ETATS-UNIS/AFRIQUE: ''Un partenariat mutuel et un respect mutuel''

ACCRA ET LE CAP, 14 juil (IPS) – “Nous devons commencer par le simple principe que l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains”, a déclaré Barrack Obama, le président des Etats-Unis, au parlement du Ghana. Et les clés à cet avenir, tel qu’il a été indiqué dans son discours, incluent des élections démocratiques, la reddition des comptes, la bonne gouvernance et des institutions fortes.

La ferveur était grande au Ghana au cours de la semaine conduisant à la brève visite d’Obama à Accra, sa première en Afrique subsaharienne. Des affiches et un panneau publicitaire juxtaposant le visage du président des américain avec celui du président ghanéen, John Atta Mills, faisaient leur apparition, et des commerçants entreprenants ont vendu des peintures titrées Obama, des coupes et des tissus sur lesquels est imprimé le visage du président. Des visites précédentes de dirigeants des Etats-Unis avaient attiré de grandes foules, et il y avait quelques déception lorsque la dernière décision sur la sécurité a amené à faire transférer le discours clé d’Obama de la Place de l’Indépendance, où Bill Clinton s’était adressé à une foule énorme en 2002, vers le cadre plus restreint du Centre international des conventions d’Accra. Alfred Quansah, un fonctionnaire, a confié à IPS : “J’ai regardé le président Obama à la télévision et ce n’était pas comme s’il était vraiment arrivé au Ghana”. Mais son message – glorifiant le succès du Ghana avec les élections et l’économie, appelant les Africains à prendre en main leur destin au 21ème siècle – était bien reçu. Obama a dit que son administration travaillera pour renforcer l’Afrique.

“Ce que nous ferons, c’est d’augmenter l’aide aux personnes et institutions responsables, avec une attention sur l’appui à la bonne gouvernance – sur les parlements, qui contrôlent les abus de pouvoir et s’assurent que les voix de l’opposition s’expriment; sur l’Etat de droit, qui assure une administration équitable de la justice; sur la participation civile, afin que les jeunes soient impliqués; et sur des solutions concrètes à la corruption comme l’expertise comptable, l’automatisation des services, le renforcement des lignes d’appel d’urgence et la protection des dénonciateurs pour faire avancer la transparence et la reddition des comptes”, a-t-il affirmé. Afrique, oui nous pouvons Le Ghana fera partie des pays africains producteurs de pétrole l’année prochaine, et Obama a prévenu que cette ressource aura besoin d’être gérée soigneusement, parce que la dépendance de l’exportation d’un seul produit de base a été un piège pour les pays africains dans le passé. “Comme beaucoup de Ghanéens le savent, le pétrole ne peut pas devenir simplement le nouveau cacao. “De la Corée du Sud à Singapour, l’histoire montre que des pays se développent, lorsqu’ils investissent dans leur peuple et dans l’infrastructure; quand ils font la promotion de multiples industries d’exportation, développent une main-d’œuvre qualifiée, et créent de l’espace pour les petites et moyennes entreprises qui créent des emplois”.

Le président des Etats-Unis a parlé de la nécessité pour un changement de la relation entre le Monde riche et l’Afrique.

“Maintenant, l’Amérique peut aussi faire plus pour promouvoir le commerce et l’investissement. Les nations riches doivent ouvrir nos portes aux biens et services venant de l’Afrique de manière significative. Cela constituera un engagement de mon administration. “Et là où il y a la bonne gouvernance, nous pouvons élargir la prospérité à travers des partenariats public-privé qui investissent dans de meilleures routes et dans l’électricité; le renforcement des capacités qui forment les gens à développer une affaire; des services financiers qui atteignent non pas seulement les villes, mais aussi les pauvres et les zones rurales. “Cela est également dans nos propres intérêts – car si les gens sont sortis de la pauvreté et que la richesse est créée en Afrique, devinez quoi? De nouveaux marchés vont s’ouvrir pour nos produits. Alors, c’est bon pour les deux”. En quoi l’histoire est-elle importante? Obama a également élargi un thème de l’Afrique, la responsabilité de son propre destin, reconnaissant les injustices passées de l’esclavage et du colonialisme, tout en insistant que le leadership de l’Afrique a souvent déçu son peuple. Mais les dirigeants de l’Afrique et leurs politiques ne sont pas restés ou tombés dans un vide; et l’engagement des Etats-Unis sur le continent a été moins distingué. En termes de gouvernance et de transfert pacifique de pouvoir, le coup d’Etat qui a renversé Kwame Nkrumah, le premier président d’un Ghana indépendant, a été suivi de près par le 'Central Intelligence Agency' (le Service américain des renseignements – CIA) et précédé par un refus stratégique d’aide financière par les Etats-Unis pour affaiblir le soutien au gouvernement de Nkrumah. La CIA était derrière l’assassinat de Patrice Lumumba au Congo Kinshsa, qui a introduit des décennies de dictature de la part de Mobutu Sese Seko, et l’appui des Etats-Unis aux guerres civiles âpres, intensifiées et prolongées des rebelles de l’Union pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) de Jonas Savimbi, en Angola, et de la Résistance nationale du Mozambique (RENAMO), au Mozambique. Sur le front économique, les Etats-Unis ont été le principal pouvoir de vote à la Banque mondiale et au Fonds mondial international (FMI) depuis leur création en 1948. Ces institutions ont répondu à la crise de la dette de l’Afrique dans les années 1980 avec des politiques d’ajustement structurel qui ont décimé les infrastructures sociales, dévalué catastrophiquement des monnaies locales, et privatisé des entreprises d’Etat avec des avantages douteux pour la majorité. Alors, il est tout à fait possible de voir l’Occident comme un partenaire actif dans la destruction de l’économie du Zimbabwe, par exemple, ou dans la compromission de la fourniture des services de base comme la santé et l’accès à l’eau potable.

Il y a seulement deux ans, les Etats-Unis usaient encore de représailles contre les gouvernements dans le Sud, qui ont choisi d’acheter des anti-rétroviraux génériques bon marché – en dépit du fait que de telles licences obligatoires sont conformes aux règles établies par l’Organisation mondiale du commerce (et les propres actions des Etats-Unis dans l’achat de vaccins génériques contre l’anthrax pour leur propre utilisation). Regarder vers l’avenir C’est possible “d’évoluer” à partir de l’héritage du colonialisme et de toujours mettre en cause le rôle joué par les Etats-Unis en soutenant la récente et désastreuse intervention de l’Ethiopie en Somalie, ou en fournissant des conseils militaires avant les attaques manquées sur les combattants de l’Armée de résistance du Seigneur dans l’est de la République démocratique du Congo, l’année dernière. Ces deux interventions ont eu des conséquences terribles sur des millions de personnes vulnérables. Les Etats-Unis font partie du G8 (Groupe des huit pays plus riches au monde) qui sont en train de tenir, à ce stade, leurs engagements de 2005 en matière d’une aide accrue, bien qu’ils se soient fixé un objectif moins ambitieux que bon nombre de leurs pairs. Mais les activistes de lutte contre le SIDA sont préoccupés par les premiers signes de ce que pourrait signifier la crise financière pour l’aide américaine vitale à l’Afrique – son administration a demandé 51 milliards de dollars au Congrès au cours des six prochaines années pour la présidence. Cela représenterait une baisse de trois milliards de dollars de l’appui annuel pour lutter contre le VIH/SIDA dans le Sud, comparativement au montant voté par Obama en tant que sénateur.

Le gouvernement américain est en train de faire pression dans la recherche d’une base africaine pour AFRICOM, un commandement militaire régional. En juin, le Sénat américain a appris que AFRICOM est impliqué dans des efforts de lutte contre le narco-trafic tout au long de la côte ouest-africaine, et est en train de construire un centre d’observation au Ghana. L’administration d’Obama a demandé 850.000 dollars au Congrès pour l’armée ghanéenne dans le budget de l’année prochaine, en hausse de 40 pour cent à partir de cette année. Obama a expliqué son choix du Ghana pour cette visite en termes de l’exemple positif que ce pays a donné au reste du continent, mais il se pourrait qu’il y ait eu d’autres raisons stratégiques.

Le refus de l’Afrique de l’ouest d’abriter un commandement militaire américain en Afrique (AFRICOM) l’année dernière était un échec cuisant dans le contexte de l’importance stratégique grandissante de cette région pour les Etats-Unis. Des quantités croissantes de stupéfiants transitent par la zone, en provenance de l’Amérique latine vers l’Europe, et elle est également la source de 16 pour cent des importations américaines de pétrole – un chiffre qui pourrait bien augmenter à mesure que la production du Ghana débutera l’année prochaine. Ecrivant pour le quotidien 'Pambazuka News', Charles Aburgre, de 'Christian Aid', a dit : “Obama est plus pour le monde qu’un simple politicien américain. Il est devenu une marque, pour laquelle, comme toutes les marques, il y a une contestation massive des valeurs et des sens l’étayant. “Il signifie l’espoir, un 'vent de changement', le triomphe de l’humanité commune, l’égalité des peuples et des gens et bien d’autres. Mais ils signifie aussi le pragmatisme, une manifestation de la puissance, la responsabilité et des intérêts américains”. Si une nouvelle relation entre l’Afrique et les Etats-Unis doit prendre forme, suivant des lignes de la “responsabilité mutuelle et du respect mutuel” comme l’a décrit Obama, l’Afrique devrait tirer pleinement parti des opportunités offertes par l’administration américaine actuelle tout en continuant par poser des questions difficiles.