SANTE-AFRIQUE: Mobiliser des ressources pour éradiquer les maladies négligées

COTONOU, 7 avr (IPS) – Un sommet a réuni des ministres et des médecins autour de deux chefs d’Etat avec l’objectif de mobiliser des ressources pour lutter contre les maladies tropicales négligées dont l’ulcère de Buruli qui défigure et handicape des milliers de gens dont des enfants dans plusieurs pays africains.

La rencontre, qui s’est tenue la semaine dernière à Cotonou, la capitale économique du Bénin, autour des présidents Boni Yayi du Bénin et Faure Gnassingbé du Togo, devrait permettre, selon les organisateurs, de renforcer le partenariat pour la mobilisation des ressources en faveur d’une lutte efficace contre ces maladies qui font encore des ravages dans nombre de pays. Le sommet a été organisé par l’organisation non gouvernementale (ONG) 'Water for all children-Africa' (WAFAC-AFRICA), en partenariat avec le gouvernement du Bénin et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Selon le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, Dr Luis Gomes Sambo, des progrès significatifs ont été réalisés dans la lutte contre l’ulcère de Buruli au cours des dix dernières années.

Au Bénin, par exemple, 11.000 cas ont été dépistés et traités, depuis le lancement du programme national de lutte contre l’ulcère de Buruli en 1977. Mais beaucoup reste encore à faire, notamment dans le domaine de la recherche épidémiologique et des moyens de transmission, indique Dr Christian Johnson, coordonnateur du programme national de lutte contre l’ulcère de Buruli au Bénin.

Dans ce pays, tous les départements endémiques disposent de centres de dépistage et de traitement, et les activités de lutte et de prise en charge des malades sont décentralisées au niveau des arrondissements. ‘’Aujourd’hui, tous les malades dépistés au Bénin bénéficient d’une prise en charge qui comporte trois éléments : la physiothérapie spécifique, la chirurgie et le traitement des invalidités’’, explique Dr Johnson à IPS.

‘’Le nombre de nouveaux cas au Bénin tourne aujourd’hui autour de 1.000, et nous pensons que ce chiffre va rester stable’’, indique Dr Johnson.

En Côte d’Ivoire, 2.000 nouveaux cas sont enregistrés chaque année, affirme Dr Henri Assé, le coordonnateur du programme de lutte contre l’ulcère de Buruli dans ce pays. ‘’Actuellement, nous avons une politique beaucoup plus périphérique. A cela, il faut ajouter la gratuité des soins’’, dit-il à IPS.

‘’Le fait d’avoir des centres périphériques qui fonctionnent et associés à la formation de la communauté, on arrive à accélérer la prise en charge des malades’’, ajoute Dr Assé.

En Afrique centrale, c’est le Cameroun qui enregistre le plus grand nombre de cas d’ulcère de Buruli. ‘’De 2002 à 2008, le Cameroun a enregistré 2.500 cas’’, indique à IPS, Alphonse Um Boock, représentant du programme de lutte contre l’ulcère de Buruli dans ce pays.

Certains participants déplorent l’ignorance de la maladie par la majorité de la population. ‘’Il y a une méconnaissance de cette maladie par la majorité du personnel de la santé’’, explique à IPS, Dr Michel Sagno, coordonnateur national adjoint du programme de lutte contre l’ulcère de Buruli en Guinée Conakry. ‘’Ce qui importe pour nous, c’est déceler les malades au stade précoce’’.

‘’Ce qui constitue aussi un défi majeur pour nous, c’est de confirmer les cas avant de mettre les malades sous traitement et d’utiliser les médicaments adéquats’’, souligne Sagno, ajoutant qu’en Guinée, il n’existe pas assez d’ONG et d’institutions impliquées dans la lutte contre l’ulcère de Buruli. Dans la Déclaration de Cotonou adoptée à l’issue du sommet, les dirigeants africains ont pris l’engagement de renforcer le partenariat en vue de la mobilisation de ressources destinées à renforcer la lutte contre l’ulcère de Buruli et les autres maladies tropicales négligées dont la lèpre et la tuberculose. Ils ont également mis l’accent sur la nécessité d’un engagement politique en faveur de la recherche dans la lutte contre ces maladies. L’ulcère de Buruli, surnommé également la ‘’nouvelle lèpre’’, est dépisté dans une trentaine de pays à travers le monde. En Afrique, il a été confirmé dans 12 pays et est actuellement suspecté dans 10 autres.

‘’Cette maladie est responsable de souffrances humaines importantes car elle engendre de vastes délabrements cutanés pouvant aller jusqu’aux os’’, explique à IPS, la présidente de WAFAC-AFRICA, Solange Yayi Alléchi. Selon elle, la maladie ‘’affecte les populations rurales pauvres, en majorité les enfants, et laisse parfois des handicaps importants pouvant aller jusqu’à l’amputation d’un ou de plusieurs membres’’.

Le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique estime qu’en termes de traitement, la priorité doit être davantage accordée à l’accès au dépistage précoce pour empêcher le développement de la maladie vers le stade destructif. Dr Gomes Sambo plaide en faveur d’un financement plus important pour permettre de faire face au coût du traitement.

Le chef de l’Etat béninois a lancé un appel au concours des donateurs pour un renforcement des actions de lutte contre cette maladie. Boni Yayi a souhaité que les engagements pris dans la Déclaration de Cotonou servent de boussole à une levée générale de bouclier contre ce mal défigurant qui ne mérite pas d’exister dans le monde au 21ème siècle. Etaient également présents à la rencontre de Cotonou le vice-président du Gabon, Di Djob Divungui Di Ndingue, les ministres de la Santé des pays africains touchés par la maladie, ainsi que les représentants de l’OMS et des organisations comme la Fondation Raoul Follereau qui lutte notamment contre la lèpre dans le monde.

Le sommet africain sur les maladies tropicales négligées a regroupé des participants des pays suivants : Bénin, Togo, Gabon, Burkina Faso, Ghana, Sénégal, Côte d’Ivoire, Nigeria, Cameroun, Congo, et Mali.

La réunion de Cotonou s’est tenue dix ans après celle de Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, qui a déclenché la prise de conscience de la communauté internationale sur la nécessité d’encourager la recherche préventive et de mobiliser des ressources pour la prise en charge chirurgicale gratuite des malades.