SENEGAL: Des équipements agricoles, mais pas d’assistance technique

SEDHIOU, Sénégal, 10 nov (IPS) – Le Fonds de développement local de Sédhiou (FDLS) a reçu un don de 13 motoculteurs, trois tracteurs, 16 moulins, cinq batteuses et trois décortiqueuses dans le cadre d’un projet d’appui aux initiatives communautaires et de lutte contre la pauvreté dans le sud du Sénégal.

Ce don remis fin octobre, d’une valeur de plus de 230 millions de francs CFA (environ 522.730 dollars), est une œuvre de la coopération italienne, et servira à améliorer les productions agricoles ayant connu une chute considérable ces dernières années dans cette partie du Sénégal. Le coordonnateur du FDLS, Bafodé Dramé, explique à IPS que l’objectif global du projet est de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations de la région de Sédhiou à travers le soutien aux investissements facilitant l’accès aux services de base et améliorant la production de l’emploi et les revenus des bénéficiaires. «Ce lot de matériels va servir à booster la production de riz. Les espaces exploitables seront plus importants. Ce don représente une contribution du à la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (de l’Etat), parce que notre localité est dans une zone où il y a suffisamment de terre cultivable et qui reçoit chaque année une grande quantité d’eau», déclare-t-il. A Sédhiou, cette localité située dans la moyenne Casamance, IPS a constaté dans le champ de Robert Bassène, un agriculteur de 53 ans, que le riz est au stade de la production d’épis. Et selon lui, c’est le moment le plus crucial où il faut chaque fois surveiller le champ contre les oiseaux. Cependant, il se désole du manque d’assistance technique et de suivi de la part des encadreurs des services agricole de leur département. «Vous savez, ici on souffre trop. Regardez mon champ, la production ne sera pas ce que j’attends pour cause de manque d’assistance technique de la part du ministère de l’Agriculture», explique-t-il. Bassène dit qu’il n’avait produit que 35 sacs de riz de 50 kilos, l’année dernière. «Ce don qu’on vient d’avoir, c’est bien, mais reste à savoir comment on va le répartir, c’est là où cela dérange. Lorsque les coopérants vont partir, ils vont politiser ces matériels donnés et si tu n’es pas du Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir), tu n’en bénéficieras pas», affirme Bassène. Mais Samba Sène, qui est membre du bureau départemental du PDS de Sédhiou, rejette cette affirmation. “Toujours, c'est ce que les gens disent, or on est tous des Sénégalais. Le PDS ne s'approprie de rien, ces matériels agricoles sont pour les agriculteurs et non pour le PDS; donc tout agriculteur ou groupement agricole peut en bénéficier”, soutient-il.

Selon Bassène, ce qui freine considérablement le développement de la région, c’est la guerre. «Chaque fois, c’est des coups de canon qu’on entend. Les familles laissent leurs champs et fuient vers la Guinée-Bissau qui n’est pas loin. A cela, s’ajoutent les mines anti-personnel. Des fois, quand on laboure les champs, on peut tomber sur des mines. Beaucoup ont eu le pied amputé à cause de ça», explique-t-il à IPS. Mamadou Diatta, un autre agriculteur d’une quarantaine d’années, amputé d’un pied, raconte à IPS que c’est en labourant son champ en janvier dernier qu’il a sauté sur une mine. «Je suis devenu comme ça à cause d’une mine. Je me réjouis de ce don des coopérants italiens, mais je doute aussi de la répartition de ce matériel. Vous savez ici en Casamance, il y a des gens qu’on traite d’indépendantistes: eux, soyez-en sûr, n’en bénéficieront de rien, or on est tous des Sénégalais», se plaint-t-il. IPS a rencontré également une coopérative de femmes agricoles qui craignent d’être lésées dans la répartition du matériel agricole italien. Selon Awa Kane, présidente de l’association 'Jakko' (qui signifie 'union' en langue Balante, en Casamance), les femmes sont souvent marginalisées à Sédhiou. Or, dit-elle, ce sont elles qui génèrent le plus de revenus. «Ici, on nous marginalise. Ce n’est pas la première fois qu’on reçoit de pareils dons, mais quand les femmes demandent des aides, on ne nous satisfait pas alors que nous sommes plus actives que les hommes dans le domaine agricole», affirme-t-elle. «Je souhaite vivement cette fois-ci que les hommes se souviennent de nous; c’est important si on veut avoir l’autosuffisance alimentaire dans cette région et pourquoi pas dans tout le Sénégal», plaide-t-elle. Kane indique qu’elles ont produit deux tonnes et demie de riz, l’année dernière.

Accompagnée de trois autres femmes, Kane nous amène dans un vaste champ de sa coopérative, de plus d’un hectare. On y trouve du riz qui occupe une grande partie, du haricot, des manguiers et un peu d’arachide. Mais selon elle, la production est à la merci du climat. «On n’a pas bénéficié d’un suivi technique, et on est à la merci de tout danger, surtout avec la guerre, ce n’est pas facile. J’invite les responsables politiques du Sénégal à négocier avec les indépendantistes pour que cesse le conflit dans cette région du Sénégal», déclare-t-elle à IPS. «Cette guerre nous dérange, nous les femmes. Nos enfants meurent. Pour le développement d’un pays, il faut d’abord la paix. Voyez–vous, à cause de la guerre, les gens ne vont plus au champ, les plants poussent sans entretien, c’est grave», souligne-t-elle. Le gouverneur de la région, Cheikh Kane Niane, a rassuré sur la répartition du matériel agricole reçu. «Je comprends les inquiétudes des uns et des autres sur la répartition du matériel agricole. Cette fois-ci, nous, autorités locales et administratives, veillerons à ce que tout le monde puisse avoir accès au matériel dans le cadre de la production, car ce don vise à soutenir les producteurs dans le sillage de la politique du gouvernement en vue d’une sécurité alimentaire», affirme-t-il à IPS. Pour sa part, Saverio Frazzoli, le conseiller technique principal italien du projet FDLS, se félicite de l’appropriation, par les populations, de la politique agricole de l’Etat pour réduire la précarité dans les ménages.