Q&R: "Copenhague devrait cibler le monde développé"

NATIONS UNIES, 8 déc (IPS) – Bien qu’il soit un acteur professionnel par le commerce, Djimon Hounsou prend au sérieux son rôle d'ambassadeur de bonne volonté de l’ONU pour le changement climatique, et espère voir la réalisation d’un mandat fort à Copenhague, qui met l'accent sur les pays développés afin qu’ils réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre.

Avec la Conférence sur le changement climatique des Nations Unies dans cette ville danoise, qui a commencé lundi, IPS s’est entretenu avec Hounsou de ses espoirs pour ce qui sortira de la rencontre. Il estime que les pays développés doivent assumer la responsabilité de leur part des émissions mondiales de gaz à effet de serre, qui est actuellement au-dessus de 60 pour cent, mais il espère également voir les pays en développement lancer leurs propres initiatives pour lutter contre le changement climatique.

Selon des responsables de l'ONU, au moins 80 dirigeants du monde participent à la conférence de Copenhague du 7 au 18 décembre pour négocier un traité qui succédera au Protocole de Kyoto.

À un moment de l'histoire, que des scientifiques, des militants et responsables de l’ONU décrivent comme un tournant crucial pour sauver l'humanité des pires effets du changement climatique, le président américain, Barack Obama, sera présent à Copenhague pour une seule journée, et certains responsables craignent que les Etats-Unis puissent mettre des bâtons dans les efforts d'autres pays développés de fixer des limites sévères pour les émissions.

Selon un communiqué de la Maison Blanche, Barack Obama envisage d'offrir, pour 2020, une cible des émissions américaines, qui est d'environ 17 pour cent en dessous des niveaux de 2005.

Le Groupe intergouvernemental sur le changement climatique, la première autorité scientifique mondiale sur la question, recommande une réduction de 25 à 40 pour cent des émissions de gaz à effet de serre par les pays industrialisés d'ici à 2020.

Certains autres pays développés suivent la recommandation. La Grande-Bretagne, par exemple, a promis une réduction de 34 pour cent d'ici à 2020, tandis que le Japon est prêt à réduire ses émissions de 25 pour cent.

Toutefois, avec les États-Unis représentant environ un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre, certaines critiques estiment que le plan d'Obama est trop peu, et arrive trop tard.

Voici quelques extraits de l’entretien. IPS: Comment jouez-vous votre rôle d’ambassadeur de bonne volonté pour le changement climatique à l'ONU?

DJIMON HOUNSOU: Tout d'abord, c'est un véritable honneur de travailler pour les Nations Unies, pour le changement climatique à Copenhague. Quand ils m'ont demandé de venir parler au nom de cela, j'étais vraiment déterminé.

IPS: Qu'espérez-vous voir à Copenhague?

DH: Vous savez, je suis un acteur. Je ne suis certainement pas un décideur. Je suppose que ce que nous cherchons à Copenhague, c’est d'être capable de réduire les émissions de gaz à effet de serre et également d'apprendre au tiers-monde, au continent africain et ailleurs, l’Asie et le monde en développement, afin de les aider à trouver des moyens pour y faire face et s'y adapter. C'est l’objectif.

IPS: Quel est l'objectif le plus important que l'ONU devrait s'employer à atteindre dans l'année à venir?

DH: Bien sûr, tenir le monde développé quelque peu responsable et redevable de la quantité des émissions qu'ils dégagent sur une base régulière. Pour trouver une incitation fiscale, des moyens pour y faire face.

IPS: S’agit-t-il vraiment que le monde développé donne de l'aide aux pays en développement pour atteindre leurs objectifs environnementaux?

DH: Non, parce que je pense qu'il est important d'encourager et de défendre le continent africain. Les pays du tiers-monde ont besoin d’être autosuffisants, mais pour ce faire, nous devons comprendre que seulement 3,6 pour cent des émissions mondiales viennent d'Afrique – 3,6 pour cent – alors, la compréhension est que ceux qui sont les plus durement touchés par le changement de notre température ne sont pas nécessairement ceux qui émettent.

Ainsi, la compréhension est de trouver des moyens de s'adapter au changement climatique, de les aider à se préparer. L'agriculture est assurément le principal moyen de vie, qui est pratiquement la seule source de revenu et de survie.

Je crois que ce que le monde et ces dirigeants essaient d'accomplir, c’est de tenir des pays comme la Chine, l’Amérique, responsables et le continent européen un peu responsable des émissions de [gaz à effet de serre] qu'ils émettent là-bas.

IPS: Pour l’instant, le Congrès américain n'a émis aucun mandat, et le président Obama a seulement décidé de se présenter pour une journée à Copenhague (en route pour prendre son Prix Nobel à Stockholm). Que pensez-vous que les résultats seront si en réalité, les Etats-Unis ne peuvent pas s'accorder sur un traité avec d’autres Etats membres?

DH: Bien, personnellement, je pense que ce sera certainement dévastateur. Evidemment, afin de trouver une solution globale, il faut que nos dirigeants se réunissent et défendent une solution.

[Avec] l'inondation des sols et des saisons erratiques, nous devons trouver des solutions. Le déplacement d’Obama là-bas, en soutien à la cause, envoie un message selon lequel il s’agit d’une question très importante, certainement une question qui doit être abordée maintenant et traitée, et avec l’espoir que tous les autres pays s’y mettront.

Comme si quelqu'un viendrait un jour nous sauver de la dévastation que nous sommes certainement en train de causer… Évidemment, c’est une question mondiale qui nécessite une solution mondiale.