Q&R: "Le Zimbabwe doit libérer les prisonniers politiques"

NATIONS UNIES, 19 mars (IPS) – Nomboniso Gasa dirige la Commission de l’Afrique du Sud pour l’égalité de genre et est une analyste indépendante des recherches sur le genre. Féministe engagée et activiste politique, elle a été pour la première fois emprisonnée à l’ère de l’apartheid, en Afrique du Sud, à l’âge de 14 ans.

Actuellement, Gasa travaille sur des questions telles que l’identité culturelle, les inégalités de genre et les droits humains. Elle vient de mettre fin à une grève de la faim de trois semaines en solidarité avec le peuple du Zimbabwe et a voyagé aux Etats-Unis pour faire connaître au public la crise politique et économique là-bas.

Cette grève de la faim faisait partie d’un relais international visant rapidement à mettre la pression sur d’autres gouvernements africains afin qu’ils interviennent dans l’impasse du Zimbabwe, appelé la Campagne de solidarité 'Save Zimbabwe Now!' (Sauver le Zimbabwe maintenant!).

Ben Case a obtenu pour IPS un entretien avec Nomboniso Gasa aux Nations Unies. IPS: Une grande partie de votre grève de la faim était d’encourager d’autres gouvernements africains à mettre la pression sur le Zimbabwe pour libérer les prisonniers politiques. Quelle est la situation des prisonniers politiques là-bas?

Nomboniso Gasa: Certains ont été libérés, mais il y a encore beaucoup de prisonniers politiques au Zimbabwe. Les prisonniers sont des gens du MDC [Mouvement pour le changement démocratique, de l’opposition], des activistes, des journalistes, des organisations de femmes, tout. Ils n’ont violé aucune loi et n’ont bénéficié d’aucun procès. Même ceux qui ont été relâchés, leur condition est mauvaise. Pour les laisser sortir, on leur a demandé de renoncer à leurs droits à un dédommagement quelconque ou à tout recours légal par rapport à ce qu’ils ont subi.

IPS: L’élection présidentielle disputée l’année dernière entre le président en exercice depuis longtemps, Robert Mugabe, et Morgan Tsvangirai du MDC, a bénéficié de beaucoup d’attention internationale. Pensez-vous que l’accord de partage du pouvoir qui en a résulté a été un succès total?

NG: Il est bien clair que le Zimbabwe n’évolue nulle part. Une approche différente pour le changement est nécessaire. L’accord de partage du pouvoir ne marche pas parce que nombre des accords n’ont pas été honorés. Cette situation constitue maintenant une grande préoccupation pour beaucoup d’autres gouvernements africains parce qu’elle est si instable. Le [parti au pouvoir], l’Union nationale africaine du Zimbabwe–Front patriotique (ZANU-PF) sape les droits humains et a maintenant rompu cet accord de partage du pouvoir. [Il n’y a] pas une réelle reconnaissance de la part du gouvernement de cet accord ou que cela doit être maintenu ou respecté totalement. Il n’existe également aucune transparence, alors les gens ne savent pas ce qui se passe. IPS: Quelle est la situation pour les femmes actuellement au Zimbabwe? Comment les crises économique, politique et sanitaire affectent-elles la situation des femmes?

NG: Toutes ces crises touchent plus sévèrement les femmes. Une question importante, c’est l’utilisation très répandue du viol comme une arme politique. Et il y a récemment un changement notoire dans la façon dont les forces de la sécurité traitent les femmes.

Lorsque Jestina Mokoko était arrêtée, elle était seulement dans une robe de nuit. Elle a demandé si elle pouvait s’habiller avant qu’elle ne soit amenée, mais la sécurité lui a refusé le droit à sa dignité en ne l’autorisant pas à changer de vêtements ou à prendre sur elle sa médication féminine. Et bien sûr, un manque de nourriture très répandu affecte plus les femmes parce qu’elles sont toujours les dernières à manger. Même si elles fourragent plus de nourritures, après que les hommes et les enfants ont mangé, c’est le tour des femmes, mais à ce moment, il ne reste rien.

IPS: L’autre problème causé par ces crises au Zimbabwe est celui des réfugiés en Afrique du Sud et ailleurs. Quelle est la situation des droits de l’Homme dans les camps? Quel est l’impact sur les femmes?

NG: Bien sûr, les réfugiés constituent l’un des plus gros problèmes. Il y en a beaucoup, et les conditions sont si mauvaises. Les violences sexuelles sont très fréquentes et il n’existe pas de dispositions pour les femmes enceintes. Il n’y pas eu de tentatives de remédier à cela par le gouvernement sud-africain [qui accueille la plupart des réfugiés]. Aussi, beaucoup de camps sont insalubres. Techniquement, beaucoup ne sont pas des camps, mais “des terrains découverts” où des gens s’installent simplement, et il n’y a aucune sécurité et aucune protection.

Le gouvernement local en Afrique du Sud n’est pas obligeant parce que même si le gouvernement national pourrait faire des promesses de protéger et d’aider les réfugiés, les gouvernements locaux n’honorent pas ces promesses. La loi dit que les réfugiés ont le droit d’aller dans des centres de santé et obtenir de traitement, mais en réalité ils ne peuvent obtenir aucune assistance. IPS: Joyce Mujuru, l’actuelle vice-présidente du Zimbabwe, était une combattante de la liberté au cours de la guerre d’indépendance et est l’une des femmes occupant les plus hautes fonction au sein des gouvernements en Afrique. En quoi son poste affecte-il les femmes au Zimbabwe et la perception des rôles de genre?

NG: Beaucoup de femmes au Zimbabwe sont devenues beaucoup plus véhémentes dans la pression pour les droits de la femme, mais Mujuru n’est pas l’une d’entre elles. Dans la politique au sein d’un parti, les femmes qui parviennent au sommet et à des postes comme celui de Mujuru sont celles qui ne compromettront pas les choses. Elles sont traditionnelles en matière d’appui à leurs maris et non dans le sens de faire avancer les programmes pour les femmes. Après la guerre de l’indépendance, les femmes soldats pour la libération n’ont pas globalement continué par lutter pour les droits de la femme, mais se sont installées derrière dans leurs rôles de famille. Mujuru est à son poste parce que les gens au pouvoir se sentent à l’aise avec elle. A cause de cette courageuse, des femmes luttant pour leurs droits ont subi beaucoup de tension et de souffrance. IPS: Comment évaluez-vous les efforts de la communauté internationale et de l’Union africaine (UA) pour mettre fin à cette crise?

GN: Franchement, l’UA fait de son mieux, mais pas beaucoup. Actuellement, nous tous qui nous intéressons à un Zimbabwe équitable, juste et stable, devons soutenir le présent accord, mais nous devons être vigilants que c’est cela ce qui doit être. La communauté internationale ne doit pas être très satisfaite ici. C’est plus compliqué que nous ne souhaiterions le reconnaître, alors nous devons être attentifs et créatifs. Il doit y avoir un flot d’aides au Zimbabwe, qui ne peut pas être manipulé ou détourné sur une grande échelle.

Nous espérons que la nouvelle administration des Etats-Unis accordera un émissaire spécial au Zimbabwe pour parler aux populations locales, aux personnes moyennes qui sont en train de souffrir et comprendre leurs perspectives et ce dont ils sont réellement besoin. Ensuite, c’est le moment de parler de la levée des sanctions et comment aider le Zimbabwe de manière responsable.