OUAGADOUGOU, 10 sep (IPS) – Le gouvernement a lancé une action de solidarité lundi devant l’ampleur des dégâts causés par les pluies diluviennes qui ont inondé Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, le 1er septembre, reconnaissant son incapacité à faire face seul à la catastrophe.
Plus de 150.000 sinistrés, qui représentent 10 pour cent de la population de Ouagadougou, ont perdu leur habitat en raison de la violence des pluies. Quelque 110.000 sinistrés vivent sur les 88 sites d’hébergement installés par le gouvernement, 20.000 sont chez des parents et amis tandis que 20.000 autres ont refusé de rejoindre les sites. «Lorsque l’eau du barrage N°2 a traversé la chaussée, chacun a pris ce qu’il pouvait et fuir pour éviter d’être emporté par les eaux», explique à IPS, Philippe Somé, un habitant du quartier Dapoya. «Heureusement que les choses se sont passées dans la nuit, sinon on aurait eu des dizaines de morts», ajoute Somé dont la famille vit dans le lit du barrage depuis plusieurs dizaines d’années. Huit personnes ont été tuées ce 1er septembre par les eaux dont sept à Ouagadougou, et une autre dans la localité de Kembara, dans le nord du Burkina.
Selon ses premières estimations, le gouvernement a besoin de plus de 70 milliards de francs CFA (environ 152 millions de dollars) pour réaliser des ouvrages plus performants d’assainissement et d’écoulement des eaux de la capitale, mettre en place un dispositif durable et efficace d’intervention en matière de gestion des catastrophes. C’est en d’autres termes un plan général d’organisation des secours (plan ORSEC) avec tous les équipements subséquents.
De façon provisoire, indique le gouvernement, les besoins de financement des actions d’urgence se chiffrent à près de sept milliards de FCFA (environ 15,2 millions de dollars), destinés à couvrir les besoins humanitaires et la réhabilitation en urgence des infrastructures routières endommagées. Cette estimation ne prend cependant pas en compte les aides à la reconstruction et à la réinsertion des sinistrés.
Près de 24.500 maisons d’habitations se sont écroulées à Ouagadougou, dont 67,08 pour cent se retrouvent en zones non loties. Dans les autres localités du pays, environ 600 maisons se sont écroulées, selon les administrations régionales.
«Aujourd’hui, nous avons à l’esprit d’œuvrer pour les besoins pressants en matière de santé, d’alimentation, de préparation des enfants pour l’école, et d’assainissement de ces sites», explique le président burkinabè, Blaise Compaoré, après le lancement officiel de l’action de solidarité.
«C’est une journée où tous ceux qui ont la compassion, qui pensent aux autres, devraient se mobiliser pour apporter leur contribution parce que c’est important de savoir que dans un cas de catastrophe, tous ceux sont à côté doivent faire quelque chose», a souligné, pour sa part, le pasteur Moïse Napon, homme d’église au Burkina.
La quantité d’eau tombée à Ouagadougou ce 1er septembre était estimée, selon les stations d’enregistrement, entre 263 et 330 millimètres en 10 heures de temps environ. Une telle pluie n’a pas été enregistrée au Burkina Faso depuis celle de 1919 qui avait frappé la deuxième ville du pays, Bobo-Dioulasso, où les services de la météorologie avaient enregistré une hauteur de 246 mm.
Plus d’un milliard de FCFA (environ 2,1 millions de dollars) ont été collectés dès le lancement de l’opération de soutien, dont de nombreux dons venant de personnalités de pays étrangers et de nationaux.
Au lendemain de la catastrophe, le Premier ministre Tertius Zongo avait déjà appelé les chancelleries occidentales à venir en aide au Burkina : «Au vu de la gravité de la situation, le gouvernement ne peut pas, tout seul, y faire face. C’est pourquoi, je voudrais en appeler à votre solidarité agissante», a-t-il déclaré notamment.
Selon les autorités, l’urgence pour les populations sinistrées, c’est la viabilisation des sites d’hébergement, notamment en matière d’assainissement, d’approvisionnement en eau potable, d’éclairage, de latrines, et de suivi sanitaire.
«Quand il y a des déplacés, il y a des risques d’épidémie. Pour le moment, il n’y a pas d’épidémies déclarées sur les quelque 93 sites (ramenés à 88), mais la veille et la vigilance sont de garde», a averti le ministre de la Santé, Seydou Bouda, interrogé par IPS.
«Il faut veiller à asseoir de bonnes conditions d’hygiène et d’assainissement sur les sites d’hébergement, faire de l’éducation sur la santé, et contribuer à déparasiter les enfants et les adultes. Il y a un paquet de soins qui sont dédiés à ces déplacés que les services de santé s’attèlent à mettre en place au niveau des sites», ajoute Bouda.
La Croix-Rouge burkinabè a déjà déployé 155 volontaires sur le terrain pour la sensibilisation sur l’hygiène et l’assainissement, pour les bonnes pratiques en matière d’eau afin d’éviter des maladies.
«Surtout avec la promiscuité, nous faisons tous les sites et tous les quartiers environnants car certains sinistrés ont été relogé chez des parents et des voisins», explique à IPS, Sayouba Sawadogo, chargé de l’hygiène et de l’assainissement à la Croix-Rouge.
Pour lui, «le risque de maladies est là car les infrastructures n’y sont pas». «Il n’y a pas de latrines sur certains sites. Si les structures qui ont annoncé des latrines respectent leurs engagements en distribuant les kits et l’eau, on pourra écarter ce risque d’épidémie», souligne Sawadogo.
Douze ponts ont été touchés par les eaux à Ouagadougou, dont quatre sont provisoirement hors d’usage et les autres en situation assez difficile, entraînant une restriction de la circulation.
Treize services du Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo, le principal hôpital de référence du pays, ont été submergés par les eaux et paralysés, obligeant l’évacuation des dizaines de malades vers d’autres centres de santé.
Parmi les services touchés, figurent ceux d’hémodialyse, de néphrologie, d’urologie, des urgences, des maladies infectieuses, de réanimation et de cardiologie. Le seul scanner de l’hôpital est hors d’usage, selon les autorités du centre.
«A court terme, il faut pouvoir décider de suspendre les activités de Yalgado, le temps de revisiter l’hôpital, ne serait-ce que pour refaire la cour de l’hôpital, rafraîchir les bâtiments et renouveler le matériel médico-technique qui a été endommagé», explique Bouda à IPS.

