NAIROBI, 18 avr (IPS) – Des téléphones portables sont en train d’être utilisés pour diagnostiquer et traiter des maladies des produits agricoles qui provoquent d’énormes pertes aux paysans, constituant une opportunité pour accroître les rendements puisque les informations spécifiques aux localités sur les menaces d’une maladie sont rendues disponibles.
Une initiative dans deux districts de l’Ouganda dispose des agents communautaires (CKW) qui envoient des messages aux paysans dans une localité donnée. Ces informations peuvent comprendre la façon d’arrêter les maladies, où acheter des graines non contaminées, ainsi que des informations sur comment améliorer la qualité du sol en vue d’accroître les productions.
Aidés par ces messages des téléphones portables, des paysans dans un projet-pilote dans les districts de Mbale et de Mbusheni, respectivement dans l’est et l’ouest du pays, ont arrêté la propagation du flétrissement des bananes, une maladie bactérienne se propageant rapidement, et le virus principal des régimes de bananes (BBTV) à travers un diagnostic et un traitement précoces.
“Nous avons formé les CKW sur comment utiliser les téléphones portables pour faire parvenir des informations aux paysans. Ils offrent des informations et conseils agricoles à travers ces téléphones sur ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire pour enrayer ces maladies. Des paysans posent même des questions sur le flétrissement et le BBTV et ils reçoivent des réponses automatisées sur leurs téléphones”, a déclaré à IPS Whitney Gantt de la Fondation Grameen, une organisation mondiale de lutte contre la pauvreté.
“[L’initiative] a augmenté la productivité parce que les agriculteurs ont appris à connaître les endroits où ces maladies constituent la plus grande menace. Ils se sont ensuite précipités pour prendre les mesures de lutte nécessaires au bon moment avant d’être infectés, y compris l’obtention d’informations sur l’endroit où obtenir un matériel de plantation propre”, a-t-elle ajouté.
La banane constitue l’aliment de base dans ce pays d’Afrique de l’est et plus de 10 millions de personnes en dépendent pour l’alimentation ainsi que pour des revenus monétaires, selon des chiffres du gouvernement. Depuis 2002, le flétrissement de la banane, dont les symptômes comprennent le flétrissement jaune et la maturité précoce des jeunes plantes, terrorise les paysans et se propage régulièrement à d’autres parties du pays. En mars, des autorités ont lancé une campagne nationale pour enrayer cette maladie qui s’est propagée sur 21 districts, 11 seulement l’année dernière.
Selon Gantt, ce projet de téléphones portables devrait être reproduit dans d’autres zones à travers le pays. Elle était parmi les chercheurs qui se sont réunis à Nairobi pour discuter des technologies qui peuvent générer aux agriculteurs des informations (géospatiales) spécifiques aux localités afin d’accroître la productivité agricole en Afrique.
Les experts des informations spatiales se sont réunis à Nairobi du 31 mars au 4 avril comme faisant partie de la Semaine géospatiale africaine, organisée par le Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale (CGIAR), un organe international centré sur la recherche en agriculture.
Nombre de petits agriculteurs en Afrique continuent de compter sur leurs instincts et leurs expériences passées pour décider des cultures à planter. Ils n’ont pas accès aux informations spécifiques à leurs zones de culture y compris le type de sol, les engrais, les meilleures graines, les conditions climatiques ainsi que les cours du marché.
Par conséquent, les petits agriculteurs ont fréquemment leurs cultures et leurs moyens d’existence détruits par des conditions météorologiques ou des maladies imprévues. Et ils ne pourront pas tirer tous les bénéfices d’une bonne récolte s’ils ne connaissent pas la valeur réelle de leurs produits ou l’endroit où ils doivent les vendre en vue d’un bénéfice maximum.
Fournir des informations géospatiales aux agriculteurs sur leurs sols, les menaces d’une maladie et d’une peste, les techniques agricoles appropriées, les marchés offrant des prix compétitifs, des conditions météorologiques imminentes, s’est révélé être nécessaire pour assurer des rendements élevés des cultures, tout en réduisant des incertitudes dans la production.
“Ces informations pourraient être connues seulement des experts. Le défi est comment allons-nous faire pour qu’elles parviennent aux agriculteurs là-bas et bien afin qu’ils puissent en bénéficier?” a demandé à IPS, Nadia Manning-Thomas, une chercheuse et coordinatrice de la sensibilisation à l’Institut internationale pour la gestion de l’eau.
À part les téléphones portables, la technologie des cartes de Google peut fournir aux paysans des tonnes d’informations spécifiques aux champs. Utilisant cette technologie, les agriculteurs peuvent aller sur l’internet pour consulter les recommandations sur le climat, le sol et l’engrais pour leurs champs ainsi que la situation des marchés et les liaisons routières, qui sont cruciales pour le transport de leurs produits.
Un projet en cours en Ethiopie devrait recueillir des données – pour être utilisées par les agriculteurs – sur l’accès aux voies, les points d’eau pour l’irrigation, la situation des silos et des zones de marché. Selon Tesfaye Korme du Centre régional de la cartographie des ressources pour le développement, ces informations amélioreront absolument la productivité agricole et la sécurité alimentaire … si les agriculteurs peuvent facilement y accéder.
Mais le fait que ces cartes peuvent être obtenues uniquement à travers l’internet – et à une vitesse de connexion élevée – constitue un défi étant donné que l’accès à l’internet en Afrique est faible, notamment dans les zones rurales où vivent presque tous les paysans d’Afrique.
Certains estiment que cette situation devrait stimuler les autorités à mieux faciliter l’accès à l’internet aux personnes rurales. “La technologie est là et l’Afrique en a besoin. Les gouvernements devraient par conséquent en profiter afin que nous ne demeurions par un continent aveugle en technologie”, a indiqué Dr Peter Okoth du Centre international pour l’agriculture tropical.
Selon Okoth, l’établissement des centres villageois d’informations, avec au moins un ordinateur connecté à l’internet, pourrait être une manière pour garantir l’accès à l’internet dans les zones rurales. Une telle démarche est anticipée au Kenya qui doit commencer par installer des câbles à fibres optiques, en vue d’assurer une connexion rapide et bon marché à l’internet, à partir de juillet cette année.

