LUSAKA, 30 avr (IPS) – La déshydratation causée par une grave diarrhée constitue une cause clé des décès infantiles en Zambie, un pays ayant l’un des taux de mortalité infantile les plus élevés dans le monde, selon un nouveau rapport du ministère de la Santé.
Cela ne changera pas jusqu’à ce que le gouvernement fasse un gros effort pour améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement à travers le pays, affirment des experts de la santé.
Le rapport de l’Enquête démographique et de santé de la Zambie (ZDHS), publié au début d’avril, indique que 119 enfants sur 1.000 meurent avant l’âge de cinq ans. La diarrhée représente un cinquième de toutes les causes de décès des enfants de moins de cinq ans.
Ce symptôme rend les enfants plus prédisposés à d’autres maladies, telles que la malnutrition et les infections respiratoires, qui figurent également parmi les causes principales de la mortalité infantile en Zambie.
La diarrhée peut être facilement évitée ou réduite par un assainissement amélioré. Mais l’assainissement demeure un gros problème en Zambie. Selon le Bureau central des statistiques (CSO), basé à Lusaka, la capitale, même pas 60 pour cent de la population ont accès à un assainissement adéquat et à l’eau potable. Ivy Mutwale, chargé de programme à la Société civile pour la réduction de la pauvreté (CSPR), un réseau national de plaidoyer pour la lutte contre la pauvreté, composé de plus de 140 organisations, estime que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pourrait être amélioré si le gouvernement mettait en œuvre son cinquième Plan de développement national (FNDP), 2006-2011.
“La CSPR invite le gouvernement à considérer sérieusement l’augmentation de l’allocation [budgétaire] au secteur. Des allocations ont baissé au cours des récentes années. Cela montre un manque d’[effort] pour assurer une population en bonne santé et productive”, a indiqué Mutwale.
Bien que des politiques et stratégies adéquates aient été développées, leur mise en œuvre a été faible. La Politique nationale de l’eau de 1994, par exemple, reconnaît que toutes les stratégies de fourniture d’eau devraient avoir des composantes sur l’assainissement, la santé et l’éducation à l’hygiène. Cependant, le gouvernement n’est pas encore prêt pour mettre en pratique ce cadre politique. Dans son discours sur le budget, au début de cette année, le ministre des Finances et de la Planification nationale, Situmbeko Musokotwane, a reconnu que malgré le fait que l’eau potable et l’assainissement aient été identifiés comme une zone d’investissement clé du FNDP, le gouvernement n’a pas mis de côté un budget adéquat pour s’attaquer à ce problème. Le gouvernement a alloué 38,3 millions de dollars au Programme national de fourniture d’eau aux zones rurales et urbaines pour améliorer l’infrastructure actuelle et étendre les services aux zones sous-alimentées, notamment dans les sites périurbains. Il a en outre mis de côté 1,8 million de dollars pour améliorer les systèmes de drainage du pays. Cela est de loin trop peu, se plaignent des experts. Dr Chrispin Mphuka, un économiste à l’Université de la Zambie, estime, dans une étude de 2005 appelée ‘Le Coût de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD)’, que la Zambie aurait besoin de dépenser 42,7 millions de dollars chaque année afin d’amener ses systèmes d’eau et d’assainissement au niveau voulu.
Harriet Phiri, une mère de quatre enfants vivant dans la banlieue de Kalingalinga, près de Lusaka, dit qu’elle lutte pour accéder à l’eau potable parce que son seul accès à l’eau courante est un robinet communal. Elle est obligée de partager également une latrine à fosse septique avec trois autres familles. “Nous n’avons pas d’eau potable, sauf à partir du robinet communal, qui est loin de ma maison”, a déclaré Phiri à IPS. “Nous voulons que notre député nous assiste afin que le gouvernement puisse améliorer l’eau dans notre zone. Et il est difficile de lutter contre les maladies hydriques. Chaque année, nous avons le problème des inondations, mais le gouvernement semble ne pas s’inquiéter”.
Phiri affirme que ses enfants souffrent régulièrement de diarrhée : “Presque tous les trois mois, nous avons un cas de diarrhée, simplement parce que le gouvernement est incapable de nous donner de l’eau potable. Nous voulons qu’ils fassent quelque chose, c’est pourquoi nous avons voté pour eux”. Prudence Phiri, une infirmière en chef au centre de santé rural de Kagoro, dans le district de Katete, à environ 500 kilomètres de Lusaka, confirme que la diarrhée se produit fréquemment du fait du manque d’assainissement et d’eau potable. Si l’eau courante est indisponible, les villageois utilisent l’eau des ruisseaux pour se laver, pour faire la lessive et faire la cuisine, affirme-t-elle. Ce qui aggrave les choses est que peu de parents amènent leurs enfants malades pour un traitement au centre de santé local. Seulement 60 pour cent des enfants zambiens souffrant de diarrhée bénéficient d’une attention médicale, selon la ZDHS. “Nous avons deux grands problèmes”, a indiqué l’infirmière Phiri. “Le premier est que nous avons seulement une rivière où les villageois vont chercher de l’eau. Le second est que la plupart des villageois croient en la médecine traditionnelle [pour traiter la diarrhée]”. Par conséquent, beaucoup d’enfants meurent de déshydratation due à la diarrhée. “Au cours des quelques dernières années, nous avons intensifié les campagnes d’éducation, conseillant aux mères de bouillir l’eau buvable et de chercher une attention médicale au centre de santé [pour prévenir] la déshydratation”, souligne-t-elle. Mais le changement de comportement est lent.
La spécialiste de la santé des enfants au ministère de la Santé, Dr Penelope Kalesha, affirme que c’est un défi pour le gouvernement d’améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, tout en rendant disponible en même temps le traitement de la diarrhée à autant de mères que possible.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande les sels de la thérapie par réhydratation orale (TRO) – qui est essentiellement une pincée de sel et une poignée de sucre mélangé avec de l’eau potable et des comprimés de zinc – pour traiter la diarrhée.

