HARARE, 20 avr (IPS) – Alors que ces camarades s’apprêtent pour aller à l’école chaque matin, Matipedza (pas son vrai nom), 14 ans, du district de Marange à Manicaland, est obligée tarder afin de préparer le petit déjeuner pour son mari de 67 ans.
Bien que son mariage ne soit pas légalement enregistré, il est reconnu par la coutume, et cette adolescente devrait vivre comme une épouse et devrait bientôt mettre au monde des enfants.
“Je ne peux pas aller à l’encontre de [la volonté de] mes aînés et quitter mon mari afin d’aller à l’école. En outre, où vais-je partir si je quitte? Mes parents ne m’accueilliront pas”, a déclaré Matipedza.
Son cas n’est pas unique. En effet, la majorité des filles allant à l’école à Marange, certaines dès l’âge de dix ans, ont été mises en mariage à des hommes plus âgés de leur église, le Secte apostolique de Johanne à Marange, qui est célèbre pour sa croyance en polygamie. La plupart des mariages sont arrangés entre des hommes adultes et des filles mineures. Bien que ce soit un crime, conformément à la Loi sur la violence conjugale, récemment promulguée, de marier une fille mineure – l’âge pour un consentement sexuel au Zimbabwe est de 16 ans – il est difficile de mettre fin à ces mariages, puisque des membres de ce secte sont complices et discrets.
Une recherche récemment publiée par l’organisation non gouvernementale basée à Harare, la Femme et la loi -Afrique australe (WLSA), a montré que des jeunes filles dans des mariages précoces risquent de souffrir des complications à l’accouchement, certaines d’entre elles occasionnant la mort. Cette étude de la WLSA a aussi révélé que ces filles sont enclines au cancer du col de l’utérus, à souffrir des traumatismes psychologiques et à rencontrer un tas de problèmes, tels que l’incapacité à faire face aux pressions sociales que connaît une femme dans une union polygame. Ces résultats ont forcé des autorités zimbabwéennes à multiplier des efforts pour arrêter cette pratique qui a contraint des milliers de filles dans les districts de Marange, d’Odzi et de Buhera, à Manicaland, à abandonner l’école.
Bien que des données actuelles ne soient pas disponibles, des statistiques du bureau régional du ministère de l’Education, du Sport et de la Culture révèlent que sur les 10.000 filles qui se sont inscrites en première année du cours primaire dans le district de Marange en 2000, seul environ un tiers a fini la quatrième année en 2003.
“Celles qui ont abandonné sont devenues des épouses, avec un petit nombre abandonnant parce qu’elles ne pourraient pas payer les contributions”, a indiqué un haut responsable de l’éducation régionale qui a requis l’anonymat.
Des abandons scolaires La plupart des filles cessent d’aller à l’école en juillet lorsque le secte fête la Pâque juive, une festivité religieuse au cours de laquelle des cérémonies de mariages sont organisées. Gideon Mombeshora, un membre du secte, a déclaré à IPS que la plupart des hommes dans l’église préfèrent se marier avec des filles mineures parce qu’il est plus facile de les dominer. “La plupart des hommes veulent se marier à des femmes dociles. Plus la mariée est jeune, plus il y a des chances que l’homme la domine”, a-t-il affirmé.
Il a par ailleurs expliqué que ce secte croit fortement en la pratique des mariées mineures: “Bien que les statuts de notre église ne disent pas que les hommes âgés devraient épouser des filles mineures, cette pratique est profondément enracinée dans notre système de croyance”.
L’ancienne sénatrice, Sheila Mahere, a déclaré que les mariages précoces constituent un mal sociale qui menace de dérailler la tentative du gouvernement à réaliser son Objectif du millénaire pour le développement (OMD) sur l’augmentation de l’accès à l’éducation primaire, puisque les filles continuent d’abandonner le système éducatif déjà perturbé. “Les mariages précoces menacent le développement économique national, puisque des filles éveillées et intelligentes sont forcées en dehors de l’école à devenir une main-d’œuvre bon marché et des porteuses d’enfants dans leurs foyers. La plupart des filles deviennent des ouvrières agricoles dans les champs de leurs maris”, a-t-elle souligné. L’Union pour le développement des églises apostoliques au Zimbabwe –Afrique (UDA-CZIA), une coalition de 160 sectes apostoliques au Zimbabwe, a dit qu’elle essaie de sensibiliser les leaders des sectes apostoliques sur les dangers des mariages précoces. Mais dans la plupart des cas, elle est confrontée à de graves résistances.
“La police a été la plus décevante dans les mariages forcés précoces des enfants puisqu’elle continue de fermer les yeux sur ces crimes”, explique le directeur de programme de l’UDA-CIZA, Edson Tsvakai. “Parfois nous dénonçons certains de nos membres à la police pour ces crimes mais il y a eu très peu de poursuites judiciaires réussies, largement parce que la police considère que ces cas ne sont pas graves et parce que certains des leaders des sectes sont hautement en réseau avec les autorités”. De graves resistances En 2007, le Réseau des enfants filles, base à Harare, a sauvé une fille âgée de 11 ans qui a été mise en mariage avec un homme âgé de 44 ans à Buhera. L’homme a été poursuivi avec succès et condamné à six mois d’emprisonnement. Cependant, peu après, cette peine a été suspendue et la fille était obligée de vivre dans une maison sûre parce que cet homme impénitent continuait par déclarer qu’elle était sa femme. Caroline Nyamayemombe, une responsable de genre au bureau national du Fonds des Nations Unies pour la population et le développement (FNUAP) à Harare, affirme que des études ont confirmé que la grossesse chez les adolescentes est à la hausse au Zimbabwe et constitue l’une des principales causes de la mortalité maternelle. “Des jeunes filles sont mises en mariage à des hommes souvent plus vieux que leurs propres pères. Ce scénario a considérablement contribué aux complications liées à la grossesse chez les mères adolescentes. Ces pratiques culturelles nuisibles sévissent dans certains districts du pays”, a-t-elle expliqué.
Nyamayemombe a indiqué qu’en dehors des croyances religieuses, la pauvreté constitue l’une des raisons principales pour les mariages précoces, puisque les données du FNUAP ont montré que 80 pour cent des adolescentes enceintes viennent des familles pauvres. “Les filles adolescentes qui tombent enceintes risquent plus d’abandonner l’école, compromettant ainsi leur revenu potentiel futur et risquant plus de tomber dans la pauvreté. La mortalité maternelle et la mortalité due à des causes liées au VIH/SIDA sont devenues une réalité pour ces filles et conduisent à ou exacerbent souvent la pauvreté”, a-t-elle ajouté. Une adolescente enceinte est confrontée au risque de muscles utérins et des muqueuses immatures qui constituent un grave danger et un risque élevé de rupture de l’utérus en cas de travail prolongé.

