WINDHOEK, 30 sep (IPS) – Les perspectives pour la sécurité alimentaire en Afrique de l'est apparaissent mornes cette année, soulignant l’urgence d’accroître la productivité agricole tout en s'adaptant aux changements climatiques en Afrique. Des experts en agroforesterie ont mis en avant la plantation d'arbres comme une solution possible.
Vingt millions de personnes sont déjà dépendantes de l'aide alimentaire en Afrique de l'est et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) craint qu'elles ne soient pas bientôt rejointes par beaucoup d'autres.
Les récoltes ont été jusqu’à 50 pour cent en dessous de la moyenne dans certaines parties de la région de la Corne de l'Afrique; le prix du maïs en Ouganda et au Kenya a doublé au cours des 24 derniers mois. L’Unité d'analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition de la FAO en Somalie affirme qu'elle craint que le pays ne connaisse sa pire crise humanitaire en 18 ans, avec 3,6 millions de personnes dans le besoin de l'aide alimentaire.
L'impact de la faiblesse des précipitations a été aggravé par des conflits et des déplacements dans la région. Le pire peut rester à venir du fait du réchauffement périodique des courants de l'océan Pacifique et les changements climatiques connexes appelés El Niño.
Un rapport publié le 21 septembre par le Service des informations mondiales et d'alerte rapide de la FAO, prévoit plus de malheurs pour les agriculteurs : “Les effets d'El Niño, qui apporte habituellement des pluies abondantes vers la fin de l'année, pourraient aggraver la situation, entraînant des inondations et des coulées de boue, détruisant des cultures à la fois dans les champs et dans les magasins, augmentant les pertes de bétail et endommageant des infrastructures et des habitations”.
En août, des scientifiques, réunis à Nairobi, la capitale du Kenya, dans le cadre du deuxième Congrès mondial sur l'agroforesterie, ont proposé la plantation d'arbres comme une solution durable à l'insécurité alimentaire.
Leur affiche anodine de jeune arbre, dans une offensive de charme à l'agroforesterie appropriée, à l'avant-garde de la lutte contre la pauvreté, est le Faidherbia albida.
“Le Faidherbia albidais, un excellent fixateur d'azote et une source de fourrage. Il perd les feuilles pendant la saison des pluies et les garde pendant la saison sèche, de sorte qu'il ne concurrence pas avec les cultures pour la lumière”, a déclaré au congrès, Wangari Mathaai du 'Green Belt Movement' (Mouvement de la ceinture verte), lauréate du Prix Nobel.
“Les scientifiques de l’agroforesterie observent depuis plusieurs années les efforts des fermiers africains pour créer leur propre agriculture à feuilles persistantes, utilisant les ressources biologiques dont ils disposent déjà”, souligne Dennis Garrity, directeur général du Centre mondial de l'agroforesterie, basée à Nairobi.
Et maintenant, ils le peuvent, a affirmé Garrity. “Des projets au Niger, où le gouvernement a mis en place des politiques pour stimuler la plantation d'arbres, ont été un grand succès. Quelque cinq millions d'agriculteurs dans le Sahel sont en train de semer leurs cultures sous le Faidherbia. Au Malawi, un demi-million de fermiers utilisent l'arbre pour accroître leurs récoltes”.
Selon Peter Minang, coordinateur mondial du Partenariat pour des alternatives à la culture sur brûlis, le Faidherbia fournit 300 kilogrammes d'engrais naturel par hectare sous la forme de ses feuilles qui enrichissent la zone qui l’entoure. “La culture intercalaire avec des arbres de Faidherbia peuvent produire une récolte de maïs de quatre tonnes à l’hectare, en augmentation à partir de 1,3 tonne”.
La plantation du Faidherbia et d'autres arbres peut fournir aux agriculteurs des revenus alternatifs à partir du bois, du charbon de bois, des fruits, des noix ou des cultures de rente comme le cacao, le café, le thé ou le caoutchouc.
Ensuite, il y a l’industrie des biocarburants. Garrity explique : “Les biocarburants, à partir des sources boisées ligno-cellulosiques, constituent un moyen beaucoup plus efficace de production de biocarburants pour le transport. Aux Etats-Unis seuls, le carburant à partir de sources ligneuses est estimé aujourd'hui pour être capable de produire 50 pour cent des besoins en carburant de tout le secteur des transports – par rapport à un potentiel de trois pour cent seulement pour l'éthanol à base du maïs”.
Peu de gens contestent que l’augmentation de la production agricole soit nécessaire, mais il y a un scepticisme sur le potentiel de l'agroforesterie à répondre aux affirmations faites en sa faveur.
“Nous avons fait l’expérience avec le Faidherbia albida au Malawi depuis 1989. Cela n'a pas été un grand succès”, a indiqué Stephen Carr, agronome principal pour la Banque mondiale en Afrique subsaharienne, à la retraite.
“Directement sous l'arbre, les rendements augmenteront, mais cet effet diminue au fur et à mesure que vous vous en éloignez. Une augmentation réaliste par hectare avec le Faidherbia est de un à 1,5 tonne de maïs, et non quatre tonnes”.
Et il y a des inconvénients pratiques. Carr explique : “L’arbre a besoin d'environ 25 ans pour être pleinement efficace; alors vous plantez pour vos enfants. La plantation se produit à l'apogée de la saison agricole et empêche également l'agriculteur de faire la culture intercalaire avec d’autres cultures de rente. Ce sont des sacrifices énormes à faire.
“L’Agroforesterie exige aussi des services de vulgarisation agricole intensifs, tandis qu'actuellement au Malawi, nous avons un agent de vulgarisation pour 3.000 familles”, a-t-il expliqué.
Carr craint également que l'agroforesterie ne puisse pas se répandre assez rapidement pour aller à la même allure que la croissance démographique de l'Afrique. “Sur les trois millions d'hectares agricoles du Malawi, nous avons peut-être planté des arbres sur 2.100 hectares. Cela pourrait aider dans le long terme, mais nous avons besoin de nourrir notre population maintenant”.

