pour l'Afrique, cela signifie inclure nos forêts, plantations naturelles, les arbres dans les fermes et les arbres en dehors des forêts”.

Les différentes formations régionales au sein du Groupe africain du G77/Chine ont à plusieurs reprises souligné l'importance de l’approche d’une exploitation des terres agricoles, forestières et autres (AFOLU) en rapport avec la REDD.

“Nous devons avoir une sorte d'arrangement AFOLU qui sauvegarde à la fois la REDD+ et ajoute des arbres à travers le Mécanisme de développement propre (MDP) du Protocole de Kyoto. L'Afrique peut se débrouiller et profiter des deux”, affirme Kowero, qui croit que Copenhague décidera d’un mécanisme de la REDD+.

“Les besoins des pays africains doivent être reconnus à Copenhague”, déclare Herbert Christ. Dans le bassin du Congo, les taux de déforestation sont faibles par rapport à l'Amazone. Comment ces efforts historiques de conservation seront-ils reflétés dans un accord? Mais, il y a également une inquiétude selon laquelle l’optimisme relatif qui entoure la REDD sera utilisé pour cacher un échec plus large de la 15ème Conférence des parties.

“Cette REDD est considérée comme une question “non controversée”, tandis que la plupart des négociations dans l’impasse à Bangkok et à Barcelone devraient nous alerter tous”, déclare Simone Lovera, directrice de la Coalition mondiale pour les forêts.

“Ces derniers cycles de négociation font comprendre que la REDD est considérée comme un moyen potentiel pour écoblanchir un échec de Copenhague par un nombre croissant de pays qui sont prêts à accepter n'importe quel type d’accord souple à Copenhague”.

C’est l'humeur dominante, craint Lovera. “Ne rendons pas cela trop controversé, les gars! Gardons cela simple! Après tout, nous voulons tous un accord à Copenhague, non?”.

ENCADRE: REDD: Plantations ou forêts tropicales? La plupart des experts pensent que la REDD ira de l'avant à Copenhague, mais il y a également des inquiétudes.

À Bangkok, un passage du texte de négociation qui aurait rendu la conversion des forêts tropicales en plantations éligibles pour le financement de la REDD a été rayé. L'UE, contre laquelle s’insurgent les ONG forestières, avait bloqué la réinsertion de ce passage.

“Nous sommes particulièrement préoccupés que le texte de négociation pour… une REDD ne comprenne pas explicitement un langage pour la protection des forêts naturelles intactes, bien que cela soit largement reconnu comme étant le but du mécanisme”, a déclaré Peg Putt de 'Ecosystems Climate Alliance' (Alliance pour le climat des écosystèmes – ECA), une alliance mondiale des organisations forestières.

“Ce sera une grande question à Copenhague. La REDD subventionnera-t-elle l'introduction de l'exploitation du bois dans les forêts naturelles intactes ou payera-t-elle pour les protéger?”.

L'étude néerlandaise de Guido van der Werf et ses collègues semble accorder du crédit à cette ligne de raisonnement.

“Par exemple, le remplacement des forêts de tourbe avec des plantations de palmiers à huile peut ne pas changer la densité du couvert végétal, mais il conduit effectivement à une impulsion importante des émissions de CO2 à cause des réductions tant de la biomasse des arbres que du carbone du sol”, écrivent les scientifiques de l’Université de Vrije.