ACCRA, 22 juin (IPS) – Les Ghanéens consomment quotidiennement des produits génétiquement modifiées (GM) importés par divers commerçants sans beaucoup d’attention. Toutefois, pendant que le gouvernement se prépare à autoriser la plantation des cultures GM localement dans une tentative d’accroître la production alimentaire, 'Friends of the Earth' (Amis de la terre – FoE) Ghana, une organisation non gouvernementale, est en train de sonner d’alarme.
Des essais de terrain des cultures GM au Ghana ont commencé en mai 2008, réglementés par la législation existante couvrant la conduite de la recherche en général. Un Projet de loi sur la biosécurité, qui établira un cadre pour la production commerciale des cultures génétiquement modifiées dans le pays, est actuellement devant le parlement. Le professeur Walter Alhassan, un consultant pour le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), basé à Accra – une organisation faîtière qui réunit des organisations de recherche agricole sur le continent – a déclaré à IPS que “le gouvernement a besoin d’accélérer le vote du Projet de loi sur la biosécurité vers la tendance mondiale afin d’améliorer la sécurité agricole et alimentaire”. Pour 2009, le ministre des Finances et de la Planification économique, Dr Kwabena Duffuor, a indiqué que le Ghana a prévu des croissances de 42,2 pour cent pour le maïs et de 22,8 pour cent pour le riz. La production des arachides, du dolic (une légumineuse) que et des graines de soja est prévue pour augmenter, respectivement, de 25,4 pour cent, 37,7 pour cent et 11,5 pour cent. Certains scientifiques ont suggéré que le pays aura besoin de trouver de nouvelles voies pour augmenter la productivité agricole si les objectifs du gouvernement doivent être atteints. Alhassan affirme que “le rapport sur la Situation mondiale des cultures biotechnologiques/GM a identifié des défis dans le secteur agricole en Afrique comme, entre autres, la faible exploitation de la technologie, les problèmes de changement climatique, les contraintes du marché”, et a affirmé que “la biotechnologie est l’un des outils qui peuvent apporter une contribution significative aux défis auxquels le continent est confronté. Par conséquent, ce serait sage pour nous d’embrasser cette idée pour affronter ces défis”. La directrice de programme de FoE Ghana sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), Cheryl Agyepong, riposte que “l’argument de l’insécurité alimentaire de l’Afrique est ce qui est en train d’être utilisé pour pousser le continent dans l’agriculture des OGM, un domaine qui n’est pas encore bien connu”. Elle a expliqué que la position de FoE n’est pas une résistance aveugle à l’introduction des OGM au Ghana. “Nous voulons que plus de recherche soit menée sur ce que cette technologie est réellement, et c’est une véritable préoccupation”. Agyepong estime que les cultures GM sont différentes des plantes hybrides conventionnellement développées qui ont été correctement étudiées. “Malheureusement, une décennie après les négociations sur les OGM, nous sommes toujours dans le noir et il est important que nous attendions que plus de recherches soient faites afin que nous sachions, par exemple, comment la contamination des OGM peut être maîtrisée”. La contamination désigne la pollinisation croisée spontanée des cultures GM avec d’autres, qui peut disséminer des gènes génétiquement modifiés dans des récoltes conventionnelles et des plantes sauvages. Cette position est soutenue par 'ActionAid International', une organisation non gouvernementale mondiale qui dit que l’impact des OGM sur la santé et l’environnement n’a pas été établi.
“Même les producteurs des OGM ne savent pas très bien la façon dont l’introduction de gène étranger affecte les êtres humains et les plantes, lorsque la combinaison du gène étranger doit vraisemblablement se dissocier et l’effet qu’il aura dans le corps humain ou dans les plantes”, a confié à IPS, Eric Mgendi, coordinateur international de 'ActionAid' en Afrique. Plusieurs variétés de cultures GM ont été conçues pour avoir une résistance plus élevée aux herbicides, permettant aux agriculteurs d’utiliser des quantités plus grandes pour tuer les mauvaises herbes tout en épargnant leurs cultures. Mgwendi affirme que les OGM ont accéléré l’émergence de super mauvaises herbes – des mauvaises herbes avec une forte résistance aux herbicides et aux pesticides. Les militants estiment que l’utilisation accrue de pesticides – que ce soit pour maîtriser ces mauvaises herbes ou comme une partie du développement des cultures GM – contribue à endommager la productivité des terre cultivées au fil du temps. Lavés dans des fleuves ou lacs, ces herbicides ont été connus pour affecter des espèces de plantes et d’animaux – la forte utilisation des produits chimiques dans les champs de fleurs à Naivasha, au Kenya, et l’effet sur des espèces de poissons et d’autres espèces animales dans le lac Naivasha, où des poissons à deux têtes ont été trouvés, constituent un cas d’espèce. Toutefois, le professeur Alhassan balaie d’un geste les craintes exprimées contre les cultures GM. “Les cultures GM sont plus sûres que les cultures non GM parce qu’elles passent par des mesures rigoureuses. Ceux qui ont exprimé des appréhensions par rapport à cela le font seulement ainsi à cause des craintes de l’inconnu”. Il admet que la technologie des OGM pourrait être mal utilisée. “Il est possible que quelqu’un puisse déplacer un gène d’une culture sur une autre pour entraîner des problèmes. Mais c’est pourquoi des organes de régulation sont installés pour assurer que la technologie est correctement surveillée”. Alhassan a dit que l’agriculture conventionnelle n’est pas sans ses problèmes. “Les producteurs de maïs, par exemple, utilisent des pulvérisateurs sur leurs cultures et ces produits chimiques polluent aussi l’atmosphère et affectent la santé des agriculteurs sur une longue période d’utilisation”. Mais, souligne-t-il, cela n’a pas empêché l’utilisation des produits chimiques, mais le travail se poursuit plutôt pour améliorer leur utilisation sans danger. Pendant que les discussions font rage, la population ghanéenne semble être largement indifférente. Au marché de Makola à Accra, l’on pourrait apercevoir diverses marques d’huile de cuisine de soja en vente. Adwoa Antwi, une commerçante qui ne connaissait évidemment pas le sens des OGM, avait quelques bidons exposés. “Pour moi, c’est simplement de l’huile de cuisine que je suis en train de vendre et je ne sais pas ce qui est écrit sur elle”. Elle a admis que ceux qui viennent acheter ne se donnent pas la peine de lire le label.
Ainsi, la campagne de FoE contre l’introduction des OGM au Ghana semble être en train d’être confrontée à une tâche pénible. Très peu de compréhension de la part de la population au nom de laquelle ils sont en train de lutter, ajoutée au financement réduit pour leur travail au Ghana par 'FoE International' comme une conséquence de la baisse du crédit mondial – alors que leurs opposants continuent de bénéficier d’un appui accru de l’industrie mondiale de la biotechnologie – il devient clair que FoE ne peut pas gagner le combat. En dépit du travail que les autorités ghanéennes ont déjà effectué pour introduire les cultures GM dans le pays, Agyepong n’est pas découragée. “Nous sommes déterminés à lutter et pousser afin que le gouvernement n’adopte pas le Projet de loi sur la biosécurité”, déclare-t-elle. “Nous continuerions à faire notre travail de plaidoyer afin d’alerter le public à comprendre que le pays est en train de se diriger vers des domaines inexplorés”.

