Q&R: "Les fermiers africains tirent des profits quand ils s’organisent"

ACCRA, 3 sep (IPS) – Des recherches sur une initiative visant à améliorer le sort des fermiers ghanéens montrent combien il est important que les agriculteurs s'organisent pour améliorer leur pouvoir de négociation avec les acheteurs.

L'initiative vient de la décision de la brasserie locale de Guinness au Ghana, 'Guinness Ghana Brewery Ltd', de remplacer le malt (céréale utilisée dans la brasserie) par le sorgho produit localement. L'étape suivante a consisté à engager un nombre d'agriculteurs à Garu dans la région du 'Upper East', dans le nord du Ghana, à cultiver et à vendre du sorgho à l’entreprise. Une équipe de chercheurs a examiné les forces et faiblesses du projet. Francis Kokutse a eu un entretien avec Comfort Kudadjie Freeman, un des chercheurs et professeur du développement agricole à l'Université du Ghana. IPS: Que signifie exactement “l’agriculture contractuelle”?

Comfort Kudadjie Freeman (CKF): L'agriculture contractuelle est un système agricole où la production et la commercialisation des produits agricoles sont conclues entre l'agriculteur et l'acheteur qui est intéressé par le produit final. L'acheteur énumère certaines conditions qui pourraient impliquer beaucoup de choses.

Elle pourrait prendre la forme d'un contrat de production qui fixe certaines conditions dans lesquelles le produit est cultivé; et la technologie, les types de semences et d'intrants tels que les produits chimiques et les engrais à utiliser sur la ferme. Elle pourrait également être un contrat de commercialisation. Les contrats sont conclus au cours des négociations entre les fermiers et les acheteurs. Toute sa beauté est que les risques sont partagés. Pour les producteurs, les risques de commercialisation sont réduits puisqu’ils sont supportés par les acheteurs.

IPS: Quelles sont les cultures impliquées dans l'agriculture contractuelle au Ghana?

CKF: Depuis les années 1970, les producteurs de noix de palme étaient organisés à produire pour la Société de production de l’huile de palme du Ghana. Il y a eu également l'agriculture contractuelle par des producteurs d'ananas. La dernière, c’est la culture du sorgho sous contrat à Garu dans la région du 'Upper East'. IPS: Quel type de technologie est mis à la disposition des agriculteurs?

CKF: Des semences améliorées, dans le cas des produits agricoles. Pour les animaux, elle peut venir sous forme de bonnes races. En plus de cela, de nouvelles technologies en matière d’agriculture sont présentées aux fermiers ainsi que des intrants sous forme de produits chimiques et d'engrais pour accroître leurs rendements.

IPS: Comment a-t-elle marché?

CKF: L'idée est d'utiliser une organisation non gouvernementale, dans ce cas-ci 'Techno-Service', pour gérer la coordination entre les agriculteurs. Le sorgho devrait être obtenu auprès des petits fermiers. 'Techno-Service' veillerait alors à ce que la brasserie obtienne le sorgho.

IPS: Les fermiers bénéficient-ils plus de ce type d'agriculture que d'autres?

CKF: Ordinairement, le fermier est handicapé. La plupart des agriculteurs n'ont pas accès aux capitaux, à la technologie et aux intrants pour améliorer leurs rendements. Conformément à l'agriculture contractuelle, ceux-ci sont fournis parce que l'acheteur a besoin des produits et veille à ce que tout soit fourni pour amener l'agriculteur à la hauteur.

IPS: Quelle est la relation économique entre les acheteurs et les fermiers?

CKF: Cela dépend invariablement du contrat qui est signé entre les agriculteurs et les acheteurs. La plupart des agriculteurs dans le pays sont analphabètes et ne comprennent pas donc la façon dont les négociations sont faites. Si, au moment de la signature, les conditions ne sont pas clairement expliquées, ce serait au détriment des agriculteurs. C'est pourquoi, dans le cas des producteurs de sorgho, 'Techno-Service' a été mandatée pour négocier en leur nom et coordonner tout le projet du début à la fin. IPS: Quelles étaient les faiblesses du projet et quelles en étaient les raisons?

CKF: Au cours de la première et deuxième année, les fermiers ont perdu parce qu'ils ne pouvaient pas réunir assez d'argent à partir de leurs ventes pour rembourser les crédits qu'ils avaient reçus pour soutenir leurs activités agricoles. En conséquence, la plupart d'entre eux sont devenus endettés. C'est parce que les agriculteurs n’ont pas satisfait aux demandes des acheteurs. Cela s'est avéré être dû à plusieurs facteurs. D’abord, c'était la variété des semences que les agriculteurs ont utilisées. Il a été constaté que celles-ci ont été vulnérables à certains ravageurs. Puis, il a été noté que la météo n'était pas favorable aux agriculteurs à ce moment. Il a été constaté qu'il y avait beaucoup de pluies qui ont affecté l'usage auquel le produit pourrait être destiné.

IPS: Ces projets sont-ils durables?

CKF: Oui, ils peuvent être durables, mais la première chose qui doit être examinée, c’est le contrat. Si cela n'est pas bien fait, il peut entraîner des problèmes avec des acheteurs prenant l’avantage sur des agriculteurs. Cela signifie que les groupes de fermiers qui voudraient se lancer dans l'agriculture contractuelle, doivent être organisés afin d'avoir une voix forte pour négocier.