OUAGADOUGOU, 23 juin (IPS) – Le gouvernement burkinabé et ses partenaires de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) ont lancé une campagne réactive de vaccination contre une épidémie de rougeole 'surprise' qui a fait près de 300 morts depuis février au Burkina Faso.
Pourtant, entre 2000 et 2006, l’OMS avait pu réduire de 89 pour cent les décès liés à la rougeole à travers le monde.
«Pour cette année, au niveau du Burkina, j’avoue que nous avons une épidémie qui nous surprend à plus d’un titre. C’est pour ça que nous sommes en train de faire beaucoup d’efforts pour conduire, dès la fin de la campagne, une investigation approfondie», explique à IPS, Dr Amadou Fall de l’équipe inter-pays de l’OMS basée à Ouagadougou, la capitale burkinabé.
L’épidémie qui, selon le ministère de la Santé, est la plus grave de ces dernières années, a fait 281 morts sur 42.306 cas enregistrés dans ce pays d’Afrique de l’ouest.
Selon Fall, la vaccination des enfants de moins de 15 ans permet d’interrompre la contamination des plus jeunes car, dit-il, ce sont surtout les enfants de moins de cinq ans qui meurent de rougeole.
La rougeole est une maladie très contagieuse qui touche surtout les enfants. Le virus se propage lorsque les malades toussent ou éternuent, ou par le contact direct avec des sécrétions nasales ou laryngées. Les premiers symptômes, qui apparaissent généralement huit à 12 jours après l’exposition au virus, sont une forte fièvre, une rhinorrhée (nez qui coule), des yeux rouges et de petits points blanchâtres à l’intérieur de la bouche. Une éruption cutanée apparaît plusieurs jours plus tard, habituellement sur le visage et le haut du cou, et s’étend progressivement vers le bas du corps.
Il n’existe pas de traitement spécifique et la plupart des gens guérissent en deux ou trois semaines. Il est toutefois possible de prévenir la rougeole à l’aide d’un vaccin, selon l’OMS. Dans les pays en développement, un à cinq pour cent des enfants rougeoleux meurent de complications, et le taux de mortalité peut atteindre 25 pour cent dans les groupes de personnes déplacées, malnutries ou ayant un accès insuffisant aux soins de santé, souligne l’OMS. La maladie peut aussi conduire à des complications graves – pneumonie, encéphalite, diarrhée sévère et cécité.
Selon l’OMS, la campagne de vaccination concernera 31 districts sanitaires sur 65 et 11 régions sur les 13 que compte le Burkina, et touchera quelque 3.600.000 enfants de zéro à 14 ans. En outre elle va coûter plus de 1,175 milliard francs CFA (environ 2,3 millions dollars).
Selon Dr Fall, l’objectif de la campagne est d’atteindre 100 pour cent ou au minimum 95 pour cent de taux de couverture pour prendre en compte les enfants qui ont toujours échappé aux campagnes. «En planifiant cette campagne des moins de 15 ans, nous avons la possibilité de préparer la prochaine qui se fera en 2010».
Selon le gouvernement burkinabé qui compte rompre la chaîne de transmission de la maladie à travers cette campagne de vaccination, 6.232 agents de santé et 6.232 volontaires utiliseront la stratégie fixe (vaccination au sein de la formation sanitaire) et la stratégie avancée pour les villages afin d’y vacciner les enfants vivant au-delà de cinq kilomètres du centre de santé.
«Si on tient compte de l’analyse qui a été faite par l’ensemble des partenaires…, nous sommes sûrs d’atteindre ces objectifs», estime Dr Mété Bonkoungou, directeur de la lutte contre la maladie par la vaccination au ministère de la Santé du Burkina Faso. Une campagne préventive concernera toutes les régions du Burkina l’année prochaine et devrait permettre de vacciner les enfants qui n’ont pu être vaccinés cette fois, ajoute-t-il à IPS.
L’épidémie de rougeole intervient alors que l’OMS se réjouissait des progrès réalisés en Afrique puisque la mortalité rougeoleuse a diminué de 91 pour cent, avec un nombre de décès estimé à 396.000 en 2000 et 36.000 en 2006. L'objectif fixé par la Nations Unies qui prévoyait une réduction de 90 pour cent des cas de mortalité rougeoleuse d'ici à 2010, a ainsi été atteint avec quatre ans d'avance, selon l’OMS.
Les campagnes de vaccination de masse ont, selon l’OMS, eu un impact majeur sur la réduction de la mortalité rougeoleuse mondiale. Entre 2000 et 2006, l’OMS estime que 478 millions d’enfants âgés de neuf mois à 14 ans ont reçu le vaccin anti-rougeoleux lors de campagnes spéciales dans 46 des 47 pays prioritaires gravement touchés par la maladie dans le monde.
En 2006, la couverture mondiale estimée par la vaccination anti-rougeoleuse systématique a atteint, pour la première fois, la barre des 80 pour cent alors qu’on n'en était qu’à 72 pour cent en 2000. Du point de vue de la couverture vaccinale, les améliorations les plus importantes ont été observées dans la région africaine et dans celle de la Méditerranée orientale, indique l’OMS.
Un facteur clé du progrès dans la réduction de la mortalité rougeoleuse a été le soutien résolu apporté par l’Initiative contre la rougeole et l’Alliance mondiale pour l’approvisionnement des vaccins (GAVI). Depuis son lancement en 2001, l’Initiative a appuyé les efforts de vaccination dans plus de 50 pays, et mobilisé plus de 470 millions de dollars avec l’aide des partenaires comme l’Alliance GAVI.
Le gouvernement burkinabé a fait coïncider la campagne anti-rougeoleuse avec les «Journées de survie de l’enfant» pour renforcer l’immunité des enfants dans les régions de l’est du Burkina, en distribuant des moustiquaires imprégnées aux enfants de moins de cinq ans au cours de ces journées. «Les journées de survie de l’enfant sont des journées que nous supportons afin d’accroître les capacités immunitaires des enfants et de renforcer leur immunité afin qu’ils luttent contre les maladies infectieuses et la rougeole», explique à IPS, Yemdané Bagagne de l’UNICEF au Burkina. «Cette année, on est face à une situation assez alarmante car on a eu 692 cas dont six décès, et avec cette campagne, on espère pouvoir améliorer la situation des enfants», ajoute Bagagne.

