GENÈVE, 2 déc (IPS) – Les pays africains sont prêts à conclure le Cycle de Doha sur la base de propositions actuelles, mais préviennent contre toute tentative de les renégocier au cours de la septième conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui s'est ouverte lundi à Genève. Pendant ce temps, 'Africa Trade Network' (Réseau commercial de l’Afrique) exige un moratoire sur les négociations de Doha.
Cette conférence ministérielle n’est pas destinée pour être un forum de négociations puisque les gouvernements sont trop séparés et veulent éviter un autre effondrement des négociations, comme cela s'est produit à plusieurs reprises depuis la dernière réunion ministérielle à Hong Kong, il y a quatre ans. Alors qu’il ne sera pas un forum de négociations, le Cycle de Doha figure sur l'agenda officiel et l'évolution ainsi que le contenu des négociations occuperont certainement les centaines de ministres, tant dans les salles de réunion que dans les discussions informelles. Par conséquent, les gouvernements africains et les organisations non gouvernementales (ONG) prennent toujours la réunion ministérielle au sérieux. En préparation pour l'événement, les ministres se sont réunis au Caire alors que le Réseau commercial de l’Afrique (ATN), représentant 25 ONG venues de 15 pays, s’est réuni au Cap. Les deux réunions n’étaient pas directement liées, mais les deux ont publié des déclarations qui se chevauchent partiellement. Toutefois, leurs conclusions sont différentes. “Nous voulons conclure le Cycle de Doha sur la base des propositions des textes de décembre sur l'agriculture et l’AMNA”, a déclaré à IPS, dans un entretien, Hicham Badr, l'ambassadeur d'Égypte et coordonnateur du Groupe africain. L’AMNA désigne l'Accès aux marchés non agricoles, notamment pour les produits industriels, mais aussi pour les poissons, les produits forestiers et les matières premières. “Elles pourraient être certainement meilleures, mais nous pouvons déjà les accepter, à condition qu'il n’y ait pas une marche en arrière sur ces textes. Et, à partir de là, nous devons résoudre les questions en suspens de manière favorable au développement”, a ajouté Badr. Quelles sont les questions en suspens? L'année dernière, au cours de la mini-réunion ministérielle en juillet à Genève, le coton n'a même pas été débattu, a répondu Badr. “Les priorités de l'Afrique devraient être considérées en même temps que celles des autres pays, et pas comme des questions secondaires après que toutes les autres choses ont été réglées. “Nous voulons également un traitement spécial et différentiel, le développement, des produits spéciaux, l’accès au marché, hors taxe et hors quota, pour les pays les moins avancés et des préférences spéciales. Il ne devrait pas y avoir deux poids, deux mesures dans les priorités”, a-t-il insisté. Les produits spéciaux et le traitement spécial et différentiel sont des subventions accordées aux pays en développement pour créer un espace politique visant à protéger certains produits et secteurs sensibles de leurs économies. Mais pour certaines ONG, cela n'est pas suffisant. “Nous voulons la réparation des injustices du commerce mondial et un moratoire sur les négociations de Doha”, a déclaré à IPS, dans une interview, Christabel Phiri de 'Third World Network Africa' (Réseau tiers-monde Afrique), qui coordonne l'ATN. Plus précisément, l’ATN exige que les produits spéciaux et le mécanisme spécial de sauvegarde (SSM) soient réorganisés et réhabilités. Le SSM permettra aux pays en développement de fixer des tarifs plus élevés si les volumes des importations augmentent ou si les prix baissent en dessous d'un certain niveau. “Le SSM est l'une des grandes questions”, a concédé Badr. “Il est destiné à assurer qu'une fois que les tarifs sont réduits, les intérêts des pays en développement sont préservés. Les négociations ne sont pas encore finies, mais, à la fin de la journée, quel que soit le mécanisme adopté, l'Afrique souhaite qu'il soit protecteur. Pas comme les anciennes sauvegardes générales qui n'ont pas été satisfaisantes”. Concernant l'AMNA, l’ATN veut que les réductions tarifaires proposées aux pays en développement, en Afrique et au-delà, soient rejetées. “Les pays africains doivent affirmer leur droit, par rapport à l'organe des règlements et à la pratique passée de l'OMC, pour fixer des objectifs pour la réduction tarifaire correspondant à leur stade de développement”, a déclaré Phiri. Les gouvernements sont notamment préoccupés par les “initiatives sectorielles” qui prévoient des réductions tarifaires plus profondes ou même totales dans des secteurs industriels entiers, tels que les textiles et les vêtements, les matières premières, les poissons, la foresterie, les gemmes et les bijoux. “Ces initiatives doivent demeurer volontaires”, a affirmé Badr. “Il ne doit pas y avoir de marche en arrière ou de tentative de renégocier, de réinventer ou de réinterpréter ce qui a été convenu à Hong Kong ou à la mini-conférence ministérielle de juillet à Genève. Nous sommes prêts à accepter ce qui est sur la table maintenant – même si ce n'est pas suffisant – mais pas revenir en arrière par rapport à cela. “En temps de crise, s'il y a une concession, elle devrait être accordée à l'Afrique”. Dans les services, l'ATN ne veut pas d’une autre libéralisation. Les propositions existantes, faites par les pays en développement dans le cadre du Cycle de Doha, devraient être retirées et aucune nouvelle proposition ne doit être faite. Ces ONG veulent également que les marchés publics soient maintenus hors des discussions sur les services et permettent le renforcement des lois nationales en vue d’accroître les marchés financiers. “Les restrictions sur la réglementation nationale proposée actuellement, doivent être retirées”, selon une déclaration de l'ATN. Est-ce que le groupe africain soutient la proposition de l’Inde pour une réforme institutionnelle de l'OMC? “La proposition visant à renforcer l'OMC a été soutenue par plusieurs pays, parmi lesquels beaucoup de pays africains”, a répondu Badr. “Mais, jusqu'à présent, il n'y a aucun consensus sur le meilleur mécanisme pour y parvenir”. La conférence ministérielle a pris fin mercredi. Les ministres devaient discuter du rôle de l'OMC dans la crise et le contexte économiques actuels, et des réunions bilatérales et plurilatérales devaient se dérouler en marge de la conférence sur le Cycle de Doha et d'autres questions telles qu’un nouvel accord de libre-échange entre les 22 économies émergentes. La “question de la banane” était également au programme puisque les derniers changements dans le régime commercial impliquent l'érosion des préférences dans l'accès au marché européen pour les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, comparativement à l'Amérique latine. Les gouvernements africains au Caire ont convenu de faire pression pour “une solution à la question de la banane qui prendrait en compte les intérêts des pays africains producteurs de bananes. Cette solution devrait intégrer la flexibilité exigée et la mise en vigueur progressive du principe de la nation la plus favorisée, ainsi que d'importantes mesures financières pour assurer la survie de ce secteur”. Le principe de la nation la plus favorisée se réfère à l'extension équitable des préférences commerciales à tous les partenaires commerciaux.

