KAMPALA, 16 juil (IPS) – Il y a un an, une mère dans le comté de Kashari, en Ouganda, s’est fait justice elle-même en castrant un homme qu’elle a surpris en train de violer sa fille de sept ans.
Malita Kyomugisha revenait de son champ et a surpris son voisin Tito Mugarura en train d’agresser sexuellement sa plus jeune fille derrière sa maison dans le village de Rugyerera. “Je pense qu’il le méritait et je le lui ferais aujourd’hui si je le trouvais”, a déclaré Kyomugisha.
“Quand je suis arrivée dans la brousse derrière ma maison, je n’en croyais pas mes yeux lorsque j’ai vu ce vieil homme sur mon plus jeune enfant. J’avais chance qu’il était encore nu. J’ai utilisé le couteau que j’avais dans ma cuvette pour couper son organe”, a-t-elle affirmé. Cette histoire a été largement rapportée dans les médias, et bon nombre d’activistes des droits des enfants et des femmes, y compris l’ancienne ministre ougandaise de l’Ethique et de l’Intégrité, Miria Matembe, avaient applaudi l’acte de Kyomugisha. Matembe a acquis une notoriété pour avoir mené une campagne selon laquelle, comme une force de dissuasion, les hommes qui violent des mineures seraient castrés. L’abus sur des enfants sévit en Ouganda. Dans le nord touché par la guerre, les soldats et les rebelles aussi ont été responsables de nombreux viols. Mais même là où le conflit ne peut pas être accusé de la destruction du tissu social, les filles sont vulnérables à des agressions sexuelles de la part de leurs proches à la maison et des enseignants à l’école. Alors que la profanation – comme la loi ougandaise définit le viol d’un mineur – entraîne la peine capitale, cette sanction n’a jamais été appliquée à aucune personne reconnue coupable de cette infraction, bien que beaucoup purgent des peines d’emprisonnent. Béatrice Anywar, une députée représentant le district de Kitgum, dans le nord de l’Ouganda, a confié à IPS : “Les enseignants sont supposés être les gardiens des filles, mais ils sont les mêmes personnes qui violent et enceintent ces jeunes filles. “Alors, les filles ne sont pas en sécurité à la maison, sur le chemin ou à l’école. A la maison, les jeunes hommes et les oncles les violeront, en chemin les soi-disant hommes d’âge mûr les profaneront. Vous les amenez à l’école, les enseignants les violent et les enceintent”, a-t-elle ajouté. Au début du mois d’avril, John Bosco Sempijja, un enseignant du primaire, a été reconnu coupable et condamné à sept ans d’emprisonnement après qu’il a plaidé coupable d’avoir eu des relations sexuelles avec deux de ses écolières, âgées de 12 et 13 ans. Un autre homme, 34 ans, a été condamné le mois dernier à dix ans pour avoir violé une fille âgée de cinq ans et pour lui avoir transmis des maladies vénériennes. Le Réseau africain pour la prévention et la protection contre les abus et la négligence des enfants, fait partie des organisations critiques à l’égard de ces condamnations, affirmant que ces peines ne constituent pas une force de dissuasion suffisante.
Une étude financée par la Banque mondiale en 2008, a indiqué qu’environ une sur 25 filles âgées entre 12 et 17 ans, a été sexuellement agressée par ses enseignants; autrement dit, il a été constaté que 43.000 filles, au cours primaire, ont été violées. Dix pour cent des filles sondées dans 380 écoles dans 17 districts en Ouganda, ont reconnu être impliquées dans des relations sexuelles. Environ 40 pour cent de ces relations sexuelles ont eu lieu avec des enseignants. Des enseignants attirent les filles dans les relations sexuelles en leur promettant des cadeaux et de bonnes notes en classe. Même sans les séductions, les filles craignent les conséquences probables si elles refusent de céder aux avances sexuelles des enseignants. La grossesse a un impact considérable sur le nombre de filles qui abandonnent l’école. Comme l’avortement est illégal en Ouganda, beaucoup de filles sont obligées de garder jusqu’à terme les grossesses issues du viol. Il n’existe pas de dispositions pour accepter les jeunes mères à l’école, et bon nombre abandonnent avec d’importantes conséquences sur leur avenir. L’éducation des femmes et des filles est étroitement liée à un pouvoir plus grand de prise de décisions sur les finances et les questions de la santé de la reproduction comme l’utilisation du préservatif ou la recherche de traitement pour des maladies sexuellement transmissibles.
Géraldine Namirembe Bitamazire, ministre ougandaise de l’Education, a déclaré à IPS : “Nous ne tolérons pas les enseignants qui violent des écolières. Là où ils ont été dénichés, nous avons transféré le problème à la police et certains ont été reconnus coupables. Beaucoup ont été renvoyés du service parce qu’un enseignant, selon notre code de conduite, n’est pas supposé avoir des relations sexuelles avec les écolières”. Mais certains des enseignants renvoyés des écoles publiques changent simplement de districts ou recherchent un emploi dans les écoles privées parce qu’il n’y a aucun système pour retrouver les auteurs. Alice Alaso, une députée de la municipalité de Soroti, dans l’est de l’Ouganda, a indiqué que ce problème aurait pu être éradiqué parce que le pays a des lois en place. “Le problème, c’est l’application (des lois) à la base. Vous trouvez des conseils locaux, qui ne devraient pas s’occuper des cas de viol de mineurs, appeler les tribunaux (du conseil local) et se réunir pour se prononcer sur ces questions”, a expliqué Alaso. “Il y a également un problème avec notre police. Notre police est devenue corrompue. Certains d’entre eux (les policiers), parce qu’ils dissimulent ces questions. Ainsi, lorsqu’un violeur est arrêté, vous trouvez la corruption et le règlement à l’amiable; vous trouvez la corruption et aucune arrestation n’est faite”, a-t-elle ajouté. Alaso a décrié l’attitude des parents pour leur contribution au maintien des niveaux élevés des abus sexuels.
“Normalement, vous les voyez demander quelques vaches, de l’argent pour pardonner aux auteurs. Cela n’était pas l’esprit de la loi. L’esprit de la loi était très répressif et, en effet, si vous trouvez ces coupables et les amenez devant la loi, les dispositions répressives seraient une force de dissuasion (efficace). “Aucun violeur n’aimerait apparaître devant les tribunaux (menacé) d’une peine de 15 ans pour viol avec coups et blessures ou d’emprisonnement à perpétuité. Mais, parce que l’application a été mauvaise et les gens chargés de l’application ont été irresponsables, le viol continue de sévir”, se plaignait-elle. Des parents, a-t-elle déclaré, continuent couramment de dénoncer les cas à la police en négociant avec l’accusé en vue de régler le problème en dehors des tribunaux, contre l’argent ou d’autres produits. Elle affirme que certains investigateurs corrompus de la police profitent de telles négociations pour partager les bénéfices avec les parents. Le procureur général adjoint de l’Ouganda, Freddy Ruhindi, a indiqué que les tribunaux du pays sont en train d’être renforcés afin d’accélérer le procès des cas de viol.
“Ce n’est pas vrai que nous ne faisons rien pour réprimer ces pratiques. La direction et le pouvoir judiciaire ont décentralisé le traitement des cas de profanation et de viol aux tribunaux d’instance. Donc, nous espérons plus de procès rapides. Dans certains cas, les suspects n’ont pas été reconnus coupables à cause de manque de preuves”, a-t-il souligné. En janvier 2009, l’inculpation de Malita Kyomugisha pour coups et blessures graves a été annulée lorsque le plaignant n’est pas apparu devant le tribunal.

