OUGANDA: Le projet du commerce de carbone chasse des gens de leurs terres

MONT ELGON, Ouganda, 9 sep (IPS) – Puisque l'attention du monde se tourne de plus en plus vers l'impact du changement climatique, au moins un projet destiné à réduire les émissions mondiales de carbone est accusé de déplacer les personnes indigènes de leurs domiciles en Ouganda.

Dans le cadre des programmes du commerce du carbone, les entreprises, qui dégagent du gaz à effet de serre peuvent, soit réduire leurs émissions ou acheter le droit de continuer à polluer, en payant des projets de réduction des émissions ailleurs.

Les Nations Unies considèrent les marchés de carbone comme un système efficace pour orienter les investissements vers la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Mécanisme de développement propre (MDP), mis en place par le Protocole de Kyoto, autorise deux types de compensations forestières : le reboisement des zones précédemment boisées et le boisement, c'est-à-dire planter de nouveaux arbres là où des forêts n'ont pas existé pendant plus de 50 ans.

Le commerce du carbone est divisé en deux marchés distincts : le marché de la conformité – comme il a été prévu dans le cadre du MDP et du Projet du commerce de l’émission de l'Union européenne, des programmes obligatoires estimés à 32 milliards de dollars l'année dernière – et le marché de compensation volontaire de carbone.

Les compensations volontaires de carbone impliquent les individus, les entreprises et même les gouvernements à payer des projets visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ces projets vont des fermes éoliennes et d'autres sources d'énergie renouvelables, aux efforts pour réduire le méthane libéré des enfouissements de déchets, aux forêts.

Le marché de compensation volontaire de carbone se développe rapidement, mais en Ouganda, la Fondation des forêts absorbant des émissions de dioxyde de carbone (FACE), une organisation néerlandaise impliquée dans le marché de carbone volontaire, a suscité des controverses puisque les populations indigènes dans la région du Mont Elgon ont été déplacées afin d’ouvrir la voie à des projets de plantation d'arbres.

Le projet, créé par l’Autorité ougandaise de la faune et la FACE, implique la plantation d'arbres dans les limites du Parc national du Mont Elgon.

Ce projet veut que la FACE plante des arbres sur 25.000 hectares pour absorber le dioxyde de carbone et ce faisant, en compensation des émissions venant d'une nouvelle centrale thermique de 600 MW aux Pays-Bas. La FACE vend ensuite les crédits à GreenSeat, une entreprise néerlandaise de compensation de carbone ayant des clients occidentaux, principalement des compagnies aériennes.

Au début de l'année dernière, GreenSeat a calculé qu'il fallait seulement 28 dollars pour planter 66 arbres, ce qui “compense” les émissions de dioxyde de carbone d'un vol retour de Francfort en Allemagne, à Kampala, la capitale ougandaise.

Bien que le projet ait une durée de vie garantie de 99 ans, les communautés indigènes sur la montagne lui sont farouchement opposées.

Moïse Mwanga, président du Groupe de pression des Benets, une organisation qui fait pression en faveur des droits des Benets, a déclaré à IPS, au cours d'une visite dans la région, que les expulsions ont causé des souffrances indescriptibles aux Benets qui vivent maintenant comme des squatters, ayant abandonné leurs terres et d'autres biens personnels aux gardes forestiers armés.

Avec environ 123 millions de tonnes de crédits de carbone vendus en 2008, le marché volontaire de carbone à travers le monde a presque doublé, de 65 millions de tonnes de crédits vendus en 2007. Un rapport publié conjointement par des analystes du marché de carbone à 'Ecosystems Marketplace' et 'New Carbon Finance' – toutes deux des organisations d’analyse, basées aux Etats-Unis, du commerce mondial des crédits des émissions – a indiqué que les crédits du commerce volontaire de carbone s’élèvent à 705 millions de dollars, en hausse à partir de 331 millions de dollars en 2007.