GENEVE, 13 juil (IPS) – Le commerce est positivement lié à la croissance économique, mais on ne peut pas compter sur les politiques commerciales seules pour réaliser les objectifs de réduction de la pauvreté d’un pays, reconnaît une revue de l’aide au commerce qui a été effectuée pour l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Par ailleurs, “si les avantages du commerce pour le développement semblaient être assurés au lancement de l’initiative 'Aide au commerce', la crise a changé cette perception”, admet cette revue, qui a été rendue disponible au cours de la rencontre à Genève du 6 au 7 juillet pour évaluer les progrès accomplis avec l’aide au commerce depuis le lancement des engagements lors de la réunion ministérielle de l’OMC à Hong Kong en 2005. Cet examen admet également “qu’il n’y a pas une seule conclusion générale sur le lien causal entre le commerce et la pauvreté, qu’il soit directement entre les deux ou à travers l’impact du commerce sur la croissance et, en retour, sur la pauvreté”. Il existe des avantages liés à l’ouverture des économies, mais l’évidence liant la réduction de la pauvreté et le commerce est “faible”. Dans des études de cas où la libéralisation du commerce a aidé à réduire la pauvreté, l’inégalité s’est accrue. L’accroissement du commerce a profité aux élites tant dans les pays développés que dans les pays en développement, exacerbant les inégalités de revenu, selon la revue.
Mais, a affirmé Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, “si l’aide au commerce était urgente en 2007, elle est essentielle aujourd’hui. C’est l’investissement qui permettra à beaucoup de pays en développement de se préparer à sortir de la crise en améliorant leurs capacités commerciales”. Il s’est exprimé le 6 juillet à l’ouverture de la deuxième Revue de l’aide au commerce sous le titre “Maintenir l’élan”. Au milieu de la pire crise économique depuis la Grande Dépression, il n’est pas facile de respecter les engagements pris en 2005. Ce nouveau programme, qui est toujours assez obscur pour les non-initiés, est destiné à aider les pays en développement à améliorer leurs capacités à faire la concurrence efficacement dans les marchés mondiaux et à s’adapter à la réforme du commerce et à la libéralisation.
Les bailleurs ont tenu leurs promesses de Hong Kong jusqu’en 2007 au moins. Le rapport conjoint OMC/OCDE indique, qu’en 2007, l’aide au commerce a augmenté de plus de 10 pour cent en termes réels. Le total des nouveaux engagements a atteint 25,4 milliards de dollars. La plus grande partie de ce montant est allée en Asie – 10,7 milliards de dollars engagés en 2007 – mais l’Afrique est en train d’attraper jusqu’à 9,5 milliards de dollars. Dans les pays à faible revenu, la plus grande partie de l’argent est dépensée sur la satisfaction des besoins en infrastructure, notamment les routes et l’énergie, alors que dans les pays à revenu intermédiaire, l’attention est sur le renforcement des capacités productrices, y compris le développement du commerce. Pour mener cette évaluation, des questionnaires ont été envoyés aux pays bénéficiaires. Ceux-ci ont identifié une mauvaise infrastructure de réseau, une faible compétitivité, peu de diversification des exportations, une analyse insuffisante de la politique commerciale, et des capacités de négociation et de mise en œuvre comme les principales contraintes. L’infrastructure est particulièrement un problème en Afrique. “L’Ouganda souligne le défi de réaliser des normes harmonisées et de construire une infrastructure partagée avec ses partenaires régionaux. Le Cameroun se concentre sur le besoin de corridors de transport régionaux et la mise en vigueur plus forte des règles d’origine”, déclare le rapport. “Les priorités régionales de la Tanzanie comprennent les négociations commerciales, l’amélioration de la qualité et l’infrastructure transfrontalière. Dans le cas de l’île Maurice, un petit Etat insulaire en développement, ses principaux défis en matière d’infrastructure ont été relevés au plan régional à travers l’établissement d’une compagnie de navigation et d’un système d’entreposage”, indique le rapport.
Trois projets régionaux ont été lancés pour faire face au manque d’infrastructures. Le projet-pilote du corridor nord-sud pour améliorer le transport terrestre et ferroviaire en Afrique australe et orientale, desservant huit pays différents, est le plus impressionnant. En effet, la régionalisation semble être la bonne voie. Probablement à cause de la difficulté à conclure le Cycle de développement de Doha, environ 230 accords commerciaux régionaux étaient en vigueur en 2008 et l’OMC s’attend à ce que ce chiffre atteigne près de 400 d’ici à 2010.
La construction du corridor peut aider à changer la perception des pays en développement, selon laquelle l’aide au commerce n’est pas très efficace dans la réalisation de l’infrastructure, malgré sa plus grande priorité. Toutefois, ils reconnaissent son utilité en matière d’analyse de la politique commerciale, la négociation et la mise en œuvre, suivie de la facilitation commerciale – comme le montrent la simplification des procédures douanières et l’amélioration des autorités portuaires au Ghana, au Kenya et au Malawi – ainsi que la diversification des exportations, comme l’amélioration des secteurs de l’horticulture et de la floriculture. L’intégration du commerce dans les stratégies nationales de développement est l’une des mesures les plus prises souvent. Elle s’est récemment produite au Mali, où la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a aidé le gouvernement à élaborer sa première politique commerciale nationale. D’autres exemples concrets de projets d’aide au commerce comprenaient : “La douane kényane a bénéficié d’un appui pour informatiser avec succès ses différents services. “Le programme du secteur des affaires en Tanzanie a amélioré les normes nationales des laboratoires, établi un instrument de la compétitivité des PME (petites et moyennes entreprises) et formé environ 50 experts commerciaux à un niveau de troisième cycle. Le Mali cite également quelques projets d’aide au commerce fructueux pour renforcer son secteur des affaires”, poursuit le rapport OCDE/OMC. La crise a certainement déplacé des besoins et priorités. Avec le commerce des produits susceptibles de baisser de neuf pour cent en 2009 – une baisse de 10 pour cent des produits d’exportation des pays développés et une réduction de deux à trois pour cent des produits d’exportation des pays en développement – les experts réunis à l’OMC en mars 2009 ont souligné une demande insatisfaite du financement du commerce, s’élevant entre 100 et 300 milliards de dollars. Pour faire face à cette rupture de financement, Lamy a annoncé le lancement du Pool de la liquidité pour le commerce mondial en mai 2009, une initiative du Groupe de la Banque mondiale, avec des engagements initiaux de cinq milliards de dollars des sources du secteur public qui devraient être en mesure d’atteindre 50 milliards de dollars au cours des trois prochaines années.
Cette crise devrait accroître d’autres types d’interventions qui sont toujours relativement petites, comme des programmes d’ajustement structurel relatifs au commerce pour aider les pays en développement à faire face aux coûts associés à la libéralisation du commerce, tels que la réduction des impôts, l’érosion de la préférence, ou la détérioration des termes de l’échange.

