COTONOU, 14 oct (IPS) – Sur 6.213 analyses effectuées de 2004 à 2009 sur les médicaments et autres consommables dans le Laboratoire national de contrôle de la qualité de médicaments du Bénin, 5.717 échantillons sont conformes aux normes, soit 92 pour cent, et 496 non-conformes (8 pour cent), indique à IPS, Farid Baba-Moussa, le directeur du laboratoire.
Les faux médicaments tuent beaucoup, affirment les spécialistes. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un médicament sur quatre, utilisé dans les pays en développement, est faux. «Quelque 200.000 décès par an pourraient être évités si les médicaments prescrits contre le paludisme étaient conformes à la réglementation et capables de traiter réellement la maladie», souligne l’OMS. C’est pour éradiquer ce fléau qu’une mobilisation internationale vient se tenir au début de cette semaine à Cotonou, au Bénin, à l’initiative de la Fondation de Jacques Chirac, l’ancien président français. Sept chefs d’Etat africains et l’ancien président français ainsi que des représentants d’organisations internationales se sont mobilisés dans la capitale économique béninoise, pour signer l’Appel de Cotonou contre les faux médicaments, le 12 octobre. Les autorités sanitaires espèrent qu’avec l’appui des Fondations Chirac et Pierre Fabre, le Laboratoire national de contrôle de la qualité de médicaments du Bénin sera transformé en laboratoire sous-régional pour obtenir la reconnaissance et la certification de l’OMS. «Le début du combat, c’est de se donner les moyens de vérifier la qualité des médicaments mis sur le marché et disponibles dans les hôpitaux, les dispensaires et les officines», a souligné le président Chirac dont la fondation a financé avec, celle de Fabre, les travaux d’extension du laboratoire de Cotonou. Cette transformation permettra au laboratoire de répondre aux critères nécessaires à l’obtention de la certification de l’OMS, de développer ses missions de contrôle et de formation à l’échelle nationale et régionale. Il pourra ainsi acquérir une dimension régionale et consolider la politique d’accès aux médicaments de qualité en Afrique de l’ouest, a expliqué le directeur du laboratoire à IPS. La convention de partenariat avec le laboratoire national de contrôle de la qualité des médicaments du Bénin a été signée en février 2009, à Cotonou par Valérie Terranova, membre fondateur de la Fondation Chirac, et Philippe Bernagou, directeur général de la Fondation Fabre, selon Dr Baba-Moussa. Au même moment, les autorités sanitaires du Bénin et leurs partenaires avaient posé la première pierre des travaux d’extension du laboratoire créé en 1999. Le partenariat – avec les deux fondations – a permis d’équiper les services de physicochimie et de microbiologie, et l’extension a permis de mettre en place et d’équiper l’échantillonthèque, la salle d’eau et d’autres infrastructures. Ce projet est considéré comme prioritaire par les autorités béninoises qui ont fait du renforcement des capacités de ce laboratoire une des recommandations majeures des «États généraux de la santé» tenus à Cotonou en novembre 2007. «L’extension va nous permettre d’avoir des locaux qui sont aux normes de l’OMS et cela va nous permettre de répondre plus aux demandes des partenaires, de pouvoir faire le plus grand nombre d’analyses», a expliqué Baba-Moussa. «Et on pourrait devenir un laboratoire non seulement préqualifié par l’OMS dans le domaine du contrôle de la qualité des médicaments et des consommables médicaux, mais aussi un laboratoire sous-régional et de là, nous pourrions prendre les demandes de certains pays tels que le Togo, la Guinée et autres qui demandent aujourd’hui à faire des analyses». «L’objectif final est de faire du laboratoire un centre de recherches et d’études sur le contrôle de la qualité des médicaments, des aliments et des pesticides», a-t-il ajouté. Le président Chirac a souligné que le Laboratoire de contrôle de la qualité des médicaments de Cotonou est une référence qui servira d’exemple à d’autres implantations.
L’Appel de Cotonou contre les faux médicaments vise à alarmer la communauté internationale sur les conséquences sanitaires, économiques et sociales qu’engendre le fléau des faux médicaments. “La prolifération des faux médicaments est un véritable fléau au Bénin. Environ 6.000 personnes exercent dans le commerce des faux médicaments au Bénin”, a déclaré le chef de l’Etat béninois, Boni Yayi, indiquant que plus de 85 pour cent de ses concitoyens s’approvisionnent sur le marché informel. Cette situation engendre des échecs thérapeutiques, la pharmaco-résistance et la toxicité, a-t-il ajouté, soulignant que le manque à gagner annuel est évalué à plus de 30 milliards de francs CFA (environ 67,4 millions de dollars) pour les pharmacies et quatre milliards de FCFA (8,9 millions de dollars) de perte de recettes fiscales pour l’Etat. “Pour lutter contre les faux médicaments, il faut aller à la source. Tout le monde connaît la source des faux médicaments. Pour maîtriser le fléau, il faut créer une inspection générale de contrôle des faux médicaments au niveau sous-régional d'abord et, plus tard, au niveau continental et international”, a déclaré Abdoulaye Wade, le président du Sénégal. Wade a indiqué que dans son pays 35 pour cent des médicaments vendus hors des pharmacies sont faux. Il a souligné que la contrefaçon n’est pas limitative aux médicaments, mais s’étend également aux produits cosmétiques et d’hygiène pour les femmes et à l’eau minérale. Le président Chirac invite les chefs d'Etat et de gouvernement, les responsables d'organisations internationales, d'organisations non gouvernementales et les chefs d'entreprises concernés à se réunir à Genève en 2010 pour une conférence mondiale destinée à fixer les principes de base d'une convention internationale de lutte contre le trafic des faux médicaments.
La Fondation Chirac, en initiant l’Appel de Cotonou contre les faux médicaments, vise à servir la paix en faisant de l’accès aux médicaments de qualité l’un de ses objectifs prioritaires. L’Appel de Cotonou contre les faux médicaments a été signé par l’ancien président français et les chefs d’Etat du Bénin, Boni Yayi, du Burkina Faso, Blaise Compaoré, du Niger, Mamadou Tandja, du Sénégal, Abdoulaye Wade, du Congo, Denis Sassou NGuesso, de Centrafrique, François Bozizé, et du Togo, Faure Gnassingbé, ainsi que par des représentants d’organisations internationales.

