DROITS-AFRIQUE DU SUD: Les immigrés ne votent pas

JOHANNESBURG, 21 avr (IPS) – En mai 2008, l’Afrique du Sud a été secouée par les attaques xénophobes les plus graves que le pays n’a jamais connues. Moins d’un an plus tard, la question est presque invisible dans les campagnes électorales nationales.

L’Afrique du Sud a été longtemps en proie à des troubles de xénophobie, mais les attaques de 2008 étaient plus intenses. Soixante-deux étrangers ont été tués et des dizaines de milliers d’autres ont fuit leurs maisons. Ces attaques qui ont commencé à Alexandra, une banlieue de Johannesburg, se sont propagées comme un feu à travers le pays. L’Eglise méthodiste centrale à Johannesburg a offert des abris à des immigrés venus des autres parties de l’Afrique pendant plusieurs années. Actuellement, environ 3.500 réfugiés restent là. Cet endroit est surpeuplé par cinq à six familles vivant dans une chambre avec leurs enfants. Mais pour Peter Justice, un enseignant zimbabwéen qui travaille maintenant comme un agent de sécurité, c’est le seul endroit où il se sent en sécurité après avoir vécu des violences xénophobes.

“Lorsque je [suis arrivé premièrement en Afrique du Sud], je travaillais dans une entreprise de construction. Nous avons été attaqués là-bas. Les Zulus ne pouvaient pas nous accepter comme des collègues”, déclare-t-il. “Nous étions obligés de quitter. Je ne me sens pas très en sécurité. Je me sens heureux seulement si je suis dans cette église”. Winnie Sarona est venue en Afrique du Sud pour chercher du travail afin de subvenir aux besoins de ses six enfants mais ces rêves ont été anéantis lorsqu’elle est arrivée dans ce pays. La violation de ses droits humains et ceux de ses concitoyens a changé sa perception de l’Afrique du Sud. Elle s’est battue pour obtenir un traitement à l’hôpital de Johannesburg, son seul péché était de ne pas pouvoir parler les langues locales. “Chaque fois que nous allons dans un hôpital, la façon dont nous les étrangers nous sommes traités est une chose vraiment terrifiante. J’étais dans un hôpital, j’ai essayé d’expliquer ma condition aux infirmiers là-bas mais ils vous diraient, ‘Je ne comprends pas l’anglais’.

Sarona a ajouté: “Maintenant, nous avons eu plus de dix bébés qui sont nés dans les toilettes ici. Les mères, nous les avons amenées à l’hôpital mais une fois que [le personnel là-bas] a constaté qu’elles étaient des étrangères, ils les ont mal traitées. ‘Allez ! Revenez quand le liquide amniotique commence par sortir’. Mais que se passerait s’il y avait des complications lorsque quelqu’un est en train d’accoucher dans les toilettes… simplement parce que nous sommes des étrangers”.

L’Afrique du Sud organisera des élections nationales le 22 avril, mais malgré ces expériences et la xénophobie étant l’un des principaux défis que connaît le pays, il semble qu’aucun parti politique n’ose aborder ce sujet dans leurs manifestes.

James Lorimer, le porte-parole du parti officiel de l’opposition, l’Alliance démocratique (DA), affirme que le manifeste de son parti traite de la question.

“Bien, nos politiques traitent certainement d’elle, par exemple nos politiques sur la citoyenneté, l’immigration et les affaires intérieures”.

Pourtant, Tara Polzer, un grand chercheur au programme des Etudes sur les migrations forcées à l’Université de Wits, constate que les partis politiques ne font pas assez.

“La xénophobie est considérée comme une question minoritaire et quelque chose qui se rapporte à quelques personnes dans le pays, mais je pense que c’est une compréhension très mauvaise. C’est vraiment dommage que les partis politiques n’aient pas saisi cette opportunité d’une période électorale pour faire des campagnes sur la base de la dignité fondamentale et du respect des droits humains. Nous espérons certainement qu’après les élections, toute personne qui occupera de grands postes au niveau local, provincial et national se chargera de ce défi”. IPS a demandé à Lorimer de la DA s’il constate qu’assez de choses sont en train d’être faites pour assurer que la xénophobie est réglée dans ce pays.

“Nous la mentionnons. C’est le pouvoir que nous avons: souligner ces choses dans les médias et nous les soulignons; et c’est bien lorsque les médias les rapportent. Souvent, les médias ne les rapportent pas et les gens disent : ‘Que faites-vous?’ En tant qu’un parti de l’opposition, notre pouvoir réel est de souligner des problèmes, et pas plus. Seulement tant que nous ne dirigeons pas le gouvernement, nous ne pouvons rien faire plus que cela”.

Des efforts pour obtenir le commentaire du parti au pouvoir, le Congrès national africain, (ANC) ont été vains. IPS a essayé de traquer Joseph Mahajane, le directeur par intérim à la communication du ministère des Affaires intérieures.

“Nous, en tant que ministère des Affaires intérieures, sommes responsables de la délivrance des pièces d’identité, de l’octroi de laissez-passer, mais quant à ce qui se passe après qu’un réfugié ait obtenu un laissez-passer, ce n’est pas en réalité de notre mandat. Notre mandat est simplement de documenter et de garder les statuts des gens qui sont dans le pays. Une fois que vous sortez des portes du ministère des Affaires intérieures avec votre laissez-passer dans vos mains, notre travail est terminé. Alors, ce que nous disons c’est d’aller et de s’intégrer”. Une façon de faire face à ces plaies béantes, que les attaques xénophobes de mai 2008 ont laissées aux immigrés et aux citoyens de la même manière, pourrait être d’engager des poursuites judiciaires contre ceux qui sont impliqués dans les attaques, mais le gouvernement ne semble pas avoir fait de cela une priorité.

Selon l’Autorité nationale des poursuites judiciaires, 1.627 personnes ont été arrêtées pour ces violences, mais sur 469 dossiers ouverts, seuls 105 dossiers ont été finalisés. Soixante-dix personnes ont été coupables de diverses infractions; 208 dossiers ont été retirés, notamment pour manque de preuves.

Pour des réfugiés comme Godfrey Charamba, cela équivaut à rien. “La police n’a rien fait. Quand ces personnes ont été arrêtées, elles étaient accusées des délits mineurs comme des attaques communes, des blessures corporelles graves, des violences publiques … au lieu que ces personnes soient accusées de tentative de meurtre et de meurtre. Et on a tiré le rideau sur leurs dossiers”.

En dehors du fait qu’ils sont discriminés par des Sud-Africains ordinaires dans la rue, les réfugiés ne sont pas en sécurité auprès des dirigeants. La police harcèle souvent les réfugiés, les arrêtant et les relâchant sans chefs d’accusation. Les employeurs les exploitent couramment en les payant en dessous du salaire minimum, sachant qu’ils ne pourraient pas faire recours au tribunal du travail. Au même moment, l’obtention des documents appropriés auprès du ministère des Affaires intérieures est un cauchemar pour les réfugiés, notamment pour ceux qui ne sont pas disposés à payer un pot-de-vin. Le manque de soutien et d’un processus de réintégration clair et ferme par le gouvernement sud-africain a permis aux tendances xénophobes de se poursuivre avec des violences, des vols non signalés et la violation des droits humains des réfugiés se poursuivant dans différentes parties du pays. Un gouvernement nouvellement élu ferait bien d’assurer que les immigrés fuyant des conflits armés ou des difficultés politiques ou économiques dans d’autres parties du continent ont leurs droits protégés tel qu’il est écrit dans la constitution de l’Afrique du Sud.