ZAMBIE: Les médias sont confrontés aux bastonnades et aux attaques

LUSAKA, 17 nov (IPS) – Lorsque des journalistes étaient battus par des militants politiques pour avoir couvert le retour du président d’un voyage à l’étranger, et que des ministres du gouvernement et des officiers de police regardaient faire sans arrêter cela, cette situation semblait être la goutte d’eau dans la persécution des médias. Mais ce n’était pas le cas.

Malgré le tollé qui a suivi l’incident, il apparaît comme si les médias en Zambie ne sont pas toujours libres de travailler sans le risque d’être attaqués par des militants politiques mécontents.

Les médias zambiens ont toujours eu une relation douteuse avec des politiciens, selon qu’ils sont au gouvernement ou dans l’opposition, mais jamais auparavant, les attaques n’ont été aussi intenses et fréquentes. Le mois dernier, des journalistes, tant de la presse publique que de la presse privée, étaient obligés de galoper pour leur sécurité lorsque des cadres politiques ont envahi l’Institut de communication de masse de la Zambie (Zamcom), où Robbie Chizyuka, député de Namwala, suspendu du Parti uni pour le développement national (UPND), faisait un point de presse. On croyait que les militants de l’UPND étaient opposés aux propos de Chizyuka critiquant le parti. Les membres de son propre parti l'ont accusé d'être un “traître”.

Puis, quelques semaines plus tard, des cadres du parti politique ont attaqué des journalistes de plusieurs organes de presse, et ont confisqué des appareils enregistreurs au cours d'un forum auquel George Mpombo s’adressait. Les attaques de l'ancien ministre de la Défense contre le gouvernement dans les médias ont enragé le Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD). Fait intéressant, ces attaques surviennent à peine trois mois après que les organes de presse dans le pays ont présenté une pétition conjointe au président Rupiah Banda, exigeant la protection de la part des agences d’application des lois et du gouvernement dans l'exercice de leurs fonctions journalistiques.

Cette pétition a suivi le passage à tabac du journaliste principal Antony Mulowa de 'Times of Zambia', du photojournaliste Richard Mulonga et du reporter de 'The Post', Chibaula Silwamba, par des cadres du MMD en présence de plusieurs ministres et des officiers de police. Ces journalistes ont été battus à l'Aéroport international de Lusaka, où ils s'étaient rendus pour couvrir le retour du président Banda d'un voyage à l'étranger.

Cette pétition conjointe a été signée par plusieurs principaux instituts de médias du pays, notamment l’Association de la presse de Zambie (PAZA); l’Association des femmes des médias de Zambie (ZAMWA); le Syndicat des journalistes de Zambie (ZUJ), le Comité pour la liberté de presse de 'The Post'; le Centre d’information des Nations Unies; l’Institut des médias d'Afrique australe-Zambie (MISA-Zambie), et l'Institut PANOS-Afrique australe.

Le MISA-Zambie se dit profondément préoccupé par l'environnement dangereux de travail des médias, notamment au cours des conférences de presse sur des questions politiques controversées.

“Le MISA-Zambie exhorte le gouvernement et la police à régler le problème immédiatement avant que des vies ne soient perdues, ou que des blessures graves ne surviennent. La Zambie est un Etat démocratique dans lequel les citoyens ont le droit de jouir de leurs libertés constitutionnellement garanties, qui comprennent la liberté d'expression et le droit d'accéder à l’information”, déclare Henry Kabwe, président du MISA-Zambie. Le Lieutenant-général, Ronnie Shikapwasha, porte-parole en chef du gouvernement, affirme que le parti au pouvoir et le gouvernement ne tolèrent pas le harcèlement des journalistes. “Le gouvernement condamne, dans les termes les plus vigoureux, les violences contre les hommes et les femmes des médias. C’est criminel, déplacé et inacceptable, et la position du gouvernement sur cette question est vigoureuse, claire et cohérente”, souligne Shikapwasha. Mais Shikapwasha dit que les médias devraient être professionnels, et respecter les exigences éthiques du journalisme, parce qu’un reportage bâclé peut conduire à des agitations dans le pays. Depuis longtemps maintenant, les journalistes zambiens exigent des réformes rapides des lois sur les médias, ainsi que la création d'une Autorité indépendante de l’audiovisuel (IBA) et l'adoption du Projet de loi sur la liberté d’information (FOI). Andrew Sakala, président de la PAZA, estime que le gouvernement devrait promulguer la Loi sur la FOI et établir une IBA pour favoriser le développement des médias. “Nous, en tant que PAZA, espérons que les réformes des médias de cette année doivent se poursuivre, ce qui signifie que l'IBA devrait être opérationnalisée cette année, afin qu'il n'y ait aucune restriction sur la manière dont les journalistes et les maisons de l’audiovisuel font leur travail. La Loi sur la FOI a été également bloquée pendant longtemps sans être mise en application”, dit-il.

Mais Shikapwasha, qui est également le ministre de l'Information et des Services de l’audiovisuel, déclare que le processus de sélection des membres du conseil d’administration de l'IBA a commencé, et qu’il espérait la ratification de ses membres avant la fin de l'année.

Bientôt, le gouvernement présentera également au parlement le Projet de loi sur la liberté de d’information qui, une fois adoptée, permettra d'améliorer l'accès à l'information publique et de promouvoir la transparence, indique-t-il.

Mais en août, le vice-président, George Kunda, a défié les organes de presse de parvenir à un projet de loi pour l'autorégulation dans l’intervalle de six mois, faute de quoi, le gouvernement les soumettra à une régulation statutaire.

“Il y a beaucoup de reportages irresponsables en Zambie, et par conséquent, la nécessité de changer le scénario. La balle est dans votre camp (les médias). Dès que possible, donnez-nous un avant-projet de votre plan sur l'autorégulation. Autrement, sachez que nous avons un projet de loi que nous pouvons présenter au parlement à tout moment”, déclare Kunda, qui est également ministre de la Justice.

Mais les organes de presse ont immédiatement rejeté l'ultimatum de six mois, affirmant qu'ils croient que le pays avait déjà assez de lois qui entravent leurs opérations. Sally Chawama, un membre de la ZAMWA, a indiqué, au nom d’autres organes de presse, qu'ils n'accepteraient pas l'arrangement de parvenir à un organe de régulation statutaire.

“Il y a beaucoup de lois qui régissent les médias, notamment celles relatives à la diffamation, à la sédition et à l'interdiction de fausses publications. Nous n'avons pas l'intention de nous adapter à une régulation statutaire, qu'elle arrive aujourd'hui ou dans les 100 prochaines années, parce que nous estimons qu'il y a des lois adéquates en Zambie qui freinent les opérations des médias”, explique Chawama.

Chapadongo Lungu, le secrétaire général du ZUJ, a déclaré que les médias dans le pays se régulent bien déjà, affirmant que la régulation statutaire les exposerait à la manipulation politique.

“La seule chose que les médias n’ont pas faite, c'est la danse au rythme des politiciens, et ils ont utilisé cela comme une excuse pour demander une régulation statutaire”, a-t-il souligné. Il y a environ deux semaines, le MISA-Zambie, la PAZA, la ZAMWA, PANOS-Afrique australe, le Comité pour la liberté de presse de 'The Post', les Services des médias catholiques et le Syndicat des journalistes de l’audiovisuel de la Zambie, ont annoncé qu'ils étaient parvenus à un cadre qui sera utilisé pour créer un organe d’autorégulation pour promouvoir la responsabilité, l'examen des pairs et le professionnalisme des médias. Henry Kabwe, s’exprimant au nom des autres organes de presse, a dit qu'ils avaient créé le Comité de liaison des médias (MLC), qui assurera que les journalistes, les médias et le grand public sont protégés dans la diffusion de l'information et la libre expression.

“En tant que MLC, nous avons consulté localement et certains membres du comité seraient en train de partir pour le Kenya et l'Afrique du Sud pour étudier comment les cadres de l’autorégulation sont en train d’être gérés dans ces pays”, a déclaré Kabwe. Mais il reste à voir si cette mesure des organes de presse sera suffisante pour apaiser le gouvernement et d'autres éléments politiques qui veulent une régulation statutaire des médias.