BANJUL, 25 nov (IPS) – La Plateforme d'action de Beijing, en 1995, a défini un programme pour régler l'égalité de genre dans des domaines prioritaires, notamment la pauvreté, l'éducation et les soins de santé.
Elle a également engagé les gouvernements à s'attaquer aux violences faites aux femmes, à l’accès équitable aux ressources économiques et au pouvoir de prise de décisions.
“Globalement, des progrès ont été faits, mais nous n’en sommes pas encore là”, a déclaré le sous-secrétaire général de l’ONU, Dr Abdoulie Janneh, à l'ouverture d'une revue régionale des progrès mettant en œuvre le plan de Beijing.
Quelque 600 personnes venues de 43 pays africains y ont pris part, notamment des experts en genre, des organisations de la société civile et des officiels gouvernementaux étaient présents à Banjul, la capitale gambienne, pour la revue.
Il y a eu de bonnes nouvelles quant à la représentation des femmes dans les gouvernements. Les participants ont été encouragés par le nombre croissant de femmes à des postes politiques puissants en Afrique.
Le Libéria a la première femme chef d'Etat sur le continent, Ellen Johnson-Sirleaf, et des femmes occupent des postes élevés dans plusieurs autres pays en tant que présidentes du parlement, Premiers ministres et vice-présidentes, y compris l'hôte de la conférence, la Gambie, dont la vice-présidente, Aja Isatou Njie-Saidy, a assisté à toutes les sessions.
Une variété de mesures de discrimination positive, dont des quotas, ont aidé six pays à élire des parlements comprenant au moins 30 pour cent de femmes; la législature du Rwanda a la plus forte proportion de femmes dans le monde, avec 56 pour cent de femmes députées.
Fatou Kargbo, directrice de 'Gender and Children Affairs' (Affaires de genre et de l’enfant) en Sierra Leone, a indiqué que son pays comptait sept ministres et vice-ministres, 18 parlementaires et qu’environ 45 pour cent des élus locaux étaient des femmes.
“Dans toute l'Afrique”, a ajouté Kargbo, “nous avons la première et unique femme brigadier. Notre inspecteur général adjoint de la police est une femme; notre juge en chef est une femme, deux des chefs de police régionale sont des femmes”.
Mais, Kargbo a indexé la constitution comme un obstacle à l'élection des femmes. “Nous sommes actuellement en train de faire campagne pour la forme proportionnelle des élections, qui donnera aux femmes plus de chance d'être au parlement”.
Le Rapport de synthèse de revue de 15 ans de la mise en œuvre de la plateforme d'action de Beijing en Afrique, produit par la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique pour couvrir la période 1995-2009, indique que malgré les immenses progrès réalisés avec la représentation des femmes en politique, il existe encore de sérieux défis en avant pour atteindre l'objectif de 50/50.
“Le leadership et les postes de prise de décisions sont toujours fermés, et exigeraient une mesure créative et innovatrice si le nombre de femmes devrait augmenter”.
La ministre soudanaise des Affaires féminines, Agnès K. Lasuba, a affirmé qu’il faudrait beaucoup de temps avant que les femmes ne soient incluses dans les niveaux supérieurs de prise de décisions dans son pays.
“Après être sortis de la (guerre civile de plusieurs décennies), nous avons adopté une approche positive”, a affirmé la ministre Lusaba. “Mais nous avons notre constitution et d'autres questions de la tradition et de la coutume qui ont tendance à saper nos efforts. Ce serait fait, mais lentement”.
Un autre domaine considéré comme un demi-succès pour l'Afrique est l’augmentation de la parité entre les sexes dans l'éducation au primaire. Grâce aux mesures comme l'éducation gratuite et obligatoire, plus de 60 pour cent des pays africains ont déjà atteint l'objectif de la parité de genre.
Cependant, beaucoup de filles ne parviennent pas à évoluer jusqu’aux niveaux plus élevés d'éducation. Le rapport de synthèse est également critique du contenu éducatif comme étant non fiable pour le marché du travail, et une détérioration perçue de la qualité de l'éducation à travers le continent.
Ce rapport de synthèse est critique à l’égard des progrès sur la santé des femmes. Des budgets pour la santé ont généralement augmenté, et des programmes de la santé sexuelle et de reproduction ont été créés.
Mais en termes de VIH/SIDA, les femmes demeurent touchées de manière disproportionnée par cette pandémie, représentant 60 pour cent des personnes vivant avec le SIDA.
Le taux de morbidité maternelle de l’Afrique et la proportion des femmes en Afrique qui sont confrontées à de graves complications pendant la grossesse, restent les plus élevés au monde.
“Bien que tous les pays annoncent qu'ils ont établi des programmes d'action, cela ne s'est pas encore traduit en des gains substantiels dans la lutte contre la mortalité maternelle ainsi que pour d’autres droits de reproduction et défis de santé des femmes. Cela est principalement causé par l'insuffisance du personnel médical et l'accès limité aux soins obstétricaux d'urgence”.
Il semble exister peu de bonnes nouvelles dans le domaine de la réduction de la pauvreté pour les femmes africaines. Le rapport de synthèse indique que les gouvernements doivent faire davantage pour réduire la pauvreté. “Jusqu'à présent, il n'existe aucune preuve pour montrer que les politiques et stratégies existantes ont freiné la féminisation de la pauvreté en Afrique”.
Et avec la récession économique mondiale, la tendance est appelée à s'aggraver.
“La crise économique mondiale est susceptible de toucher les femmes africaines sur deux fronts”, indique le rapport de synthèse. “Premièrement, elle arrête l'accumulation de capitaux par les femmes; deuxièmement, elle est en train de réduire drastiquement les revenus individuels des femmes africaines ainsi que les budgets qu'elles gèrent au nom de leurs ménages, avec des conséquences particulièrement préjudiciables pour les enfants filles”.
Un autre domaine important de préoccupation est l'augmentation des taux de violences faites aux femmes. Presque chaque pays a pris des mesures pour promulguer ou renforcer la législation qui protège les femmes, mais il reste d’importantes lacunes dans la mise en œuvre, ainsi que dans les lois couvrant les violences au sein de la famille.
Fatou Kargbo, directrice des Affaires de genre et de l’enfant en Sierra Leone, a déclaré que son pays a élaboré cinq lois, en plus de la ratification de nombreux protocoles internationaux et régionaux visant à protéger les femmes contre les violences.
Les problèmes, a-t-elle affirmé, persistent en raison d'un manque de ressources humaines et financières pour appliquer les lois et les politiques. “Regardez, nous sommes même censés aller dans les provinces pour surveiller, mais nous n’avons pas pu”, a-t-elle dit.
Quant aux causes des violences, Litha Musyami-Ogana, directrice de la Direction genre, femme et développement de l'Union africaine, a expliqué que celles-ci ne devraient pas être recherchées uniquement dans la guerre et les conflits armés, mais dans la relation inégale entre les hommes et les femmes. Beaucoup de femmes n'ont pas de pouvoir économique, et sont obligées de compter sur les hommes qui profitent de cela pour leur nuire.
“Nous avons également un système de justice inutile où la police ne prend pas les violences faites aux femmes au sérieux. Et les tribunaux ne sont pas bien utiles”, a ajouté Musyami-Ogana. “Nous sommes pris dans un système où les violences faites aux femmes ne sont pas encore considérées comme criminelles”.
Finalement, c'est un refrain bien connu: les politiques et programmes ont besoin d’être soutenus et mis en œuvre par les gouvernements s’ils doivent obtenir tout l’impact.
“Le moment de revoir nos habitudes et nos actions est venu”, a déclaré Lalla Ben Barka, secrétaire exécutive adjointe de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, “parce que les femmes portent encore le poids de tous les types de défauts, crises, guerres et de conflits”.

