ROME, 24 nov (IPS) – La promotion des droits des femmes au niveau mondial ne devrait pas se limiter au traitement de la population féminine comme un sexe qui est victime de discrimination et doit être protégé.
Cela devrait plutôt se concentrer avant tout sur la valeur des femmes comme des sujets proactifs, des vecteurs de développement et de paix irremplaçables et efficaces. Ainsi, alors qu’il existe un programme d'urgence dicté par des développements extraordinairement négatifs, il y a également un programme positif qui constitue le meilleur moyen d'attirer l'attention sur le rôle de structure déjà joué socialement, économiquement et politiquement par les femmes.
Dans plusieurs régions du monde – le continent africain, par exemple – ce sont les femmes qui sont au centre des processus de production et qui garantissent les niveaux minimaux de sécurité alimentaire et sociale, en plus des perspectives concrètes pour le développement et le bien-être aussi bien pour leurs familles que pour des communautés entières.
C'est cette dimension que l'Italie cherche à encourager depuis des années dans le cadre de ses propres initiatives de développement, favoriser l'accès des femmes au travail et aux activités de l’entreprenariat, en partie grâce aux programmes de microcrédit et de formation à l'emploi.
Les femmes jouent également un rôle important dans la prévention et la résolution des conflits ainsi que la poursuite d'une paix durable, tel que cela est reconnu par la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l'ONU, approuvée en 2000, qui a appelé les Etats membres à garantir une présence plus grande des femmes à tous les niveaux de prise de décisions, notamment en matière de prévention des crises, la gestion et la résolution.
C’était en vue de la centralité des femmes dans ces processus qu'une initiative originale a été récemment lancée par un groupe d'associations de solidarité: un appel dans le sens d'un prix Nobel de la paix “collectif” en 2010 à toutes les femmes africaines qui organisent et luttent inlassablement pour la paix et qui soutiennent la vie même dans les situations les plus tragiques.
En effet, les femmes africaines sont de plus en plus les protagonistes et la force motrice, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans les arènes sociale et politique: elles constituent un réseau d'activités économiques informelles et depuis des décennies, elles sont au premier plan de la création et de la croissance de milliers de petites entreprises. En outre, les femmes africaines apportent une contribution croissante à la défense de la santé, notamment en termes de VIH et de paludisme.
Toutefois, la reconnaissance du rôle et du potentiel de la gent féminine, et de ses caractéristiques spécifiques sur plusieurs continents, ne devrait pas nous faire perdre de vue combien reste encore à faire sur l'autre côté de l'équation: la protection des droits fondamentaux des femmes, et en particulier le droit de ne pas être la cible de violences.
La résolution 1325 reconnaît également la façon dont les femmes constituent la population la plus durement touchée dans les conflits armés. Mais malheureusement, ce n'est pas que cela: les violences faites aux femmes constituent un fléau qui ébranle le monde à toutes les latitudes: en paix et en guerre, riches comme pauvres, au pays et loin du pays.
L'Italie est particulièrement active dans ce domaine également. En tant que président du G8 (Groupe des huit), par exemple, nous avons organisé du 9 au 10 septembre une conférence spécifiquement consacrée aux violences faites aux femmes. L'Italie a réalisé plusieurs projets visant à attirer l'attention sur cette question dans plusieurs régions du monde, notamment les Balkans et le bassin méditerranéen, ainsi que l'Afghanistan, le Mozambique et l'Afrique de l’ouest.
Parmi les nombreuses mesures prises par notre pays dans ce contexte, il y a une à laquelle l'Italie s'est engagée depuis le milieu des années 1980, en commençant par la Somalie, et qui nous a récemment impliqués aux Nations Unies: la mutilation génitale féminine. En plus du lancement, en collaboration avec les agences de l'ONU, d’une campagne internationale pour empêcher cette pratique, en septembre dernier, en marge de la 64ème Assemblée générale, j'ai présidé une première réunion à laquelle ont participé des ministres venus des pays qui, comme l'Italie, ont épousé cette cause.
Ce sont des questions comme celle-ci, dans lesquelles la violence a des composantes culturelles, qui montrent comment les médias sont essentiels dans un tel effort, à travers la diffusion à la base d'informations sur les risques de certaines pratiques, atteignant les gens qu’il serait inimaginable d'atteindre même à travers des projets ciblés ou des campagnes de prévention. Les journalistes ont donc une responsabilité importante à éviter le sensationnalisme et à décrire les faits avec clarté et précision, évitant de stéréotyper selon la nationalité, la culture ou la religion. Cette responsabilité s'étend à toutes les formes de violences perpétrées contre les femmes.
En plus de ce défi, les médias ont une occasion toute aussi importante de présenter et de publier des exemples concrets des contributions que les femmes apportent quotidiennement à la construction d’une meilleure société au niveau mondial, une forme plus humaine de gouvernement qui est plus sensible aux vies des gens et de leurs communautés, qui obéit vraiment à la devise: “la population d'abord”.
Le séminaire international, organisé par IPS à Rome le 26 novembre et financé par la Ville de Rome et le ministère italien des Affaires étrangères, offre une précieuse occasion de réfléchir sur un question particulièrement chère à l'Italie: la corrélation étroite entre le troisième Objectif du millénaire pour le développement et la responsabilité des médias.
C'est pour cette raison que, parmi les conclusions de la conférence du G8, nous avons voulu inclure un appel aux médias afin qu’ils jouent leur rôle central jusqu’au bout, de sorte qu'ils puissent, d'une part, contribuer à l'élimination des stéréotypes sociaux dénigrants et, d'autre part, promouvoir avec intelligence et persévérance une meilleure compréhension du rôle joué par les femmes en tant que protagonistes dans la marche du progrès au sein des communautés du monde.
*Une libre opinion de Franco Frattini, ministre des Affaires étrangères d’Italie.

