SANTE-ZAMBIE: Grandir avec le VIH

LUSAKA, 2 déc (IPS) – Andela Milambo*, 16 ans, veut un mari. Elle ne cherche pas l'amour, mais quelqu'un avec qui partager le fardeau de la vie avec le VIH. Elle veut être en mesure de prendre ses médicaments sans être obligée de se cacher, de discuter de l'herpès récurrent avec quelqu'un qui comprend.

Vivant avec le VIH depuis l'âge de six ans, elle veut que quelqu'un d'autre prenne les décisions, “pendant que je lis un magazine”. Milambo déclare qu'elle a été infectée par une aiguille contaminée. Elle décrit une vie dominée par la peur de mourir de SIDA, mais dit que les pires moments sont lorsqu’elle souffre des accès de l'herpès qui font qu'il est difficile de marcher, de parler ou de manger. Elle sèche les cours souvent à cause de “petites maladies” comme le rhume qui sont généralement accompagnées d'une grave toux, qui affaiblissent son corps. Ses notes sont mauvaises et elle a peu d'espoir d'obtenir une attestation complète quand elle terminera le cours secondaire l'année prochaine. “Mais ça va, je n'avais pas l'intention d'aller au collège de toute façon”. Elle n'a pas eu de relations durables de peur que les gens ne découvrent sa séropositivité. Pendant que ses parents et quelques relations proches qui sont informés de son état tentent d'offrir un soutien, ils aggravent en réalité les choses, dit-elle. “Je les vois juste prendre de l’âge devant moi quand je suis malade; ils sont tellement stressés et tristes que je préfère souffrir en silence”. Elle entend comment les jeunes parlent du VIH et du SIDA, et le niveau de discrimination et d'ignorance lui fait peur. “Je ne peux jamais confier à une jeune personne que je suis séropositive, le stigmate me tuerait plus vite que le SIDA”. Milambo envie d'autres jeunes filles qui vont au cinéma, rient, dansent. Elle n'a pas le temps pour cela, dit-elle, parce qu'elle doit travailler pour sauver sa vie. Elle fait plutôt des choses 'ennuyeuses' comme l'éducation des pairs pour son centre de santé local. Plutôt ironique, elle déclare: “Bien que je dise que c'est ennuyeux, le centre de santé est le seul endroit où je me sens à l'aise. En tant que pair éducatrice, je me rends à l’endroit sans qu’aucune question ne me soit posée. Alors, le traitement et les informations pour moi sont gratuits et faciles à obtenir”. C’est aussi dans cet endroit que Milambo cherche un mari. “Les hommes au centre de santé sont cultivés et parce qu'ils travaillent sur le VIH, ils sont compatissants. Quand j'aurai 18 ans, je choisirai un. En tant que chef de ménage, mon mari prendra les décisions concernant notre bien-être, tandis que je regarderai la télévision ou lirai un magazine de mode… Etre mariée ferait de moi une 'personne convenable' parce que tout le monde aspire à être marié, du moins c'est la seule chose que je peux réaliser”. James Banda souhaite aussi une vie normale. Il vit ouvertement avec le VIH et se borne à courtiser des filles séropositives parce qu'il déteste le fait d’être obligé d’expliquer à toutes les nouvelles filles pourquoi il doit prendre les pilules sur une base régulière. Les filles le fuient habituellement après cela, dit-il. “Celles qui attendent me voient comme un problème de charité et je suis leur bonne action chrétienne”. Infecté par le VIH au cours de son premier rapport sexuel, la mission de sa vie est maintenant de trouver une fille avec qui il peut avoir un enfant. Banda affirme qu’après son diagnostic, il a fait les choses 'selon le livre'. “Je suis allé pour des conseils rigoureux, sorti d’une grande manière, racontant à toute personne qui m’écouterait sur mon statut; j'ai fait tous les neuf yards. J'ai été célébré par des ONG qui ont fait de moi le garçon d'affiche d'une jeunesse séropositive. Mais après un moment, cette innovation s'est estompée et je suis fatigué de toujours parler du VIH comme si c'est ce qui me définit”. Il dit qu'il y a des moments où il regrette d'avoir révélé son statut. Comme lorsqu’il va dans une discothèque et que les gens viennent vers lui pour le prévenir de ne pas boire, ou chuchotent qu'il ne devrait pas être là, qu'il n'a pas “appris sa leçon”. “Les livres sur comment vivre positivement avec le VIH disent que je devrais continuer de vivre une vie normale autant que possible. La réalité est différente; il ne peut jamais exister quelque chose de normal sur ma vie”. Des accès d'infections opportunistes, étant toujours à l'affût d'un remède ou d’une meilleure thérapie, n'étant pas en mesure de planifier à l'avance sur dix ou même vingt ans, constituent certaines des choses qui rendent sa vie anormale, déclare Banda. Ayant réussi à ses examens de fin d’année avec mention, il ira à l’université l'année prochaine pour étudier la comptabilité. Il dit qu'il a tout: le soutien de sa famille, quelques bons amis et de bonnes perspectives d'avenir. Mais vivre avec le VIH 'est toujours dur'. Vivre avec le VIH dans la discrétion, c’est ce qui est encore plus difficile pour Adam Malik*. Se soûler 'de façon insensée de temps en temps' est la manière dont Malik fait face à sa situation. Un Zambien d'origine indienne, il vit dans la communauté très unie qui refuse de reconnaître le VIH dans leur milieu et stigmatise ouvertement les personnes séropositives. Malik, 18 ans, sait cela seulement trop bien, c'est pourquoi même pas ses parents ne savent qu'il a contracté le VIH à l'âge de 14 ans chez la domestique avec qui il a eu des rapports sexuels pendant plus d'une année, et a récemment commencé le traitement. Malik affirme que parce qu'il a toujours été une personne de nature calme et solitaire, personne ne remarque s’il est déprimé ou ne se sent pas bien. Il n'a souffert d'aucune des principales infections opportunistes. Mais, il ajoute: “Garder un tel secret est un lourd fardeau. Je souffre des maux de tête et j’ai développé un tic facial du stress”.

Malik dit qu'il a de la chance que la Zambie ait un programme efficace pour les anti-rétroviraux (ARV). Il a été surpris de voir combien il était facile de rentrer dans le programme. Bien sûr, il a choisi un centre de santé isolé où personne n'est susceptible de le reconnaître. Il s’informe sur les derniers traitements, mais ne va pas pour les conseils puisqu’il a peur d'être reconnu. Malik a également peur de se voir contraint de tomber dans le circuit de la conférence sur le VIH comme un jeune homme indien séropositif. “Je serai une innovation à laquelle les activistes contre le SIDA ne seront pas en mesure de résister. Ils me présenteront comme un trophée. Je l'ai vu arriver aux jeunes qui sont sortis”. Sa vie à l'extérieur n'a pas changé, dit-il. Il est toujours le bon fils, prenant sa mère et ses sœurs pour faire des emplettes, aidant son père dans la boutique familiale, traînant avec les garçons un vendredi soir. Bientôt, une femme lui sera choisie et il s'attendra à avoir des enfants, déclare-t-il. Il se demande ce qui se produira alors. “Cela tuera ma mère si elle sait que j’ai le VIH. Mon père me chassera de sa maison. Les chances de mes sœurs d'un bon mariage seront ruinées. Quand je pense à tout cela, je me soûle pour oublier”. Il sait que cela contrariera l'efficacité de ses médicaments, mais trouve que c'est la seule manière dont il peut faire face à la situation. “J'ai peur”, confie Malik. *Les noms sont été modifiés pour protéger l’identité des personnes.