YAOUND, 28 sept. (IPS) – Les autorités camerounaises ont décidé de
renouer
avec la collecte des ordures à Yaoundé, la capitale politique du
Cameroun,
après avoir ignoré toute règle d'hygiène, depuis près de 7 ans.
Une opération dénommée "coup de poing pour rendre la ville de
Yaoundé
propre", a été lancée le 21 septembre dernier à Yaoundé, afin de
mettre
fin à une insalubrité notoire dénoncée ces derniers jours par la
presse
nationale.
Depuis 1991, les services de voirie privés ou publics n'avaient
plus
ramassé les ordures dans cette ville de plus d'un million
d'habitant. Ce qui
a provoqué le développement de plusieurs montagnes d'immondices
dans la ville.
Ces dernières semaines, la presse avait multiplié les critiques
face à
l'insalubrité avancée de Yaoundé.
Dans son édition du 17 septembre dernier, "Cameroun tribune", le
quotidien
gouvernemental, a décrit Yaoundé comme étant ” une anti-capitale
jalonnée de
collines de détritus, source de bactéries nuisibles à
l'habitant".
Le même jour, le tri-hebdomadaire indépendant "Le Messager" a
reposé le
problème, suite aux inondations qui, depuis le début des pluies
torrentielles à Yaoundé ce mois de septembre, ont déjà causé 6
morts.
“Les tonnes d'ordures que produit Yaoundé(…) sont transportées
par les
eaux qui les entraînent jusque dans les caniveaux. La situation
est telle
que ceux-ci sont bouchés. Le théâtre désolant que vivent les
habitants en
découle…”, écrit "Le Messager".
La presse a essentiellement fustigé l'inaction du Ministère de la
ville créé
en décembre 1997 pour aider à l'assainissement des métropoles les
plus
importantes.
Sans donner tort à la presse nationale, le ministre de la ville,
Antoine
Zanga, a reconnu l'état d'insalubrité avancée de la capitale.
” Nous sommes pratiquement le seul pays au monde où dans la
capitale, les
animaux et les hommes se croisent dans les lieux publics sans que
cela ne
gêne personne”, affirme Zanga.
" Notre capitale est devenue une décharge géante, un bazar où
chacun
s'installe où il veut et se débrouille comme il peut", ajoute le
ministre,
tout en se réjouissant du début de l'opération de ramassage des
ordures dans
certains quartiers.
Zanga a précisé que dans 15 jours, à compter du 21 septembre,
Yaoundé,
reconnue par beaucoup comme l'une des capitales africaines les
plus sales,
devra commencer à briller de mille feux.
Le gouvernement a confié l'opération de ramassage des ordures de
toutes
sortes à la société Hygiène et Salubrité du Cameroun (HYSACAM),
une société
privée spécialisée dans la collecte des ordures.
HYSACAM est la principale société de ramassage d'ordure au
Cameroun. Elle
avait cessé ses activités en 1991, pour des raisons de
financement. Les
autorités camerounaises n'ont pas indiqué le coût de ce nouveau
contrat qui
s'étend sur trois ans.
Officiellement, 157 tas d'immondices ont été dénombrs la
capitale.
HYSACAM a pris l'engagement de les faire disparaître, grâce à son
réseau
de 300 éboueurs et 50 chauffeurs repartis en trois groupes. Ils
travaillent
toute la journée, selon un planning précis.
La décharge publique de Nkol-foulou, une localité située à une
quinzaine de
kilomètres de Yaoundé a été retenue pour recueillir les ordures
qui y sont
brûlées.
Certains écologistes ont déjà dénoncé cette procédure, et
affirment qu'à
l'heure où économie et écologie font bon ménage, il est temps de
privilégier
la transformation et la valorisation de ces déchets.
Le travail d'assainissement de la ville de Yaoundé inclut aussi le
nettoyage
des trottoirs occupés anarchiquement par des petits commerçants.
Le ministre de la ville a indiqué que l'occupation anarchique
des
trottoirs par les petits commerçants ne sera pas tolérée. Il les
invite à
faire preuve de civisme et à libérer les trottoirs, avant que les
forces de
l'ordre n'interviennent.
Ce n'est pas la première fois que cette mesure est annoncée à
Yaoundé. Les
autorités ont déjà essayé à maintes reprises de chasser les
commerçants
installés sur les trottoirs, mais leur action s'était heurtée à la
résistance des vendeurs.
Les petits vendeurs se disent conscients de l'ampleur de leur
part de
responsabilité dans ce désordre. Seulement, ils n'entendent pas
s'exécuter
tant qu'on ne leur aura pas trouvé un autre site.
"Il ne suffit pas de nous dire de partir, on doit nous indiquer
où est-ce
qu'on doit désormais s'installer pour continuer à opérer afin
d'assurer
notre survie et celle de notre progéniture”, confie un vendeur à
la sauvette.
Les autorités camerounaises ont déjà essayé à plusieurs reprises
de
s'intéresser aux questions de salubrité dans ce pays de l'Afrique
centrale.
Lors du 36e sommet de l'Organisation de l'Unité Africaine organisé
au
Cameroun en juillet 1996, une opération ville propre avait été
lancée. Mais
elle n'avait pas connu un succès éclatant.
Même si dans l'ensemble on apprécie la campagne actuelle, certains
observateurs craignent qu'elle ne connaisse le même sort que la
précédente.
" Une politique d'urbanisation et d'assainissement ne s'improvise
pas.
C'est malheureusement ce que le gouvernement a démontré en lançant
brutalement la présente opération ville propre", affirme le maire
d'un
arrondissement de Yaoundé qui a requis l'anonymat.
" A mon sens, bien qu'elle soit salutaire, elle a peu de chance
de
connaître les résultats escomptés, du moins parce que l'on semble
négliger
le rôle que peuvent jouer les mairies d'arrondissement dans la pré-
collecte
et la collecte des déchets, proprement dites auprès des familles
ou à la
base", précise le maire.
Pour assurer le succès de l'opération de nettoyage de Yaoundé, le
ministre
Antoine Zanga a lancé un appel aux médias afin qu'ils aident le
gouvernement, en éduquant et en sensibilisant les citoyens sur les
vertus de
la propreté et en condamnant l'incivisme des
populations.

