ANTANANARIVO, 18 mars (IPS) – La Haute cour constitutionnelle (HCC) de Madagascar a confirmé mercredi la prise du pouvoir par Andry Rajoelina, maire destitué de la capitale Antananarivo, porté la tête d’une Haute autorité de transition pour une durée de 24 mois.
Ce jeune politicien, qui accède ainsi au pouvoir suprême à 34 ans après avoir contesté dans la rue, pendant près de trois mois, son prédécesseur le président élu Marc Ravalomanana, envisage d’organiser un bal populaire samedi prochain sur la place du 13-Mai pour célébrer sa victoire et remercier ses partisans dans cette longue lutte pour la démocratie. Rajoelina a donc été reconnu légalement président de la Haute autorité de la transition selon la déclaration officielle de la HCC. «La Haute cour constitutionnelle a pris acte de l’ordonnance conférant le plein pouvoir à un directoire militaire, et l’ordonnance portant transfert du plein pouvoir à Andry Rajoelina. Il peut exercer les attributions du président de la République», a souligné Norbert Lala Ratsirahonana, juriste et président du parti AVI, qui est également émissaire de Rajoelina auprès de la HCC.
Après la démission de quelques membres de son gouvernement mardi, le président sortant a transféré le pouvoir à quatre généraux de l’armée qu’il a nommés lui-même. La décision du transfert a été refusée catégoriquement par les militaires mutins et Rajoelina. Alors, l’un des généraux, Hyppolite Raharison Ramaroson, a déclaré qu’ils transmettaient le pouvoir à Rajoelina sans contrainte et qu’ils refusaient un directoire militaire.
Rajoelina comptait aussi procéder à une cérémonie d’investiture samedi sur la place du 13-Mai, mais cette décision est jugée anti-constitutionnelle. «Madagascar est entré depuis mardi dans une institution transitoire de la 4ème République. Le pays est sorti de la 3ème République. Une investiture n’est donc pas nécessaire car on est sorti de la constitution», a expliqué à IPS, Jean Eric Rakotoarisoa, professeur de droit constitutionnel à l’Université d’Antananarivo, affirmant que l’ex-maire peut juste continuer les tâches de son prédécesseur.
Décision anti-constitutionnelle ou pas, Rajoelina a voulu prouver à ses partisans venus se rassembler mercredi qu’il veut vraiment apporter le changement à Madagascar. Son discours prône l’espoir aux attentes du peuple malgache qui se trouve dans une grande pauvreté. Sa déclaration contient d’innombrables promesses pour améliorer le niveau de vie des Malgaches. Mais le nouveau président a promis d’organiser des élections dans les 24 mois à venir. «Je veux faire de Madagascar un pays leader de l’Afrique et de l’océan Indien. Pour ce faire, j’accepte la tenue de l’assemblée générale de l’Union africaine à Madagascar», a-t-il dit. Elle était prévue dans quelques mois sur la Grande Ile. La journée de mercredi a été marquée par la prise de responsabilités du gouvernement Monja Roindefo, le nouveau Premier ministre de cette haute autorité de transition, qui avait été déjà nommé par Rajoelina bien avant son accession au pouvoir d’Etat. Mais pendant la journée, une question est restée sans réponse, celle relative notamment au devenir de l’ancien président Ravalomanana. Certains témoins habitant près du palais présidentiel à Iavoloha, à 12 kilomètres à l’entrée sud de la capitale, affirment qu’il a quitté le palais en empruntant la route nationale 7 vers la partie sud de Madagascar. Il a laissé derrière lui un palais ruiné par des pillages. Selon des informations de sources militaires, des individus se trouvant dans les alentours ont envahi le palais alors que les forces de l’ordre étaient absentes. Ils y sont entrés après le départ de la délégation de Ravalomanana. Les forces de l’ordre ont dû procéder à des sommations plus tard pour éparpiller les pilleurs. Pendant ce temps, la plateforme de la société civile se concertait sur l’après Ravalomanana, avec comme défi la solidarité nationale. Après l’échec des assises nationales, la société civile propose une autre idée de concertation. «L’organisation des Etats généraux de la démocratie sera l’unique moyen de résoudre la crise cyclique à Madagascar», affirme Madeleine Ramaholimiasoa, membre du comité préparatoire de cette éventuelle rencontre. Par ailleurs, l’accession de Rajoelina au pouvoir semble redonner confiance aux politiciens de l’opposition dont la plupart ont subi des pressions de l’ancien régime. Le parti Arema dont le président fondateur est l’amiral Didier Ratsiraka, ancien chef de l’Etat malgache, est le premier à sortir de son silence. «Nous louons les efforts des militaires pour leur geste pour la libération du pays et espérons que le nouveau président de la Haute autorité de la transition se penchera sur le sort des exilés et détenus politiques», souligne Samuel Ralaidovy, coordonnateur national de l’Arema.
Des fonctionnaires de plusieurs ministères sont également sortis de leur coin. Des comités pour la lutte pour la démocratie sont créés partout pour démontrer au nouveau leader qu’ils sont tous derrière lui.
Mais, le silence des membres de la communauté internationale inquiète, de même que celui des membres du Conseil des églises chrétiennes à Madagascar. L’ambassade des Etats-Unis est la seule à s’être manifestée mardi, déclarant que les activités du Corps de la paix à Madagascar sont suspendues jusqu’à nouvel ordre car les volontaires ont été tous rapatriés. Pour encourager ses partisans, Rajoelina a annoncé que des investisseurs étrangers veulent déjà venir à Madagascar pour des projets touristiques. Le nouveau jeune président, le plus jeune de l’histoire de Madagascar, a des ambitions, mais son chemin est encore semé d’embûches, estiment des analystes.

