POLITIQUE-R.D.CONGO: Kabila Recrute Des Hutus Réfugiés A Brazzaville, Indique le HCR.

BRAZZAVILL, 29 sept. (IPS) – Des centaines de Hutus réfugiés à
Brazzaville
depuis plus d'un an, auraient été recrutés par la République
Démocratique du
Congo (RDC) pour aider à combattre une rébellion qui sévit
depuis près de
deux mois dans ce pays des Grands Lacs, a indiqué Judith Kumin,
porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les
Réfugiés
(HCR) à Genève.

Ces réfugiés auraient déserté le camp de Kintélé, à 25 kilomètres
au Nord de
Brazzaville, pour se faire enrôler aux côtés des forces armées
congolaises
(FAC) à Kinshasa, la capitale de la RDC située de l'autre côté du
fleuve qui
sépare les deux pays.
Plus de 10.000 Hutus Ruandais étaient arrivés au Congo-
Brazzaville, à la
suite de l'offensive menée dans l'Est de l'ex-Zaïre (actuelle RDC)
par
l'Alliance des Forces démocratiques pour la libération du
Congo(AFDL) qui a
aidé Kabila à renverser le régime dictatorial trentenaire du
défunt Maréchal
Mobutu Sese Seko en mai 1997.
Ces Hutus, en majorité des anciens membres des Forces Armées
Ruandaises(ex-FAR) et des Interahamwe(milice de la majorité Hutu
du Ruanda),
avaient fui leur pays après avoir perpétré le génocide de 1994.
Ils
s'étaient alors réfugiés au Congo-Kinshasa.
Cependant, lors de la guerre civile de 1996-1997 qui a conduit
Kabila au
pouvoir, certains d'entre eux avaient trouvé refuge à
Brazzaville, de
l'autre côté du fleuve, ainsi que plusieurs dignitaires de
l'ancien régime
de Mobutu.
Les Forces de l'AFDL, composées des soldats Tutsis Ruandais,
ougandais et
congolais, étaient alors un grand danger pour eux.
Des rapports avaient alors fait état du massacre de plusieurs
réfugiés
Hutus, lors de l'avancée des forces de l'AFDL dans l'Est de l'ex-
Zaïre. Une
commission d'enquête des Nations Unies mise en place pour vérifier
la
véracité de ces faits n'avait pas pu conclure ses travaux, en
raison de
plusieurs entraves causées par le gouvernement de Laurent Désiré
Kabila.
Les autorités de Kinshasa ont nié l'existence d'un recrutement
des Hutus
basés à Brazzaville.
De son côté, Brazzaville rejette toute implication dans cette
opération.
Selon un conseiller du président congolais Sassou Nguesso, ce
dernier aurait
été scandalisé d'apprendre que des gens organisés étaient venus de
nuit pour
recruter les réfugiés.
" Le gouvernement congolais n'est pas impliqué. Il n'en est rien.
Le
président en était scandalisé et c'est pour quoi il a publié une
déclaration
pour dire son indignation", a affirmé Jean Claude Gakosso,
Conseiller en
Communication à la Présidence de la République.
Quelques jours avant la déclaration du HCR à Genève, le
gouvernement du
Congo Brazzaville avait en effet publié une déclaration dans
laquelle il
demandait à l'agence des Nations unies d'évacuer de son
territoire les
réfugiés ruandais accusés de vouloir " raviver la crise en RDC".
Dans la déclaration diffusée par Radio Congo, la radio officielle,
le
ministre congolais des Affaires étrangères indique que ces
"réfugiés se
livrent à dtivités illicites susceptibles de menacer la
sécurité".
La déclaration condamne également "l'enrôlement clandestin de
ces
réfugiés, en violation flagrante des lois nationales et des
conventions de
l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) et de l'ONU sur les
réfugiés. Le
gouvernement congolais a décliné toute responsabilité sur les
conséquences
qui résulteraient d'un tel acte.
Le Congo-Brazzaville qui a réitéré sa position pour une solution
"pacifique et négociée" de la crise en RDC, a demandé au HCR de
" prendre
des dispositions urgentes pour trouver un autre pays d'accueil
aux réfugiés
ruandais.
Les réfugiés Hutus installés au Camp de Kintélé ont réfuté les
accusations
du HCR.
" C'est faux que l'on dise que les réfugiés sont partis à
Kinshasa. Il n'y
a pas un seul Hutu qui est parti rejoindre les forces de
Kabila", affirme
Anastase Bazimana, Vice-président des réfugiés de Kintélé.
Lors du recensement des réfugiés de Kintélé en juin dernier, ils
étaient
3720. Le recensement du 12 septembre dernier indique une
augmentation du
nombre à 4787. Anastase attribue cette augmentation aux nombreux
déplacements des réfugiés d'un site à l'autre.
"Les réfugiés vont se débrouiller hors du site pour trouver de la
meilleure
nourriture. Ce qu'on nous donne ici ne nous convient pas. On nous
donne du
maïs et des petits poids. Alors les réfugiés se déplacent d'un
camp à un
autre pour se débrouiller autrement", affirme Anastase.
Brazzaville avanc, comme autre raison de son désir d'expulser les
Hutus, le
fait que le pays a déjà accueilli près de 150 réfugiés Tutsis
chassés par
les forces de Kabila en proie à une rébellion organisée par des
officiers
Tutsis de son armée. Pour les autorités de Brazzaville, une
cohabitation sur
son territoire entre Hutus et Tutsis serait une source
d'insécurité.
La rébellion congolaise a éclaté le 2 août dernier lorsque Kabila
a décidé
de renvoyer les troupes ruandaises qui l'ont aidé à renverser
Mobutu Sese
Seko en mai 1997. Des officiers Tutsis de l'armée congolaise qui
n'ont pas
apprécié cette mesure ont alors lancé une rébellion dans le but de
renverser
Kabila.
Parallèlement à la lutte militaire qui oppose les rebelles et les
forces
armées congolaises, Kabila a organisé une campagne anti-Tutsi qui
s'est
traduite par une chasse aux sorcières Tutsis. Plusieurs membres de
l'ethnie
Tutsi ou ceux qui leur ressemblent ont été tués ou séquestrés par
les
populations et les militaires congolais.